Manure, green-house gas, and Paris

Fumier, méthane et...Paris

1 février 2002

Jeune étudiant de Saskatoon, Jérôme Leis a réussi un exploit qui rendrait vert de jalousie bien des chercheurs. Il s'est fait offrir un voyage, toutes dépenses payées, pour aller présenter les résultats de ses travaux de recherche à Paris.

À 18 ans, il est en voie de se tailler une réputation enviable dans le milieu de la recherche scientifique. Son travail lui a valu des prix nationaux, des lettres de recommandation… et lui a donné l'occasion de voyager gratuitement. Des honneurs généralement réservés à des chercheurs plus expérimentés.

Mais comment le jeune Jérôme a-t-il donc accompli cet exploit?

Le titre de son projet de recherche y est sans doute pour quelque chose.

Intitulé « L'impact de la teneur en eau des sols engraissés au lisier de porc et au fumier de vache, sur les émanations de méthane », son projet d'étude consiste essentiellement à analyser les émanations de méthane et des autres gaz à effet de serre sur les terres agricoles engraissées au fumier animal.

Une étude qui revêt une importance particulière pour la protection de l'environnement, car le méthane est un des principaux gaz qui contribuent au réchauffement de la planète.

Son aventure commence à l'automne 2000. Armé de ses bottes de caoutchouc et de son équipement pour mesurer la présence de gaz, Jérôme sillonne les champs malodorants de la Saskatchewan, le temps d'y faire quelques observations et de recueillir certaines données.

D'emblée, il remarque qu'aucun gaz ne s'échappe des champs engraissés au fumier lorsqu'ils sont secs, mais que tout change lorsqu'ils deviennent humides. Jérôme prend note qu'aucun gaz ne s'échappe des champs à l'automne. Puis il passe l'hiver dans son laboratoire à observer, à l'aide de simulateurs, ce qui se passe lorsque le sol de ces champs devient humide. Des tests effectués sur le terrain le printemps confirment que, dans ces conditions, ces sols dégagent des quantités de méthane 100 fois plus importante que ce qu'on retrouve normalement dans l'air.

Ces observations permettent d'envisager que le gel neutraliserait rapidement le fumier épandu dans les champs à la fin de l'automne et donc empêcherait momentanément ses composantes biologiques de se dégrader. La décomposition se produirait plutôt lors du dégel printanier, alors que les champs sont imbibés d'eau et des tonnes de méthane s'échapperaient alors de ces terres agricoles.

Ce phénomène contribuerait grandement à l'augmentation de la présence de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. On n'a qu'à imaginer les effets de la combinaison eau-fumier sur toutes les terres agricoles de la planète. Jérôme a donc potentiellement identifié une importante source de pollution au méthane.

Présentée lors de compétitions scientifiques prestigieuses, sa découverte n'est pas passée inaperçue. Lauréat du premier prix de l'édition 2001 de l'Expo-sciences pan canadienne, Jérôme a remporté un séjour au Village international des jeunes scientifiques en Israël. Ce périple lui a permis de vivre un mois en compagnie d'étudiants venus du monde entier et de travailler à un projet de recherche sur le cancer, tout en s'initiant au pays et à l'histoire de son peuple. « C'est est la plus belle expérience de ma vie. Je suis très privilégié d'avoir remporté ce prix et d'avoir fait ce voyage », déclare Jérôme.

Mais Israël n'est pas le seul pays que son travail lui a permis de visiter. En novembre 2001, Jérôme fut invité à Paris pour participer à la Conférence de l'UNESCO sur l'environnement.

Malgré le succès et les honneurs, le jeune Jérôme n'a pas la tête enflée. Il continue à mener sa vie de façon sérieuse et insiste sur la nécessité de consacrer encore plusieurs années à la poursuite de sa recherche afin de valider ses premiers résultats et de mettre au point des recommandations. Mais peu importe le résultat final de ces travaux, il est déjà heureux d'avoir obtenu une lettre de recommandation signée par le ministre de l'Environnement, David Anderson, qui souligne que son travail est d'une grande importance pour le Canada.

Jérôme vit à Saskatoon avec ses parents, et il leur accorde volontiers, tout comme à ses professeurs, une grande part de sa réussite. Son amour de la science ne l'empêche pas non plus d'avoir une vie bien remplie à l'extérieur des laboratoires. Il a joué au hockey et au soccer pendant 10 ans et s'est mérité une place dans une équipe d'athlétisme au niveau national. Bref, Jérôme Leis est un jeune innovateur qui mène une existence équilibrée et qui en retire tous les bénéfices.