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Déterrer l'histoire

1 septembre 2002

Andrew Nelson est doté d'un talent particulier qui lui permet de remonter le temps afin de mieux comprendre le présent. Archéologue et anthropologue physique, ce professeur de l'Université Western Ontario étudie les squelettes anciens et les restes humains momifiés. Avec ses collègues Mike Spence, Chris Ellis, Christine White et Robert Hegele du tout nouveau Centre de recherche en bioarchéologie de l'Université Western Ontario, il utilise des outils et des techniques de pointe dans le but de percer les mystères des civilisations anciennes.

«Qui étaient ces gens qui ont vécu il y a si longtemps? Nous tentons de le comprendre en analysant leurs ossements», raconte le Dr Nelson. «On peut étudier les civilisations anciennes par leurs écrits, leur architecture, leurs objets d'art ou toutes sortes d'autres moyens. Nous croyons toutefois que notre approche est beaucoup plus empathique et directe; elle nous donne plus facilement accès aux secrets de ces peuples et de ces cultures du passé.»

Ce chercheur travaille principalement sur des restes humains découverts près de la ville péruvienne de San José de Moro, dans la vallée de Jequetepeque. En étudiant les squelettes d'individus ayant vécu jadis dans cette région, le Dr Nelson parvient à expliquer les transformations et l'évolution de la culture locale au cours d'une période de six siècles. Cela lui fournit aussi de nombreux renseignements sur les us et coutumes de ces civilisations anciennes. Le mode de vie des membres des tribus Lambayeque et Moche, qui vécurent de l'an 450 à l'an 1500 de notre ère, est littéralement inscrit dans les ossements retrouvés au cours des fouilles.

Même si les squelettes qu'il étudie ne peuvent quitter le Pérou, le Dr Nelson peut toutefois rapporter quelques petits échantillons d'os et de tissus au Canada afin de les analyser dans son laboratoire de l'Université Western Ontario, à London. Cette nouvelle infrastructure de recherche met à la disposition des chercheurs de nouveaux équipements d'analyse et des outils de pointe qui leur faisaient jusqu'à présent défaut. Il n'y a pas si longtemps, le matériel archéologique à analyser devait être envoyé dans d'autres laboratoires canadiens ou expédié aux États Unis. Grâce à ce nouveau centre, seul de son genre au Canada, les archéologues pourront désormais tester sur place leurs échantillons et développer une expertise unique au pays.

L'équipe du Dr Nelson tente de percer les secrets des cultures anciennes «en dressant des fiches personnelles sur chaque individu étudié. Appelées «ostéobiographies» dans le jargon archéologique, celles-ci renferment une foule d'informations sur le mode de vie des gens qui ont vécu il y a tant d'années. Une façon pour les chercheurs de remettre «de la chair sur les os des disparus».

Une des collègues du Dr Nelson, l'anthropologue Christine White, et son collaborateur le géochimiste Fred Longstaffe effectuent des analyses isotopiques et biochimiques sur les squelettes afin de vérifier une hypothèse calquée sur le dicton «dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es». En effet, les os et les dents des squelettes exhumés lui fournissent de précieux indices sur les habitudes alimentaires de ces peuples au cours de longues périodes. À partir d'autres tissus organiques comme les cheveux, elle détermine des variations alimentaires saisonnières et peut même préciser ce qu'a mangé un individu peu avant son décès.

Les Drs Nelson et White ont déjà réussi à établir ce genre de données en analysant les os d'un squelette tiré de sa sépulture sur le site de San José de Moro, en 1997. Cela leur a permis de déduire qu'il s'agissait d'une femme âgée d'une quarantaine d'années ayant subi un traumatisme violent et extrêmement douloureux au niveau de la cage thoracique. Elle souffrait en outre d'arthrite et de maux de dos. Bien qu'elle nous paraisse aujourd'hui bien jeune, cette femme était considérée comme âgée par ses contemporains précolombiens. Les objets enterrés auprès d'elle suggèrent qu'elle était d'un haut rang social et qu'elle consacrait beaucoup de son temps à filer la laine et le coton.

