What's love got to do with it?

Et l'amour dans tout ça?

Il n'y a pas de recette magique à une relation durable
9 février 2011
Des étudiants de premier cycle en psychologie
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Des étudiants de premier cycle en psychologie sont photographiés dans un laboratoire où des couples répondent à des questions sur leur relation.
Lorne Campbell

Toni Tennille chantait autrefois « Love Will Keep Us Together » et bien que son compagnon Daryl « the Captain » Dragon et elle soient toujours ensemble après 40 ans, il est peu probable que l’amour ait été le seul ingrédient responsable du succès de leur union.

Les relations durables sont fondées sur l’engagement, la satisfaction et la confiance, affirme Lorne Campbell, psychosociologue à l’Université Western Ontario. Une bonne dose d’humour bien placée et une attirance physique ne nuisent pas non plus. Néanmoins, avec le temps, l’argent, le travail, les enfants et la maladie transforment les relations. Ce vieux cliché selon lequel l’amour demanderait des efforts est toujours vrai.

« Comment peut-on alimenter la flamme?, demande Lorne Campbell. C’est un travail de tous les jours, comme pour une maison en construction. L’analogie n’est peut-être pas très heureuse, mais même quand elle est neuve, une maison exige un certain entretien. On doit la maintenir en état, sans quoi elle risque de s’effondrer. »

Voilà un conseil judicieux, surtout à l’approche de la Saint-Valentin.

Des anciens philosophes grecs jusqu’aux scientifiques de l’ère moderne, les hommes et les femmes ont toujours cherché à percer le mystère de l’amour. Si de grandes figures contemporaines comme Sigmund Freud et Alfred Kinsey ont étudié le sexe et la libido, l’amour, croyait-on, tenait davantage de la poésie que de la science.

Cette vision a changé dans les années 1960 et 1970, surtout avec les travaux des psychologues américaines Elaine Hatfield et Ellen Berscheid, précise Lorne Campbell. Elles ont essuyé des critiques publiques pour leurs recherches sur les relations amoureuses, mais ce sont elles qui ont jeté les bases de la psychologie sociale, un domaine aujourd’hui en plein essor.

De nos jours, anthropologues, sociologues, médecins et psychologues analysent divers éléments, depuis la salive jusqu’à l’activité cérébrale en passant par les expressions faciales, pour déterminer la raison pour laquelle nous devenons amoureux ou cessons de l’être.

Même si nous aimons penser que l’attirance est un phénomène mystérieux, des données recueillies durant des décennies auprès de milliers de sujets, de diverses cultures, semblent indiquer que les hommes hétérosexuels recherchent généralement la jeunesse et la beauté chez une partenaire tandis que les femmes privilégient la position sociale et les ressources matérielles. Il aime les courbes généreuses; elle, tout ce qui brille.

Selon beaucoup de scientifiques, les hommes rechercheraient des femmes à leur apogée sexuel en raison d’un besoin inhérent de se reproduire, alors que les femmes, qui doivent consacrer de nombreuses années à la maternité et à l’éducation des enfants, seraient attirées vers des pourvoyeurs stables. Nombreuses sont les exceptions, prévient Lorne Campbell, et, dans les cultures où les femmes ont un plus grand pouvoir, ce corrélat est moins prononcé.

Le chercheur s’intéresse aussi bien à l’effet sur l’image de soi de ces préférences pour la beauté et la position sociale qu’à l’utilisation de l’humour dans un couple comme moyen de résoudre les problèmes. Des laboratoires équipés de matériel vidéo transmettent des images en mode écran partagé vers des installations à distance, ce qui facilite les études d’observation des couples.

Dans une expérience récente menée auprès de 180 couples, les membres de l’équipe de Lorne Campbell ont interrogé les participants sur leurs relations, puis ils leur ont demandé de consigner quotidiennement dans un journal leurs réponses à des questions de l’étude durant deux à trois semaines. Ensuite, en laboratoire, on a enregistré sur vidéo certains couples qui tentaient de résoudre un conflit récent, tandis que dans une autre situation, des couples devaient classer rapidement les qualités et les défauts de leur partenaire.

Lorne Campbell a constaté que les personnes qui ont confiance en leur partenaire sont moins affectées par les hauts et les bas du quotidien et sont donc plus aptes à résoudre les conflits. Les individus moins confiants connaissent des écarts plus marqués entre la joie et la déception et ont du mal à résoudre les conflits.

Selon Statistique Canada et d’autres sources, les gens qui vivent des relations stables et satisfaisantes ont moins de problèmes de santé graves et sont moins sujets à l’anxiété, à la dépression et à d’autres troubles de santé mentale. Puisque la plupart des gens vivront au moins une relation amoureuse durant leur vie, ajoute le chercheur, il est important d’étudier la façon d’entamer et d’entretenir ces relations, et d’y mettre fin.

Lorne Campbell a épousé sa flamme de jeunesse il y a 14 ans. Le couple a deux jeunes enfants. Et le chercheur célèbre encore la Saint-Valentin.

« N’est-ce pas agréable de constater que nous prenons le temps, du moins dans notre culture, de souligner l’importance de nos relations les plus proches? », affirme Lorne Campbell. Évidemment, ce n’est pas une soirée qui fera la différence dans une relation. Mais c’est l’occasion de s’arrêter et d’y réfléchir. »