Studying sturgeon

Étude sur l'esturgeon

Sur l'Île de Vancouver, un nouveau centre de recherche se penchera sur la vie mystérieuse de ce poisson préhistorique menacé
10 novembre 2010

Il peut vivre 150 ans, mesurer jusqu’à six mètres de long et n’a pas évolué depuis plus de 100 millions d’années. L’esturgeon blanc, plus grand poisson d’eau douce d’Amérique du Nord, est victime d’un déclin important en raison de la surpêche, de la pollution et de la destruction des habitats, au point où plusieurs des populations restantes ont été déclarées en voie de disparition, aussi bien au Canada qu’aux États Unis.


Relique vivante du Jurassique, l’esturgeon blanc habite le fond vaseux des grands fleuves de l’ouest, comme le Fraser et le Columbia, mais il est étonnant de constater à quel point les indications sur ce poisson sont fragmentaires. Les chercheurs de l’Université de l’Île de Vancouver espèrent améliorer les connaissances sur ce vertébré aquatique et sur plusieurs autres espèces d’esturgeons. Au cours du printemps prochain, l’Université inaugurera l’International Centre for Sturgeon Studies (ICSS), à Nanaimo, en Colombie-Britannique.

Kayla Mohns, étudiante de premier cycle,
 

Kayla Mohns, étudiante de premier cycle, maintient la plus grosse femelle d'un bassin de poissons reproducteurs du Centre de recherche sur les esturgeons de l'Université de l'Île de Vancouver pendant des activités d'échantillonnage.
Dave Switzer, Université de l'Île de Vancouver

L’ICSS, c’est l’idée de David Lane, professeur émérite de l’Université plus connu sous le sobriquet de « Sturgeon General » dans le milieu des pêcheries. Pendant les années 1980, alors que l’UIV était encore appelée Collège universitaire Malaspina, David Lane a fait l’acquisition de quelques esturgeons blancs adultes pour ses travaux de recherche et d’enseignement. À sa retraite en 1999, il a demandé à John Morgan, biologiste des pêches très intéressé par l’esturgeon, d’établir un centre international consacré à ce curieux poisson.

L’ICSS a été mis sur pied pour accueillir des chercheurs halieutiques et leurs étudiants de la région et de partout dans le monde, notamment des spécialistes des esturgeons d’Allemagne, du Portugal et d’Iran. Le premier étage de l’immeuble abritera les esturgeons de l’Université et comprendra des aqualaboratoires où seront étudiés les poissons, alors que les étages supérieurs seront occupés par des bureaux et des laboratoires bien au sec, sans bassins.

Kayla Mohns, étudiante de l
 

Kayla Mohns, étudiante de l'Université tient un jeune esturgeon, descendant de l'un des huit reproducteurs du Centre. Ces huit adultes en péril ont été confisqués à des braconniers ou à des particuliers qui les détenaient illégalement.
Dave Switzer, Université de l'Île de Vancouver

Selon John Morgan, l’ICSS permettra la tenue de nouveaux travaux dans de vastes secteurs de recherche. « Le Centre, explique-t-il, contribuera à la conservation, à la protection et à la restauration d’une espèce en voie de disparition, de même qu’à l’éducation des étudiants et du grand public. À la longue, le Centre améliorera l’efficacité de la production alimentaire. »

L’ICSS soutiendra aussi des travaux de recherche sur le terrain au bas du fleuve Fraser, près de Vancouver, où vivent les derniers véritables esturgeons blancs sauvages. Au laboratoire, les chercheurs pourront simuler les conditions environnementales qui mettent en péril les populations sauvages d’esturgeons, comme la pollution et la hausse de la température des eaux.

Marque d
 

Marque d'affection d'une étudiante de l'Université envers l'un des esturgeons blancs reproducteurs du Centre, spécimen impressionnant qui pèse environ 95 kilos.
Dave Switzer, Université de l'Île de Vancouver

Les esturgeons captifs, qui descendent des spécimens recueillis par David Lane dans les années 1980, ont alimenté en œufs et en laitance les programmes locaux de pisciculture. Bien qu’il n’y ait en ce moment qu’une seule entreprise d’élevage d’esturgeons en Colombie Britannique, l’ICSS deviendra l’incubateur d’une nouvelle industrie de l’aquaculture respectueuse des principes de développement durable, de l’avis de John Morgan. Il est possible de produire des esturgeons sur terre dans des bassins fermés d’élevage en eau douce, contrairement aux réservoirs ouverts controversés qui servent à l’élevage du saumon le long de la côte du Pacifique.

Les chercheurs en aquaculture de l’ICSS auront pour mandat de développer de la nourriture pour poissons, reproduisant ainsi le régime des espèces sauvages, et de déterminer quelles sont les températures et les concentrations de poissons idéales, en vue d’optimiser la croissance dans les élevages.


Conscients de l’importance de partager les développements de cette recherche avec la population, John Morgan et son équipe se proposent d’étendre la portée des programmes éducatifs publics, qui attirent actuellement des jeunes de la grande région de Nanaimo.


« Pensez à l’arrière-arrière-grand-mère esturgeon qui nage maintenant au fond du Fraser, dit John Morgan. Plus que centenaire, elle était déjà là quand le secteur était encore sauvage. Elle en aurait beaucoup à raconter. Nous pouvons traduire cela en termes que les enfants peuvent comprendre. »