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Des roches précieuses

Une météorite fait d'un chercheur de l'Université de l'Alberta une étoile de la géologie planétaire et pourrait mener le Canada sur Mars
1 juillet 2007
En 2000, une météorite formée il y a plus de 4,5 milliards d’années est tombée sur la surface gelée du lac Tagish dans le nord de la Colombie-Britannique. C’est l’une des rares de sa catégorie à avoir percuté notre planète. Chris Herd, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’Université de l’Alberta, étudie les météorites en faisant appel à des techniques perfectionnées de prélèvement et d’analyse sans contamination qui sont reconnues par la NASA. Son travail démontre le savoir-faire exceptionnel du Canada en matière de traitement des échantillons extraterrestres.
 

Le professeur Herd espère que la météorite du lac Tagish lui révélera des secrets sur l’origine de notre système solaire et la formation des météorites. De minuscules grains dans la roche, provenant des étoiles présentes lors de la création de notre système solaire, pourraient fournir de nouvelles données sur les gaz et les particules de poussière qui se sont assemblés pour former les planètes, notamment l’une des plus près de la nôtre, Mars. Cette météorite pourrait donc révolutionner nos connaissances sur notre système solaire.

Comme la météorite est tombée sur une surface gelée et que ses fragments ont été recueillis sans être contaminés par la main humaine, elle constitue l’échantillon de minéraux d’origine extraterrestre le plus pur jamais vu. Il permet au chercheur de parfaire ses connaissances en géologie planétaire et de se poser en chef de file en matière de prévention de la contamination. « Chris est à l’avant-plan de cet effort au Canada », indique Lindsay Keller, un scientifique de la NASA qui analyse également des échantillons de la météorite du lac Tagish au Lyndon B. Johnson Space Center, près de Houston, au Texas. C’est grâce à cette reconnaissance du travail de Chris Herd que le Canada pourrait collaborer à une mission vers Mars.

La météorite du lac Tagish ne provient pas de Mars, mais la méthode de manipulation anti-contamination mise au point serait vraisemblablement utile pour des échantillons martiens. Herd souhaite élaborer un programme canadien de géologie planétaire que la NASA considérerait comme une installation clé pour l’analyse d’échantillons et la formation auxiliaire d’astronautes géologues. « Dans une quinzaine d’années, j’aimerais pouvoir former des astronautes qui feraient de la géologie à la surface de la Lune et peut-être même sur Mars, dit-il. J’adorerais être là quand ils rapporteront les premiers échantillons de Mars. »

Cette mission aura-t-elle jamais lieu ? Personne ne saurait le dire, mais Chris Herd se plaît à imaginer son déroulement : « Je concevrais une mission de géologie sur le modèle de la mission lunaire Apollo 17. L’équipage comprenait le seul géologue astronaute qui ait foulé le sol lunaire, Harrison Schmitt. Sur Terre, il y avait une équipe de soutien scientifique multidisciplinaire », indique-t-il.

Le potentiel scientifique d’une mission géologique sur Mars est tel que le chercheur a du mal à concevoir quelles seraient les explorations les plus importantes. « Les astronautes pourraient effectuer une série d’expéditions géologiques — des coulées volcaniques sur les flancs de l’Olympus Mons aux empilements de couches géologiques des Valles Marineris jusqu’aux cratères d’impact qui ont peut-être été jadis des réservoirs d’eau stagnante, pour finir par les volcans qui ont fait éruption sous les inlandsis polaires. »

Peu importe les objectifs d’une mission sur Mars, les efforts de talentueux scientifiques canadiens tels que Chris Herd et ses collègues pourraient contribuer à lever le voile sur les mystères de la planète rouge.

Retombées

Les travaux de Chris Herd portant sur la météorite du lac Tagish illustrent non seulement les compétences du Canada en matière de traitement des échantillons de grande valeur, mais aussi son expertise dans le domaine de la conservation à l’abri de la contamination. « Aucune autre météorite n’a été recueillie de cette façon et, à ce titre, il s’agit sans doute de la roche la plus importante découverte sur Terre », estime Herd.

Chris Herd se penche sur les 29 fragments de la météorite conservés à l’Université de l’Alberta. Il est à la recherche de minéraux ou de molécules qui, généralement, ne sont pas préservés lorsque les fragments sont recueillis à des températures dépassant le point de congélation et contaminés par le contact humain. La météorite du lac Tagish contient des molécules primitives, matériaux de base de la vie. Cette roche unique pourrait également donner aux chercheurs l’occasion d’étudier de la glace extraterrestre.

C’est grâce au professeur Herd et à son équipe que le Canada joue un rôle dans l’étude de cet objet céleste. « J’estimais que cette météorite était importante en raison de sa valeur scientifique. En outre, elle est tombée en territoire canadien. Elle devait donc nécessairement être conservée dans un établissement canadien afin d’optimiser la recherche scientifique et de prouver que nous avions les compétences pour le faire. »

 

Les efforts déployés par Chris Herd pour maintenir le Canada à l’avant-garde de la géologie de l’espace pourraient se traduire par la participation de scientifiques canadiens à l’équipe de soutien d’une mission sur Mars. « Chris est indubitablement une étoile montante dans le domaine. Nous avons essayé de l’embaucher. C’est un chercheur qui voit loin », fait valoir Lindsay Keller, scientifique à la NASA.

« Les centres d’excellence comme l’équipe de Chris au Canada ne font qu’augmenter nos chances de percer les secrets de tels échantillons », poursuit Keller. Les travaux de Chris Herd pourraient mener à des initiatives spatiales importantes pour le Canada, notamment à des collaborations avec la NASA en vue de mieux comprendre notre système solaire.

Partenaires

La météorite du lac Tagish a été acquise par l’Université de l’Alberta et le Musée royal de l’Ontario dans le cadre d’un partenariat entre l’université, le musée, le ministère du Patrimoine canadien, Ressources naturelles Canada et l’Agence spatiale canadienne.

Les 29 fragments qui sont soigneusement conservés à basse température dans la collection de météorites de l’université n’ont probablement jamais été soumis à des températures supérieures au point de congélation. La météorite a été formée dans le froid extrême de l’espace et n’a été chauffée qu’à sa surface externe. Contrairement à la croyance populaire, les météorites sont froides lorsqu’elles heurtent la Terre.

Chris Herd collabore également avec le Johnson Space Center de la NASA. Récemment, un de ses étudiants au postdoctorat a passé quelque temps à la NASA. Le professeur cherche ainsi à tisser des liens avec d’autres communautés scientifiques et à exposer de jeunes chercheurs canadiens à l’équipement spatial le plus perfectionné qui soit.

Pour en savoir plus

Voyez la banque de photos de la météorite du lac Tagish de l’Université de l’Alberta.

Voyez la collection de roches lunaires et d’autres échantillons extraterrestres (lien anglophone) de la NASA et une liste des météorites de Mars.

Explorez 50 des plus grands cratères d’impact sur Terre à partir d’images satellites et de cartes.

Testez vos connaissances sur les météorites sur ce site consacré à la météorite Barringer en Arizona.

Visitez le Planetary Science Research Discoveries. Ce site éducatif présente les plus récentes recherches sur les météorites, les planètes et d’autres corps du système solaire effectuées par des scientifiques parrainés par la NASA.