Clear national policies on energy and climate change are needed

Il nous faut des politiques nationales claires sur l'énergie et le changement climatique

Une opinion du secteur privé
1 mai 2006

Le monde est aux prises avec deux problèmes alarmants, extrêmement épineux et inextricablement liés, qui pourraient chacun entraîner des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale et la survie de l’environnement planétaire. Pourtant, le Canada n’a pas de politique nationale concernant l’un ou l’autre.

Ces deux problèmes concernent l’avenir des réserves énergétiques mondiales et le changement climatique. Le Canada a le devoir, et une occasion en or, de prendre l’initiative pour les résoudre.

Concernant l’énergie, notre pays est privilégié et parfaitement compétitif. Il recèle en abondance des ressources de toutes sortes, dont le pétrole classique, le gaz naturel, l’hydroélectricité et l’uranium. Il est aussi un chef de file mondial dans l’exploitation des énergies dites « de remplacement », comme l’hydrogène. Et maintenant que le prix du pétrole excède 60$ le baril, il peut miser sur le potentiel des sables bitumineux, qui forment le plus grand gisement de pétrole au monde.

Cette richesse présente et prévue fait déjà ronronner l’économie canadienne. Les sociétés énergétiques dominent les cours à la florissante Bourse de Toronto et les Canadiens de toute classe économique profitent des redevances qui garnissent les coffres de l’État, comme du rendement accru de leurs régimes de retraite investis dans l’énergie.

Mais le Canada ne vit pas en vase clos et sur la scène mondiale, l’énergie est un enjeu de sécurité et de coût, pas seulement un enjeu économique. Nous devrions donc indiquer clairement nos préférences pour l’avenir. Bref, nous avons besoin d’un plan.

Le second problème vient compliquer le premier. Malgré la dissidence, des experts hautement crédibles affirment qu’un réchauffement planétaire provoqué par l’homme risque en peu de temps de changer à jamais la face de la terre. Les mêmes avancent que ce changement climatique est causé principalement par la consommation de combustibles à base de carbone. Autrement dit, la manne que recèlent les boues pétrolifères du nord de l’Alberta ne viendrait pas sans un lourd tribut environnemental.

La situation, quel qu’en soit le fondement scientifique, entraîne des conséquences évidentes : les lignes de tendance du PIB mondial total se confondent avec celles des émissions annuelles de gaz à effet de serre (GES), qui concordent presque exactement avec les tendances de production et de consommation des combustibles à base de carbone. Si on admet ces corrélations, il devient évident qu’une surchauffe des économies dominantes et émergentes entraîne une surchauffe potentiellement dévastatrice de la planète elle-même.

Pour freiner la dégradation du climat, il faut donc briser le cycle, comme l’énoncent tacitement des accords internationaux tel celui négocié en 1997 à Kyoto. Il faut stabiliser les émissions annuelles de GES à un niveau qui permette à la terre de les réabsorber. Dans l’état actuel des choses, il faudrait les réduire de 75%. Or, l’an dernier, le taux d’émission a augmenté plus rapidement que jamais auparavant. En 1750, soit avant la révolution industrielle, les concentrations de gaz carbonique étaient de 280 parties par million (ppm) dans l’atmosphère. Elles sont aujourd’hui supérieures à 380 ppm, soit plus élevées que tout ce qu’on peut mesurer avec fiabilité dans le passé (jusqu’à 420 000 ans en arrière). À ce rythme, elles dépasseront 560 ppm d’ici au milieu du siècle. C’est le double des concentrations enregistrées à travers l’histoire et c’est loin d’être fini.

Voilà qui nous laisse avec une foule de questions troublantes et pas le moindre consensus national sur les réponses. Sur le front de l’énergie, le gouvernement fédéral est paralysé par la crainte (légitime) que des provinces réagissent mal à l’idée d’un programme énergétique national.

Sur le front économique, personne ne sait vraiment ce qui arriverait s’il fallait se passer des sources d’énergie à base de carbone. Que les prix de ces dernières augmentent directement (en raison de l’épuisement des réserves d’hydrocarbures classiques) ou artificiellement (par une intervention fiscale ou réglementaire), la consommation serait étouffée. Le climat s’en porterait sans doute mieux mais notre mode de vie serait menacé, à moins que la population ne soit mûre pour un tel changement. L’énigme se poserait en ces termes pour les politiciens : y a-t-il lieu de s’acheminer vers un style de vie « durable » et, si oui, comment faire?

Sur le front environnemental, même ceux qui parlent avec certitude des effets généraux restent muets dès qu’il s’agit de préciser. Quels seront concrètement les résultats du changement climatique? Allons-y par ordre d’incertitude :

  • moment et ampleur des manifestations physiques (pluies, fonte des glaciers, tempêtes, températures de surface, qualité de l’air, etc.);
  • effets biologiques, bons ou mauvais (épidémies, agriculture, conditions de la vie nordique, effets sur les personnes souffrant d’asthme, d’emphysème ou d’autres troubles respiratoires, etc.);
  • coûts ou avantages de ces effets biologiques (baisses des ventes de blé, infestations d’insectes nuisibles, coûts de santé, coûts de réinstallation, courants de migration humaine, etc.);
  • incidence globale sur la qualité de vie (besoins de taxation, niveaux de vie, produit intérieur brut, etc.).

Enfin, il y a la thèse — moins aisée à soutenir, il est vrai — qui nie le changement climatique tel que le présente la majorité des climatologues du monde. Il faut la confirmer ou la réfuter une fois pour toutes, si on veut que nos dirigeants politiques s’attaquent enfin au problème.

Deux voix discordantes se sont fait entendre dans le dernier mois. D’abord, le 6 avril, le Financial Post a publié une lettre adressée au Premier ministre par 20 savants canadiens et 40 savants étrangers qui contestent les modèles actuels et demandent la tenue de « consultations publiques exhaustives pour examiner le fondement scientifique des plans du gouvernement à l’égard des changements climatiques ».

Le 18 avril, un groupe de 90 chercheurs canadiens répliquait dans une autre lettre au Premier ministre : « Nous demandons instamment à votre gouvernement d’élaborer une politique nationale efficace pour traiter les nombreux enjeux majeurs du changement climatique… Nous croyons qu’une bonne politique doit reposer sur de bons arguments scientifiques. »

Si ces deux groupes ne s’entendent pas quant aux dangers du changement en cours et à l’urgence d’une nouvelle politique gouvernementale, ils conviennent de la nécessité d’un exercice public pour analyser les arguments scientifiques et promouvoir une stratégie nationale. Je suis d’accord. Mais j’ajoute qu’aucune politique sensée ne peut être conçue à ce sujet sans un examen concomitant de nos options énergétiques. Pourquoi pas une Commission d’enquête sur l’énergie et le changement climatique?

Le gouvernement a une responsabilité et il doit l’assumer. Nous devons nous engager, rapidement et résolument, dans une démarche qui conciliera les divergences et débouchera sur des politiques nationales claires et réalisables.

Michael J. Brown est président du conseil pour Chrysalix Energy Management Inc.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.