Forest ranger

Garde forestier

Pour protéger la santé de nos forêts et éliminer les produits chimiques mortels de la chaîne alimentaire, un chercheur de l'Université du Nouveau-Brunswick (UNB) a mis au point une nouvelle technologie sans danger pour l'environnement
1 juin 2004
Zoom

Enfant, Yonghao Ni était fasciné par l'immense usine de pâtes et papiers située à proximité de chez lui à Jiaxing, en Chine. Aujourd'hui, bien des années plus tard et à l'autre bout du monde, sa fascination pour les pâtes et papiers s'est transformée en une passion à laquelle il se consacre à temps plein et qui a fait de lui l'un des plus éminents chercheurs en foresterie du monde.

Yonghao Ni est professeur de chimie et de génie chimique à l'Université du Nouveau-Brunswick (UNB), à Fredericton. Son travail contribue à renforcer la renommée du Canada comme chef de file mondial en sciences forestières. Yonghao Ni et son équipe de l'UNB cherchent des façons de réduire les conséquences néfastes des activités de l'industrie des pâtes et papiers sur l'environnement. Les défis de l'industrie forestière font appel à une approche multidisciplinaire qui combine la chimie et la gestion de l'environnement forestier.

« Ayant grandi près d'une usine de pâtes et papiers en Chine, je me suis intéressé très tôt à cette industrie. C'est ce qui m'a motivé à poursuivre mes études universitaires dans ce domaine », explique Yonghao Ni en se remémorant le chemin parcouru depuis son enfance. Il dit que la Chine et le Canada sont similaires, puisqu'ils ont tous deux un secteur forestier prospère qui produit une grande richesse, mais qui a aussi un effet important sur l'environnement.

« Sous certains aspects, Fredericton ressemble à Jiaxing, l'endroit où j'ai grandi. Il s'agissait d'une petite ville dotée d'un bon réseau d'usines à proximité, ce qui s'apparente beaucoup à ce qu'il y a ici, au Nouveau-Brunswick », affirme Yonghao Ni, aussi directeur du Dr. Jack McKenzie Limerick Pulp and Paper Research and Education Centre et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science des pâtes et papiers et génie. À l'heure actuelle, il travaille en étroite collaboration avec les usines du Nouveau-Brunswick pour trouver des façons de les rendre moins dangereuses pour l'environnement.

Un des plus importants défis que doit relever l'industrie des pâtes et papiers consiste à trouver comment éliminer le chlore du processus de fabrication du papier. Pour la population canadienne, le chlore est un produit chimique essentiel qui lui garantit, ou presque, que l'eau qu'elle boit est propre. Mais les usines de pâtes et papiers, en utilisant du chlore pour blanchir la pâte de bois, créent des sous-produits chimiques qui sont rejetés dans l'air, dans l'eau, dans le sol et qui se retrouvent dans la chaîne alimentaire.

Pour contribuer à régler le problème, Yonghao Ni a inventé le processus PM (peroxyde modifié). Il s'agit d'une méthode améliorée de blanchiment au peroxyde d'hydrogène pour éclaircir les pâtes mécaniques ou à ultra-haut rendement utilisées dans la fabrication du papier. En plus de remplacer le chlore, la technologie lancée par Yonghao Ni permet de concevoir des produits de papier plus clairs et de meilleure qualité. En prime, elle est intéressante du point de vue environnemental, puisqu'elle exige moins d'eau, ce qui signifie que les usines de pâtes et papiers déversent une moins grande quantité d'eaux usées dans les rivières.

Les faibles coûts de mise en œuvre et les économies substantielles réalisées par rapport aux coûts des méthodes traditionnelles donnent aussi au processus mis au point par Yonghao Ni un potentiel commercial d'application à l'échelle mondiale. Des partenaires de l'industrie participent déjà à la démarche. Yonghao Ni travaille en étroite collaboration avec Nexfor et son usine de papiers Fraser à Edmundston, au Nouveau-Brunswick. Son équipe collabore aussi avec les usines de pâtes et papiers Irving de Saint John et avec d'autres partenaires de l'industrie pour gérer les forêts en assurant la viabilité à long terme d'une fibre ligneuse de haute qualité. Selon Yonghao Ni, la clé du succès réside dans le travail d'équipe.

