Putting our heads together safely

Faire front commun pour accroître la sécurité

Deux chercheurs abordent la commotion cérébrale sous des angles différents mais avec le même objectif : protéger le cerveau des athlètes
23 janvier 2013

Le battage médiatique entourant Sidney Crosby, vedette de la Ligue nationale de hockey, et son combat prolongé contre les séquelles d’une commotion cérébrale a permis d’accroître la sensibilisation aux dangers que représentent les blessures à la tête. En effet, cette publicité a aidé à « mettre en lumière les effets à long terme de la commotion cérébrale et démontré notre peu de connaissances à ce sujet », affirme Peter Cripton, chercheur et professeur de biomécanique à la University of British Columbia (UBC).

Dave Ellemberg, scientifique à l’Université de Montréal et neuropsychologue au Département de kinésiologie, est également d’avis qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche. « Nous sommes en plein cœur d’une crise sur la commotion cérébrale, croit-il. Les gens se disent encore "Oh, ce ne sont que quelques étoiles. Pourtant, il est possible de démontrer que le cerveau a bel et bien été endommagé. Nous devons informer le public du caractère gravissime de la commotion cérébrale. »

À cette fin, M. Ellemberg et son équipe examinent ce qui se passe exactement dans le cerveau lorsque celui-ci subit une blessure liée à la pratique d’un sport. Grâce à des équipements d’imagerie cérébrale et de mise à l’essai financés par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), ils mesurent et examinent la composition chimique du cerveau et sa connectivité. Ainsi, M. Ellemberg a décelé des anomalies qui peuvent persister plusieurs mois après une commotion cérébrale. « Nous avons découvert que les neurones du cerveau des athlètes asymptomatiques ne réagissent pas aussi rapidement ni aussi efficacement qu’elles le devraient. Un athlète peut sembler bien portant, mais on se rend compte que son cerveau est endommagé lorsqu’on le compare à celui de ses coéquipiers qui n’ont jamais été victimes d’une commotion. »

Les lésions qui surviennent au moment d’une commotion touchent particulièrement la mémoire immédiate – la fonction cérébrale qui nous permet de lire, de compter ainsi que de traiter et d’emmagasiner l’information à court terme. La capacité à porter attention et à se concentrer est également réduite. M. Ellemberg a découvert qu’une première commotion cérébrale entraînera des troubles neuropsychologiques qui peuvent subsister de six mois à un an après l’accident. « En tant que société, nous faisons la promotion de l’activité physique, soutient-il. Les Canadiens aiment le hockey depuis toujours et cela ne changera pas. Nous devons donc nous assurer que ce type de sport est sûr et comprendre les risques qui y sont associés. Nous devons accroître la sécurité dans le sport. »

Pour ce faire, on peut notamment mettre au point un meilleur équipement de protection. C’est ici que le prototype d’un casque de sport conçu par M. Cripton et son équipe entre en jeu. Le casque appelé « The Pro-Neck-TorMC » aide à prévenir les blessures à la colonne vertébrale et les commotions qui résultent d’un choc à la tête – par exemple, lorsqu’un joueur de hockey se fait plaquer dans la bande par derrière, ce qui pourrait lui briser le cou. En effet, le casque à double coquille est muni d’un mécanisme qui amène la tête à « fléchir » ou à se positionner dans le sens de la surface de l’impact, ce qui réduit la pression exercée sur le cou au moment d’un choc à la tête. « Ce casque pourrait prévenir la plupart des fractures de la colonne vertébrale qui surviennent de cette manière pendant la pratique du hockey, du football et du vélo de montagne », affirme le chercheur.

Le casque conçu par M. Cripton peut également réduire les risques de commotion cérébrale en diminuant la vitesse à laquelle la tête se déplace dans quelque direction que ce soit. « Nous avons testé le casque dans un certain nombre de scénarios d’accident et constaté qu’il réduisait l’accélération de la tête », affirme le chercheur qui s’est servi de caméras à haute vitesse et de capteurs financés par la FCI pour recueillir des données de manière efficace pendant la mise à l’essai. « Lorsqu’il est question d’effectuer des recherches sur la violence des chocs, c’est un véritable défi d’être capable de recueillir des données assez rapidement pour dire ce qui se produit réellement. » Ces données sont pourtant cruciales, car l’équipe dirigée par M. Cripton est le seul groupe à se consacrer à la prévention des blessures au cou expressément par l’entremise de mouvements contrôlés.

Le casque « The Pro-Neck-TorMC » pourrait devenir une pièce d’équipement particulièrement importante pour les enfants et les adolescents qui, selon les recherches réalisées par M. Ellemberg, sont aussi susceptibles de subir une commotion cérébrale que les adultes. Jadis, on croyait que le cerveau des enfants était plus résistant aux commotions en raison de sa plasticité accrue. Cependant, le chercheur a découvert que le cerveau des adolescents est en fait grandement à risque de subir des lésions, vraisemblablement parce qu’il connaît, à cette étape de son développement, une croissance importante.

« Le plus grand problème est que les athlètes recommencent trop tôt à pratiquer leur sport et sont ainsi à risque de subir une autre blessure, affirme M. Ellemberg. Lorsque les enfants retournent à l’école et recommencent à faire du sport, aucune disposition ni surveillance en particulier n’est mise en place compte tenu de la commotion dont ils ont été victimes. Les enfants ont besoin d’une période de repos cognitif de quelques jours pour reprendre des forces. C’est comme si quelqu’un se faisait une entorse à la cheville mais devait continuer à marcher en y prenant appui. La foulure ne guérirait pas très bien. Toutefois, si on s’accorde quelques jours de repos, la guérison devrait survenir beaucoup plus rapidement. »

La recherche continue de dévoiler les effets potentiels à long terme de la commotion cérébrale. À titre d’exemple, M. Cripton, de concert avec des collègues du Brain Research Centre de l’UBC, examine également l’encéphalopathie traumatique chronique, une maladie dégénérative progressive chez les personnes qui ont subi des commotions cérébrales multiples. Toutefois, il met l’accent sur des connaissances communément admises : « Si nous pouvons prévenir ou réduire la gravité des chocs à la tête chez les athlètes, cela aura des conséquences positives aujourd’hui et demain. »