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Une chercheuse de l'Université de Windsor croit que l'anxiété peut motiver les gens à prendre soin de leur santé
9 juillet 2008
Fuschia Sirois
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Fuschia Sirois

Extrait de l'Université de Windsor, avec autorisation.

Une série d’affiches visant à réduire le nombre d’accidents du travail a suscité beaucoup de controverses à Windsor, en Ontario, lorsque la société de transport en commun a décidé qu’elles étaient trop réalistes pour les usagers. Ces affiches, installées par la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail, décrivaient différents accidents professionnels parfois horribles. Bien que l’on ait jugé inopportun de perturber ceux qui attendent le bus en leur montrant une personne gisant dans une mare de sang, l’efficacité des affiches est précisément ce qui a retenu l’attention de Fuschia Sirois, professeure agrégée de psychologie à l’Université de Windsor.

Sirois et son équipe d’étudiants sont responsables d’un laboratoire en santé et bien-être situé dans le pavillon Chrysler de l’université. Dans ce labo, on cherche d’abord à comprendre pourquoi certaines personnes tardent à se préoccuper de leur santé. La chercheuse se questionne aussi sur le niveau d’anxiété qu’il nous faut atteindre avant de nous décider à prendre soin de nous-mêmes. Le but ultime de sa recherche est d’inciter les gens à demander les soins de santé dont ils ont besoin en temps opportun.

La procrastination est, pour Sirois, un domaine d’intérêt majeur et elle a publié de nombreux articles sur le sujet. « Nous savons que les gens qui remettent à plus tard s’engagent dans des processus de pensée pour diminuer le stress, explique-t-elle. Que se disent-ils pour se convaincre? »

Le recours aux soins de santé est un autre comportement qui intéresse la professeure, et elle prépare une expérience au cours de laquelle des étudiants en art dramatique présenteront des imitations de messages d’intérêt public sur certaines maladies et états physiques ayant des cotes d’alerte variables. Ces messages seront soumis à des sujets en laboratoire afin de déterminer comment le niveau d’anxiété évalué peut être utilisé efficacement pour motiver les gens à se préoccuper de leur santé, sans provoquer un mécanisme d’inaction causé par la peur. « Quel niveau d’anxiété doit-on atteindre pour que se déclenche le comportement qui nous incite à tenir compte d’un symptôme sans nous alarmer pour autant? » demande-t-elle.

Les gens savent intuitivement qu’ils doivent consulter s’ils ont des étourdissements ou de la difficulté à respirer. Ils ont toutefois tendance à remettre à plus tard cette consultation s’ils craignent de découvrir qu’ils souffrent d’une maladie cardiaque extrêmement grave.

L’une des premières études réalisées par l’équipe consistait à suivre des sujets qui s’étaient engagés à adopter un style de vie plus sain. On a observé leur cheminement afin de déterminer, entre autres, quelles stratégies mentales ils utilisaient lorsqu’ils décidaient de ne pas respecter leurs engagements. Des dispositifs tels que les pulsomètres digitaux, la technique de l’oxymétrie pulsée – qui mesure la saturation en oxygène du sang artériel – et des appareils de mesure de la fréquence respiratoire ont permis aux chercheurs d’évaluer les réactions physiologiques des sujets en réponse à divers facteurs de stress susceptibles de causer de l’anxiété. « Plutôt que d’interroger le sujet sur son niveau d’anxiété et de stress, on peut ainsi obtenir des données physiologiques réelles », affirme Fuschia Sirois.

Un survol de la littérature scientifique récente sur l’anxiété en tant que facteur motivant a démontré à la chercheuse que, lorsque leur niveau d’anxiété est faible, les individus n’ont pas tendance à consulter, mais que ce comportement se modifie considérablement à un niveau d’anxiété moyen. « Quel niveau faut-il atteindre pour que l’anxiété devienne une menace? demande-t-elle. Nous savons qu’une peur trop grande peut avoir un effet contraire. La littérature mentionne le cas d’individus qui ont subi une crise cardiaque importante et qui n’ont même pas consulté un médecin. Des maladies ou des affections peuvent ainsi demeurer longtemps non diagnostiquées et provoquer beaucoup de souffrance. »