Superbees to the rescue

Des superabeilles à la rescousse

Un chercheur aide les apiculteurs à reconnaître les abeilles résistantes aux maladies
13 juin 2012

À première vue, 2012 s’annonce une meilleure année pour les apiculteurs. Cet hiver, le syndrome d’effondrement des colonies, un phénomène de disparition massive des populations d’abeilles observé en Amérique du Nord depuis 2006, a fait perdre environ 30 pour cent de leurs abeilles mellifères à la majorité des régions de Colombie-Britannique. « L’année ne se présente pas trop mal avec un taux de mortalité de trente pour cent », affirme Liz Huxter, une apicultrice de la région de Grand Forks qui travaille conjointement avec Leonard Foster pour mettre au point de nouvelles méthodes de sélection. « L’année dernière, nous avons perdu 50 pour cent des ruches. Paradoxalement, la prise en charge des abeilles mortes constitue un travail plus exigeant que l’élevage des populations vivantes. »

Le Canada produit chaque année 34 millions de kilogrammes de miel. Les cultures pollinisées par les abeilles sont deux à huit fois plus productives, atteignant une valeur annuelle de plus de 2 milliards de dollars. À titre de principal agent de pollinisation des cultures commerciales, les abeilles mellifères sont une composante essentielle de la production alimentaire; une mauvaise année peut avoir des répercussions considérables sur les éleveurs, l’industrie et le public. Même si le prix du miel n’a pratiquement pas changé, le coût d’élevage des abeilles a augmenté de 11 pour cent au cours des trois dernières années.

« Les abeilles sont extrêmement importantes pour le maintien de notre approvisionnement alimentaire, et plus particulièrement la diversité des fruits que nous mangeons, indique Leonard Foster, un chercheur sur les abeilles de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Sans les abeilles, nous ne produirions plus des quantités commerciales de bleuets, de canola ou d’amandes. » La plupart des fruits, de nombreux légumes et certaines noix dépendent de l’abeille domestique pour leur pollinisation.

Même s’il n’existe aucune explication simple au dépérissement des colonies, Leonard Foster soutient qu’une poignée de maladies y jouent un rôle déterminant. Les apiculteurs emploient des produits chimiques pour combattre les pires maladies et acariens parasites susceptibles de transmettre des virus d’une abeille à l’autre. Cependant, « les traitements sont une solution provisoire, précise Liz Huxter. Les insectes nuisibles gagnent en force et les abeilles s’affaiblissent. Or, les abeilles doivent être capables de se défendre. »

Voilà où entrent en jeu les recherches de Leonard Foster. Grâce à un spectromètre de masse et à d’autres instruments, son laboratoire cherche les abeilles qui résistent génétiquement aux parasites afin que des gens comme Liz Huxter puissent élever de manière sélective des abeilles plus résistantes.

« Nous voulons fonder la sélection sur des caractères spécifiques, comme le fait un éleveur de chiens, continue Leonard Foster. Toutefois, nous devons d’abord déterminer comment distinguer les abeilles qui possèdent les caractères recherchés. »

L’intérêt de Leonard Foster pour les abeilles remonte à son enfance alors que ses parents avaient des ruches. À l’école secondaire, il démontre par une expérience scientifique menée avec l’aide de deux professeurs de l’Université Simon Fraser, que la propolis – une substance résineuse et cireuse que les abeilles recueillent sur les bourgeons et utilisent pour construire et réparer la ruche – a des propriétés antibactériennes. À l’université, il étudie la biologie moléculaire, mais ce n’est qu’en 2005, lorsqu’il crée son propre laboratoire à l’UBC pour examiner, entre autres, les systèmes immunitaires des animaux et des insectes, qu’il s’intéresse plus particulièrement aux abeilles.

À l’instar des êtres humains, les abeilles ont un système immunitaire inné qui reconnaît et attaque tout organisme envahissant avant que celui-ci ne cause de dommages. Néanmoins, « l’immunité sociale », un comportement adopté par la colonie pour combattre l’infection, n’est pas présente chez toutes les abeilles. Selon le chercheur, le comportement hygiénique – qui consiste à retirer les abeilles mortes d’une ruche – est la forme la plus importante d’immunité sociale, mais on ne le retrouve pas chez toutes les abeilles.