« La fabrication des produits forestiers est un processus intégré dans lequel les experts forestiers, les scientifiques du bois et les ingénieurs papetiers doivent s'unir. » Yonghao Ni espère que cette approche de collaboration, jumelée à une attitude éclairée, prévaudra bientôt dans toutes les usines de papiers, que ce soit au Canada ou ailleurs dans le monde.

Retombées

Maintenir le pays à la fine pointe peut aussi représenter d'importants bienfaits économiques. Industrie clé au Canada, le secteur de la foresterie emploie plus de 350 000 personnes et est évalué à environ 74 milliards de dollars. Deuxième grand producteur et premier exportateur au monde de pâte de bois, le Canada alimente le quart du marché international.

Le travail de Yonghao Ni et de son équipe à l'Université du Nouveau-Brunswick (UNB) favorise un environnement sain et une économie forte au pays. La recherche de l'équipe contribue à la mise au point de méthodes de blanchiment des pâtes chimiques plus respectueuses de l'environnement, qui remplaceront l'utilisation du chlore — un produit chimique nocif pour la nature et la santé. Pour l'humain, le danger survient quand les usines de pâtes et papiers, qui utilisent du chlore pour blanchir la pâte, créent des produits chimiques appelés organochlorés, qui aboutissent dans la chaîne alimentaire. Parmi les organochlorés les plus mortels, mentionnons les dioxines — des sous-produits chimiques toxiques résultant du processus de blanchiment au chlore.

À ce jour, plus de 1 000 organochlorés ont été détectés dans les eaux usées des usines de pâtes et papiers utilisant la méthode de blanchiment au chlore. Une fois libérés, ces produits chimiques demeurent dans l'environnement, s'introduisent dans la chaîne alimentaire et se retrouvent dans les tissus adipeux où ils s'accumulent. Chez les humains et chez les animaux, ils perturbent, imitent et bloquent les systèmes hormonaux, ce qui empêche ces derniers de réguler correctement la reproduction, l'apprentissage, le comportement et la lutte aux maladies.

Les gouvernements et les groupes environnementaux exercent des pressions sur l'industrie forestière mondiale pour qu'elle respecte des normes plus élevées en matière d'utilisation du chlore et d'autres produits chimiques potentiellement nocifs pour l'environnement. Yonghao Ni et son équipe travaillent avec l'industrie pour instaurer des technologies qui permettront au Canada de demeurer à la fine pointe dans le secteur des produits forestiers au moyen de méthodes plus propres et plus efficaces.

Partenaires

L'entreprise Irving Pulp and Paper va au-delà de sa collaboration avec Yonghao Ni et son équipe de l'Université du Nouveau-Brunswick en travaillant au Programme de partenariat en éducation du ministère de l'Éducation du Nouveau-Brunswick. Celui-ci permet aux étudiants d'en apprendre davantage sur la foresterie et sur les carrières dans cette industrie.

Parmi les autres partenaires financiers, mentionnons :

• Dow Chemicals

• Nexfor

• Tembec

• Neill and Gunter

• Martin Marietta

• St. Anne Nackawic Pulp Company

Pour en savoir plus

Faites une visite virtuelle de l’usine de bois de sciage Scierie Grande-Rivière. (Site anglophone)

Visitez le site Web de la Fondation Reach for Unbleached. (Site anglophone)

Apprenez-en plus au sujet des forêts du Canada sur le site Web de Ressources naturelles Canada. (Site anglophone)

Rendez-vous sur le Dr. Jack McKenzie Limerick Pulp and Paper Research and Education Centre. (Site anglophone)