Model scientists

Des scientifiques modèles

Dans le cadre de leurs recherches sur les ouragans, deux chercheurs québécois mettent au point un outil pour prédire les tendances climatiques
16 décembre 2009
À la fin du mois de novembre, lorsque la saison des ouragans a été officiellement terminée dans le bassin Atlantique, René Laprise et Louis-philippe Caron n’ont pas ressenti de soulagement. En effet, ces deux chercheurs québécois étaient encore en quête de données sur les ouragans pour les aider à concevoir un outil servant à en prédire les tendances.
 

René Laprise, professeur de physique climatique à l’Université du Québec à Montréal, et Louis-Philippe Caron, étudiant de cycle supérieur, passent leurs journées à travailler sur un programme informatique représentant l’atmosphère terrestre. Ce logiciel, appelé Modèle régional canadien du climat, se compose de modules mathématiques permettant de simuler les processus atmosphériques à l’origine des ouragans. En modélisant les ouragans des 30 dernières années, puis en testant leur modèle par rapport aux vents de vitesses maximales, aux trajectoires des ouragans et aux zones où ils ont été repérés au cours de cette même période, les deux chercheurs vérifient la précision de leur logiciel.

« Si nous parvenons à reproduire ce que nous avons vu au cours des 30 dernières années, affirme René Laprise, nous pensons être en mesure de simuler le climat du futur – disons celui des 30 prochaines années. »

Louis-philippe Caron, étudiant du troisième
Louis-philippe Caron, étudiant du troisième cycle (GAUCHE) et le professeur René Laprise, devant le superordinateur MARVIN, sur lequel fonctionne leur modèle climatique.

Louis-philippe Caron

René Laprise, qui est également directeur du Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER), explique que son groupe de recherche est le seul au Canada à se spécialiser en modélisation climatique régionale. Les prévisions des effets du réchauffement climatique se basent généralement sur des modèles climatiques mondiaux. Mais la résolution de ces modèles est trop basse pour déterminer avec exactitude les tendances régionales.

Partout dans le monde, les effets des changements climatiques constituent une préoccupation de plus en plus marquée. Il devient donc de plus en plus important de prédire les conséquences régionales. C’est pourquoi le modèle climatique régional à haute résolution mis au point par René Laprise va jouer un rôle essentiel : grâce à lui, les Canadiens connaîtront les conséquences du réchauffement des températures océaniques et des modifications des vents atmosphériques – deux facteurs ayant une influence déterminante sur la durée, l’intensité et la fréquence des ouragans. Forts de ces connaissances, les décideurs pourront aider la population à se préparer aux grosses tempêtes, telles que l’ouragan Juan, qui a causé plus de 200 millions $ de dégâts en Nouvelle-Écosse en 2003.  

Les scientifiques du climat savent que l’augmentation des gaz à effet de serre qui réchauffent l’atmosphère aura un impact sur les ouragans. Mais, pour le moment, ils ne peuvent déterminer s’il y en aura plus ou moins, quelle en sera la gravité ou si leurs trajectoires seront modifiées.

Une image satellite de l
Une image satellite de l'ouragan Rita (couleur) observé dans le Golfe du Mexique, et une image haute résolution d'un Modèle régional canadien du climat (MRCC) d'un ouragan, également observé dans le Golfe.

National Oceanic and Atmospheric Administration (photo satellite), Louis-philippe Caron

« Nous avons des raisons de croire que leur intensité sera accrue, mais nous n’en savons pas beaucoup plus pour le moment », affirme Louis-Philippe Caron.

En comprenant mieux les processus physiques à l’origine des ouragans, René Laprise et Louis Philippe Caron seront en mesure d’améliorer leur modèle. Leurs clients – Ouranos, un consortium de 250 scientifiques et professionnels qui se concentrent sur les changements climatiques et l’adaptation à ces changements, et le Service météorologique du Canada – pourraient utiliser ce logiciel pour prévoir comment les ouragans évolueront au cours des 90 prochaines années.

À ce jour, l’utilisation du modèle climatique régional dans l’analyse des activités des 30 dernières années a permis de générer un nombre annuel d’ouragans semblable à celui observé dans des zones d’ouragan typiques. Ce modèle a en outre permis de générer des images qui ressemblent beaucoup aux photos satellites de véritables ouragans. Caron de conclure : « Les premiers résultats sont prometteurs. »