Estuary

Estuaire

1 mars 2007
Zoom

J’ai quitté mon village natal (Arviat, au Nunavut) en août 1992. Je suis surtout nostalgique des jours de printemps et des premiers jours de l’été, lorsque nous parcourions quelques kilomètres en VTT jusqu’à une petite rivière ou à un estuaire pour pique-niquer et puiser de l’eau potable. J’aimais faire cette promenade, sentir le contact de l’air frais et salin sur mon visage, boire l’eau de la rivière et cuisiner en plein air. Bref, j’appréciais le grand air mais, plus que tout, je trouvais bon d’avoir la liberté de faire tout ça.

Arviat est située dans une anse, en plein milieu des voies de migration du caribou, de l’oie, du béluga et, au début de l’hiver, de l’ours polaire. Au printemps et jusqu’au début de l’été, l’anse fournit en poissons ce paisible hameau de quelque 1 300 habitants, dont les trois quarts sont des Inuits et qui dépendent encore largement de la chasse et de la pêche (poissons et mammifères marins). Et ainsi va le cycle : nourrissez la terre pour qu’elle vous nourrisse en retour.

Lors d’une visite, il y a quelques années, j’ai proposé à ma mère d’aller jusqu’à la petite rivière faire un pique-nique et rapporter de l’eau fraîche. Quel ne fut pas mon étonnement d’apprendre que l’eau n’y était plus potable !

L’estuaire de la rivière n’est situé qu’à cinq kilomètres d’Arviat. À l’époque, nous avions l’habitude d’arrêter le long de la route pour cueillir des aqpiks, de la chicouté. Souvent, il n’en restait presque plus, car des volées d’oies étaient passées avant nous. Aujourd’hui, les oies mangent des baies irriguées par l’estuaire contaminé.

Chaque automne, des milliers de caribous parcourent pendant leur migration les terres qui bordent la rivière. De temps à autre, on les voit qui s’arrêtent pour s’abreuver dans ces mêmes eaux contaminées.

L’estuaire se jette dans la baie d’Hudson, où nagent en permanence les bélugas. Ils se sont établis dans l’anse d’Arviat et s’y reproduisent chaque saison. L’été, il est possible de voir des bébés bélugas au large. C’est un spectacle magnifique, mais qui perd de sa pureté et de son innocence lorsqu’on sait qu’ils nagent dans des eaux contaminées. Je ne peux désormais plus m’émerveiller en regardant l’océan. Et plutôt que d’aller me promener pour admirer la beauté du paysage, je reste assise à me demander ce qu’il adviendra de tout ce qui m’entoure : de la rivière qui se jette dans l’estuaire qui irrigue la chicouté qui, à son tour, nourrit les oies, de la rivière qui abreuve les caribous et qui va rejoindre l’océan où nagent les bélugas. Et qu’adviendra-t-il de tous ces gens qui, encore aujourd’hui, dépendent principalement de la chasse et de la pêche pour se nourrir ?

Ce qui se passe dans le Nord — de la pollution jusqu’aux profonds changements climatiques — donnent une idée juste des transformations qui se produisent à l’échelle de notre planète. Nous devons tout faire pour lui porter secours, car notre survie et celle des générations futures en dépend.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.

VOUS POURRIEZ ÉGALEMENT ÊTRE INTÉRESSÉ PAR :