Ducking the flu

Guerre contre la grippe

La chasse au canard est ouverte
1 février 2002

Vous connaissez la scène. Vous l'avez déjà jouée. Vous êtes sous les couvertures, vous avez froid, vous avez chaud, votre nez coule, il n'y a plus de mouchoirs dans la boîte, vous toussez, vous feriez peur à un épouvantail. Bref, comme de milliers d'autres Canadiens cet hiver encore, vous avez attrapé la grippe.

Et, soudain, votre compassion naturelle vole en éclats. Vous avez besoin d'un coupable. Qui vous a refilé ce maudit virus? Votre conjoint? Votre enfant? Un collègue de bureau? Le facteur? Le Père Noël? Plus vous vous énervez, plus vous toussez.

Et si vous faisiez fausse route?

Et si le coupable était un canard? Non, vous n'avez pas bu trop de sirop, vous avez bien entendu. Demandez aux biologistes ; ils vous diront que ces oiseaux sont les complices naturels des différents types de virus qui causent la grippe. Contrairement à nous, les canards tardent à développer une résistance immunitaire lorsqu'ils sont attaqués par ces virus, qui y trouvent alors un environnement idéal pour se développer et se reproduire. Le canard est en réalité une puissante usine à fabriquer des virus.

Et les bonnes nouvelles ne s'arrêtent pas là. Car non seulement les virus profitent-ils au maximum du laxisme de leur hôte pour s'installer à leur guise, ils ont aussi tout le temps nécessaire pour prendre des forces et développer de nouvelles souches virales capables de déjouer la vigilance de notre système immunitaire.

Un scénario qui se répète hiver après hiver. Mais comment se protéger devant cette menace microscopique? Bien sûr, il y a le vaccin. Et, heureusement, il y a aussi Kathy Magor.

Professeure adjointe au Département de biologie de l'Université de l'Alberta, Kathy Magor étudie les méthodes qu'utilisent ces virus pour interagir avec les cellules qui composent notre système immunitaire. Le virus de la grippe a la capacité de se rendre invisible et de berner les cellules chargées de défendre notre organisme contre les attaques de nature virales. Cette faculté lui permet donc de prendre ses aises dans notre organisme et de se multiplier en grande quantité. La personne infectée devient alors contagieuse et contribue sans le savoir à la propagation de la maladie.

Kathy Magor sait que le cycle d'infection dépend de la capacité des nouvelles formes de virus à survivre dans l'organisme des animaux et des êtres humains. De façon générale, notre organisme peut combattre efficacement un virus qu'il reconnaît, mais il est sans défense contre les nouvelles souches qui l'attaquent pour la première fois. C'est en partie pour ces raisons que Kathy Magor cherche à identifier les caractéristiques génétiques des cellules de certains animaux, et plus particulièrement de celles du canard, qui permettent aux virus de s'introduire incognito dans leur organisme.

Mais comment s'y prend-elle? Major doit d'abord cataloguer et trier des milliers de gènes pour comprendre la réaction des cellules du système immunitaire devant l'envahisseur. Le virus de la grippe doit neutraliser ces cellules pour accomplir sa triste besogne.

Ce travail nécessite la collaboration des canards. On pourrait penser que c'est une façon détournée de les punir pour leur participation aux épidémies de grippe. Que la société protectrice des canards se calme : Magor se limite à effectuer un inoffensif prélèvement de tissu cellulaire sur les jolis cobayes. C'est après que les choses se corsent. Kathy Magor doit ensuite identifier les caractéristiques génétiques de chacun de ces prélèvements. Une tâche complexe, compte tenu du nombre d'interactions possibles entre les cellules et les protéines.

Ce travail serait beaucoup plus ardu pour elle sans l'aide de puissants outils capables d'analyser les échantillons d'ADN. Un système robotisé lui permet de classer les échantillons de matériel génétique, et un séquenceur d'ADN identifie les gènes particuliers qui sont ciblés par ce type de virus.

L'acquisition de ces équipements haut de gamme a été rendue possible grâce à la contribution financière de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI). Dotée d'un équipement à la fine pointe de la technologie, Kathy Magor peut donc traiter d'importants volumes de matériel génétique à une vitesse très rapide. Au lieu des 10 ans initialement prévus pour ce travail, elle estime maintenant avoir terminé dans 10 mois.

" Sans l'aide de ces appareils, il faudrait manipuler physiquement des milliers de gènes, une tâche pratiquement impossible à réaliser ", dit Kathy Magor. " Sans elles, je devrais envoyer les échantillons d'ADN à des compagnies américaines qui sont équipées pour en extraire le matériel génétique. Une opération coûteuse qui impliquerait qu'on devrait céder une partie de la propriété intellectuelle de nos travaux à ces compagnies. "

Si cet équipement avait à l'origine pour but de répondre à un besoin unique, Kathy Magor le considère aujourd'hui comme la pièce maîtresse d'une installation scientifique dernier cri qui va aider les à identifier le bagage génétique d'une multitude d'espèces de plantes et d'animaux. Ces installations sont aussi, dit-elle, un atout majeur pour l'Université de l'Alberta, qui augmente ces chances d'attirer des chercheurs dont les travaux nécessitent le traitement d'importantes quantités de matériel génétique.

Retombées

Comment les services de santé publique peuvent-ils combattre efficacement les nouvelles souches du virus de la grippe? Il est impossible de prévoir quel type de virus va provoquer une épidémie de grippe à un moment particulier. La vaccination reste donc une technique de défense limitée. C'est pourquoi les chercheurs comme Kathy Magor étudient l'évolution du virus de la grippe chez les canards, tout en développant une méthodologie de recherche et en identifiant l'équipement le plus efficace possible.

Pour mener à bien ce travail, les chercheurs doivent avoir accès à des bases de données qui renferment les secrets du génome du canard et d'autres espèces semblables. Malheureusement, ces bases de données pas toujours accessibles rendent difficile l'étude de certaines maladies contagieuses qui sommeillent dans l'organisme de ces animaux. Sans ces données de base, il est aussi impossible de songer à développer des traitements qui pourraient limiter la transmission de ces maladies à l'humain.

Les recherches de Kathy Magor sont aussi très prometteuses à plusieurs autres niveaux. C'est une première tentative de mise sur pied d'une telle base de données dans l'Ouest canadien. L'équipement qu'elle utilise offre également de nombreuses possibilités commerciales.

Avec l'évolution rapide des connaissances scientifiques et de la génomique, les bases de données spécialisées dans ce domaine joueront un rôle de premier plan dans la mise au point d'importantes applications biotechniques dans plusieurs domaines médicaux et industriels.

Partenaires

Parmi les principaux partenaires du projet d'infrastructure de recherche du professeur Magor, est l'Alberta Network for Proteomics Innovation, une division du Alberta Innovation Science Research Investment Program.

Les travaux de Kathy Magor sont aussi soutenus par l'Alberta Heritage Foundation for Medical Research (AHFMR), une fondation créée en 1980 pour appuyer la recherche biomédicale et en santé dans les universités albertaines et de leurs institutions affiliées. L'AHFMR appuie des projets de recherche de calibre international et qui contribuent à améliorer la santé et le bien-être des Albertains.

L'AHFMR est aussi responsable de la mise sur pied de nombreux projets clés notamment la création d'un programme de formation pour aider les médecins à améliorer les soins aux patients et la recherche pour trouver des réponses aux questions d'ordre juridique et éthique soulevées par les applications médicales de la génomique.