Futuristic textiles

Des textiles futuristes

Quatre innovateurs canadiens s’intéressent aux fibres intelligentes
28 novembre 2012

Depuis la nuit des temps, le vêtement protège l’homme des éléments, lui permettant d’explorer la planète. C’était avant que l’habit ne devienne une affaire de mode, une expression de la personnalité et du statut social. Aujourd’hui, des professionnels comme les pompiers, les astronautes et les athlètes portent des vêtements qui assurent leur sécurité et augmentent leur rendement. Et que nous réserve l’avenir? Quatre innovateurs financés par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) nous promettent des vêtements ayant le pouvoir de guérir, de nous aider à faire notre travail et à nous amuser… sans compromission de style.

Une technologie à porter

Barbara Layne à l’Université Concordia se plaît à rêver au temps où les chemises d’hôpital pourront mesurer les signes vitaux des patients et les premiers intervenants pourront communiquer grâce à un pavé tactile intégré à leur tenue. La technologie existe, mais il reste à relever le défi de la mettre au point dans des vêtements que les gens désireront porter, fait valoir la directrice du Studio subTela de l’Institut Hexagram. Son studio développe des techniques efficaces et rentables de tissage de fibres naturelles comprenant des microordinateurs et des senseurs; le but est de créer des vêtements « réceptifs et sensibles à des stimuli externes, dit-elle. Notre recherche porte particulièrement sur les composantes électroniques intégrées afin de rendre la technologie discrète, robuste, lavable et confortable. »

Des tissus exceptionnellement performants

Pour se tenir au chaud par temps froid, il faut évacuer la transpiration, voilà la clé. S’appuyant sur des tests en laboratoire, nombre d’entreprises affirment que leurs tissus exclusifs sont en mesure de le faire. Cependant, seul Mark’s Work Warehouse (L’Équipeur, au Québec) teste réellement ses vêtements sur des humains. La chaîne canadienne de magasins d’habillement s’est associée au professeur de kinésiologie Stephen Cheung de l’Université Brock afin de mettre au point « une méthode précise de modélisation du gradient de pression de vapeur d’eau »; plus prosaïquement, on évalue la respirabilité de la nouvelle collection de vêtements d’extérieur de l’entreprise en situation réelle. Mark’s se sert ensuite des résultats pour perfectionner un nouveau tissu exclusif et pour « améliorer encore davantage le développement et la conception de produits », indique Cheung. Comme il est en discussion avec d’autres entreprises en vue de les amener à améliorer leurs vêtements de sport, on peut s’attendre à ce que des vêtements plus performants soient bientôt mis à la portée de tous les athlètes.

Des normes en matière d’habillement et de protection

La sécurité en milieu industriel n’a plus de secrets pour Betty Crown. Depuis plus de 30 ans, son équipe de la Protective Clothing and Equipment Research Facility à la University of Alberta élabore des normes et des tests en matière d’habillement afin de protéger les travailleurs des risques professionnels liés notamment aux produits chimiques, à l’électricité, aux incendies et, récemment, aux vapeurs. Quand l’Association canadienne des producteurs pétroliers a demandé à Crown de réviser les normes de l’industrie pour les combinaisons de travail bleues en vue d’encadrer la protection contre les vapeurs et l’eau chaude, son équipe a établi des spécifications minimales à cet effet. Ensuite, en collaboration avec le département de génie mécanique de l’établissement, son groupe a déterminé des méthodes de test pour assurer la conformité des tissus et des vêtements avec les normes. Les normes et les tests seront éventuellement adoptés par l’Office des normes générales du Canada, mais les fruits de la recherche ont déjà fait leur chemin dans l’habillement des employés du pétrole et du gaz naturel. « Le succès de notre recherche repose sur notre constante collaboration avec d’autres départements, l’industrie, les producteurs et les travailleurs, explique Mme Crown. Nous ne pourrions pas y arriver sans eux. »

Des vêtements doublés d’argent

La collaboration entre l’industrie et le milieu de la recherche a également donné naissance à SILVERCLEARMD au Groupe CTT du Cégep de Saint-Hyacinthe au Québec. Cette solution liquide antimicrobienne à base d’argent, économique et efficace, est conçue pour le traitement des textiles utilisés dans de nombreuses applications, dont les pansements pour brûlures, les feutres pour bottes, la literie et les sarraus de laboratoire. Depuis des siècles, les propriétés antimicrobiennes de l’argent ont servi à traiter les infections et d’autres affections. Les produits contenant de l’argent sont très efficaces pour tuer les bactéries et en prévenir la reproduction; cependant, ils nécessitent de fortes concentrations d’argent, ce qui rend la fabrication onéreuse. La faible concentration en argent de SILVERCLEARMD en fait le produit le plus abordable et le plus efficace qui soit. « Des tests ont démontré que les pansements pour brûlures et plaies chroniques traités au SILVERCLEARMD, homologué par Santé Canada comme matériel médical de classe II, éliminent les bactéries et neutralisent également leur prolifération, un atout dans le traitement et la prévention des infections, » indique Bernard Rose, président et propriétaire de TransTex Technologies Inc, à Saint-Hyacinthe, la société qui fabrique le SILVERCLEARMD. « Généralement, les pansements des brûlés sont remplacés chaque jour par l’équipe médicale et, dans la plupart des cas, les patients doivent être mis sous sédation parce que la douleur est trop forte. Les pansements SILVERCLEARMD peuvent rester en place de trois à sept jours, ce qui réduit le traumatisme pour le patient. » SILVERCLEARMD a aussi beaucoup d’autres applications non médicales, en plus d’être efficace pour réduire les odeurs de sudation dans les vêtements de sport.