« Une seule bactérie qui infecte une abeille peut entraîner la production de 5 à 10 milliards de spores, dit-il. Or, il suffit d’une spore pour infecter une abeille. Le retrait des abeilles mortes avant la formation des spores assure donc de meilleures de survie à la ruche. Ce caractère est important pour toutes les maladies associées aux abeilles.

Un autre comportement important chez les abeilles est leur aptitude à détecter les acariens et à en perturber le rituel d’accouplement, ce qui leur permet de réduire leur prévalence. De plus, certaines abeilles sont naturellement résistantes à certaines maladies.

Jusqu’à maintenant, Leonard Foster a consacré l’essentiel de ses efforts à distinguer les abeilles qui possèdent ces caractères souhaitables. Aujourd’hui, il aide les apiculteurs à reconnaître les abeilles les plus vigoureuses.

Il existe déjà des tests pour déterminer si une ruche donnée affiche des niveaux plus élevés d’immunité sociale, mais ces examens nécessitent des heures de travail et un savoir-faire spécialisé, ils prennent des mois à réaliser et ils entraînent la mort de nombreuses abeilles. « Ces tests ne sont pas pratiques, explique Leonard Foster. Le chercheur s’emploie donc à mettre au point de nouveaux examens qui réduiront de 60 à 70 pour cent les frais de main-d’œuvre et fourniront des résultats à l’intérieur d’une semaine. « Un apiculteur qui planifie un élevage sur cinq ans pourra, grâce à ces essais, ramènera ce processus à deux ou trois ans. »

« Si les travaux du chercheur parviennent à isoler ces caractères facilement et à peu de frais, leurs retombées seront très appréciables pour les apiculteurs, déclare Liz Huxter. Ces recherches seront utiles à l’échelle mondiale. »

Même si les apiculteurs sont souvent lents à adopter de nouveaux procédés, ils s’intéressent de près au travail de Leonard Foster. Au départ, 48 apiculteurs commerciaux de l’Ouest canadien se sont associés à lui pour vérifier la présence de différents caractères dans les ruches. Le chercheur continue à collaborer avec 12 d’entre eux, dont Liz Huxter qui élève aujourd’hui des abeilles presque exclusivement pour lui. Au chapitre de la recherche, il travaille en partenariat avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, le ministère américain de l’agriculture et l’Université du Manitoba, et il reçoit du financement de Genome BC. Leonard Foster collabore aussi avec Monsanto pour développer un traitement de type vaccinal qui aidera les abeilles à combattre les virus.

Il faudra encore quelques années pour produire des vaccins et des tests viables. Mais peu importe les résultats obtenus en laboratoire, le verdict final appartiendra aux abeilles. « Les abeilles vivent selon un système d’interconnexions complexe, confie le chercheur. Elles doivent nous montrer comment il fonctionne. »

Quelques faits sur les abeilles

Sources : Leonard Foster, Liz Huxter, www.honey.com et Wikipédia

  • Les abeilles ont d’abord été domestiquées en Égypte, il y a 4 000 à 5 000 ans.
  • Les abeilles mellifères peuvent prendre diverses couleurs, du doré uni jusqu’au noir.
  • La femelle peut s’accoupler avec 24 abeilles mâles appelées faux bourdons qui meurent après l’accouplement. Elle recueille assez de sperme pour le reste de sa vie qui dure de trois à cinq ans.
  • Toutes les abeilles que l’on voit voler sont des ouvrières.
  • Au plus fort de l’été, la reine de la ruche produit jusqu’à 3 000 œufs par jour.
  • Il existe 20 000 espèces d’abeilles, mais seulement sept espèces d’abeilles mellifères.
  • Les abeilles mellifères ont été introduites en Amérique du Nord en 1622 par les colons européens.
  • Les abeilles mellifères et les vers à soie sont des insectes entièrement domestiqués.
  • L’hydromel, un alcool à base de miel, remonte à 9 000 ans.
  • Certains croient que l’expression « lune de miel » viendrait de la pratique qui consistait à offrir aux jeunes mariés un vin de miel en quantité suffisante pour qu’ils puissent en consommer durant un mois.
  • Les grands apiculteurs commerciaux des Prairies élèvent 2 000 ruches.
  • Une colonie d’abeilles comprend généralement une femelle reproductrice (la reine), quelques milliers de mâles (les faux bourdons) et 40 000 à 80 000 femelles stériles (les ouvrières).
  • Pour produire un demi-kilo de miel, une abeille doit parcourir 75 000 kilomètres et butiner 2 millions de fleurs.