Retombées

Traditionnellement, les archéologues déterminent les changements culturels à partir des objets trouvés dans les tombeaux. Selon cette logique scientifique, la découverte d'un nouveau type de céramique est associée à l'apparition d'un nouveau groupe d'individus venus remplacer les anciens habitants d'une région donnée.

De nos jours, les outils modernes utilisés pour examiner les squelettes et les artefacts jettent sur l'histoire un éclairage différent. Les échantillonnages d'ADN, les analyses isotopiques et la radiologie utilisés au nouveau Centre de Bioarchéologie de l'Université Western Ontario permettent d'étudier plus précisément l'évolution de groupes de personnes qui se sont adaptées aux changements, développant au passage de nouveaux outils et adoptant de nouveaux modes de vie.

«Les résultats des analyses d'ADN nous permettent de croire que plusieurs des sujets que nous avons étudiés sont apparentés. Nous avons souvent affaire à des individus appartenant à un même groupe qui a simplement changé son mode de vie pour mieux s'adapter à son environnement. Ces résultats nous révèlent que nous sommes confrontés à un modèle d'évolution culturelle très différent de nos hypothèses précédentes», explique le Dr Nelson, principal archéologue au nouveau centre de recherche de l'Université Western Ontario.

«La connaissance globale de l'expérience humaine est essentielle pour comprendre la diversité culturelle moderne», ajoute le Dr Nelson. «Les fragments d'os, de tissus humains et les artefacts découverts dans des pays aussi éloignés du Canada que le Pérou, le Guatemala et le Mexique ont beaucoup à nous apprendre sur notre propre culture. Ils nous montrent, entre autres, comment des gens provenant de cultures très différentes se définissaient les uns par rapport à aux autres et interagissaient entre eux.»

«Les relations interculturelles sont le fruit d'une évolution historique qui a débuté il y a des milliers et des milliers d'années», dit le chercheur. «Le travail archéologique nous permet de saisir le fonctionnement du monde moderne à travers une perspective temporelle et, par conséquent, de l'apprécier à sa juste valeur.»

Partenaires

Le nouveau centre de recherche en bioarchéologie de l'Université Western Ontario est cofinancé par la Fondation canadienne pour l'innovation et le Fonds pour l'innovation de l'Ontario. Mis sur pied en 1999 par le gouvernement ontarien, ce fonds assure la disponibilité de capital de recherche destiné aux universités, hôpitaux, collèges et aux autres institutions de recherche de la province. L'Association des diplômés de l'Université Western Ontario participe également au financement du Centre par la voie d'une campagne de souscription.

La FCI et le Fonds pour l'innovation de l'Ontario ont pour but d'attirer et de garder dans les institutions de recherche des chercheurs compétents et visionnaires. Le nouveau centre de bioarchéologie permettra de créer une synergie entre les chercheurs, ce qui en fera un centre à l'avant-garde, sur le plan mondial, dans le secteur de la recherche en archéologie et en anthropologie.

«Le Conseil d'administration du Fonds pour l'innovation de l'Ontario est fier de soutenir des travaux de recherche aussi uniques et novateurs que ceux du Centre de recherche en bioarchéologie de l'Université Western Ontario», souligne le président du Fonds, M. Ken Knox. «Nous sommes particulièrement impatients de savoir ce que les résultats des recherches sur les civilisations passées vont nous apprendre sur la santé des populations du futur. En bénéficiant d'une infrastructure de pointe, de l'encadrement du Dr Nelson, d'une expertise internationale et des nombreuses autres ressources dont dispose le Centre, les chercheurs auront les atouts nécessaires pour déterminer l'importance de l'influence de l'environnement et de la nutrition sur la santé», conclut-il.