The path of most resistance

Faire front contre le VIH/SIDA

En quête d'un vaccin contre le VIH, un chercheur de l'Université du Manitoba s'applique à isoler le gène responsable de l'immunité naturelle au virus du sida
31 janvier 2005
Au milieu des années 80, Frank Plummer étudiait les maladies infectieuses à l'Université de Nairobi au Kenya. C'est là qu'il a entendu parler pour la première fois du VIH, un virus qui allait être au centre de ses recherches pendant les années à venir.
 

« À Nairobi, quand le VIH a fait son apparition, il était difficile d'ignorer le problème », indique Frank Plummer, professeur de médecine et de microbiologie médicale à l'Université du Manitoba et l'une des sommités mondiales en matière de VIH.

À cette époque, le VIH/SIDA était considéré comme une maladie touchant presque exclusivement les hommes homosexuels. Aujourd'hui, le travail du Dr Plummer au sein du Centre international des maladies infectieuses le plonge au cœur de la pandémie dévastatrice du VIH/SIDA. Lors de ses voyages au Kenya, où il a d'ailleurs vécu de 1984 à 2001, il a pu constater chaque jour les ravages causés par la maladie. « C'est une immense tragédie humaine. On ne peut s'empêcher d'être profondément touché. Il faut réagir, mais sans se laisser détourner de ses objectifs », ajoute-t-il.

Le chercheur est bien placé pour savoir ce qui se cache derrière les statistiques divulguées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des chiffres qui donnent froid dans le dos : Dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, les chiffres révèlent que 25 millions de personnes sont aux prises avec le VIH/sida, que la maladie décime 2 millions de personnes chaque année en plus de rendre orphelins 20 millions d'enfants. « Tenter de soigner tous les gens atteints du virus et de venir à bout des répercussions sociales qui en découlent, notamment les orphelins, ne servira à rien si on n'arrive pas à freiner l'épidémie », ajoute-t-il.

Face à la sinistre réalité du VIH/SIDA, le Dr Plummer et ses collègues de l'Université de Nairobi et d'établissements d'autres pays sont à la recherche d'un vaccin. Cette quête l'a amené à étudier le cas des prostituées du Kenya qui ont développé une résistance naturelle au VIH — ces femmes sont maintenant au cœur de ses recherches. La découverte de pistes génétiques expliquant cette immunité naturelle pourrait mener à un vaccin.

En 1984, le Dr Plummer s'était tourné vers la population des prostituées kényanes en vue d'étudier une éventuelle résistance à la gonorrhée. Il avait alors découvert que les deux tiers des 600 femmes participant à son étude étaient porteuses du VIH — et cela, à une époque où la communauté scientifique croyait que le VIH affectait surtout les hommes. Il avait été étonné de constater que plus la période de prostitution se prolongeait, plus le risque d'infection diminuait.

Les chercheurs ont ultérieurement prouvé, en suivant les femmes pendant une période donnée, que certaines d'entre elles avaient effectivement une immunité naturelle. « Il ne fait aucun doute qu'il y a une concentration des cas de résistance au VIH dans certaines familles, indique le Dr Plummer. Nous avons identifié certains gènes responsables, mais nous sommes convaincus qu'il en existe d'autres. »

Au Centre international des maladies infectieuses, les chercheurs tentent de mettre le doigt sur la structure génétique et moléculaire de cette immunité. Un investissement du Fonds d'accès international de la Fondation canadienne pour l'innovation soutient leur travail. La majeure partie de la recherche sera effectuée dans un tout nouveau laboratoire de l'Université de Nairobi, dans un environnement qui permettra également aux chercheurs de mener à bien un programme de surveillance de la fièvre virale hémorragique.

« Pratiquement tous les vaccins que nous connaissons ont été mis au point à partir d'un aspect ou d'un autre de notre compréhension de l'immunité naturelle. C'est très important, ajoute le chercheur. Nous croyons que les modèles d'immunité naturelle pourraient très bien nous fournir la clef d'un vaccin. »

Retombées

Compte tenu des millions de vies fauchées par le sida chaque année et des ravages économiques et sociaux qui y en découlent, on n'insistera jamais assez sur les bénéfices que pourrait apporter un tel vaccin.

Maintenant, grâce aux recherches et au leadership du virologiste Frank Plummer de l'Université du Manitoba et à sa collaboration au Centre international des maladies infectieuses, les chercheurs canadiens ne ménagent aucun effort pour mettre au point un tel vaccin.

« Les vaccins constituent l'intervention médicale la plus rentable que nous ayons à notre disposition, fait valoir le Dr Plummer. Quel que soit le problème, il vaut toujours mieux prévenir que guérir. Et cela est particulièrement vrai dans le cas du VIH. »

« Les vaccins constituent l'intervention médicale la plus rentable que nous ayons à notre disposition, fait valoir le Dr Plummer. Quel que soit le problème, il vaut toujours mieux prévenir que guérir. Et cela est particulièrement vrai dans le cas du VIH. »

Le travail du Dr Plummer et de ses collègues à l'Université de Nairobi — « le projet Nairobi » comme il l'appelle — a permis de former deux générations de scientifiques canadiens et kényans. Il affirme que le projet de recherche a également contribué à faire du Canada un leader dans le domaine des maladies infectieuses.

Le Dr Plummer estime également qu'il est de notre responsabilité à nous, Canadiens, de travailler à soulager la souffrance des personnes atteintes du sida. « À mon avis, le VIH est probablement le principal enjeu dans le monde en matière de santé. Le Canada a l'obligation de s'engager dans ce domaine. »

Partenaires

Le Dr Frank Plummer est le directeur des programmes de formation au Centre international des maladies infectieuses. Ce centre offre un exemple unique de collaboration entre l'État, le secteur privé et la communauté universitaire. Parmi les partenaires du programme, on compte l'Université du Manitoba, le Laboratoire national de microbiologie, Santé Manitoba, la Fondation du Centre des services de la santé, Cangene Corporation et l'Office régional de la santé de Winnipeg.

Les chercheurs du Centre participent étroitement au partenariat de recherche international Canada-Kenya sur les maladies infectieuses, un projet de partenariat portant sur le VIH/SIDA et d'autres maladies infectieuses. L'équipe regroupe des chercheurs de l'Université de Nairobi, de l'Université Oxford, de l'Université de Washington, de l'Université de Montréal (par l'intermédiaire du CANVAC) et de l'Université de Gand en Flandre (Belgique).

Le Dr Plummer estime qu'une telle recherche multidisciplinaire et coopérative permet de profiter des découvertes individuelles et est essentielle au développement d'un vaccin contre le VIH/SIDA. Elle ouvre également la porte à une collaboration avec le secteur privé — notamment les sociétés pharmaceutiques comme Aventis Pasteur Ltée, GlaxoSmithKline et d'autres partenaires du CANVAC, le Réseau canadien pour l'élaboration de vaccins et d'immunothérapies. Ce réseau, qui est formé d'organismes et de scientifiques, s'est donné pour mission d'accélérer la recherche et le développement en matière de vaccins. Il collabore avec le Dr Plummer et son équipe depuis six ans.

« Comme le Dr Plummer a accès à des patients possédant des caractéristiques de résistance très particulières aux maladies infectieuses, il apporte une contribution inestimable au CANVAC », fait valoir Rafick-Pierre Sékaly, directeur scientifique du réseau CANVAC et professeur de microbiologie et d'immunologie à l'Université de Montréal. « Son expertise en immunologie, en épidémiologie et en surveillance internationale est extrêmement importante dans notre travail de mise au point de vaccins. »