Democratizing biology

Démocratiser la biologie

L’écologiste Alex Smith presse le public à se rapprocher de la nature
6 juin 2012

Depuis trois ans, des personnes du monde entier examinent les images panoramiques à haute résolution prises dans le Dairy Bush de l’Université de Guelph, un espace boisé de neuf hectares situé à l’ouest du campus, afin d’identifier les plantes qui s’y trouvent ainsi que les animaux et les insectes qui s’y cachent. Les visiteurs, qui accèdent au profil d’Alex Smith, écologiste moléculaire, sur le site Internet GigaPan, qui possèdent peu ou pas de notions en biologie peuvent participer à l’analyser des photographies. En effet, le chercheur veut démocratiser la biologie et contribuer au retour du biologiste « en herbe » en publiant une grande quantité de données accessibles à tous.

Pour ce faire, le chercheur monte un appareil photo sur un robot, appelé « GigaPan », et le place dans le même boisé toutes les semaines. L’appareil prend 640 photographies qui sont ensuite assemblées numériquement pour créer une image panoramique à 360 degrés à haute résolution du paysage. Le professeur de l’Université de Guelph télécharge ensuite ces images dans Internet afin que les visiteurs puissent les agrandir suffisamment pour observer et identifier jusqu’aux insectes les plus minuscules, et assister aux changements qui surviennent dans le boisé. « C’est un peu comme transporter les gens au cœur du paysage », affirme le chercheur.

Alex Smith vise ainsi à amener les gens à apprécier les espaces sauvages, comme le Dairy Bush, de même que la vie qu’ils recèlent et qui passe souvent inaperçue.

« On ne voit pas toujours la plupart des formes de vie de moins d’un gramme et d’un centimètre. Il faut donc trouver des moyens de les repérer », observe le chercheur. En conjuguant le séquençage de l’ADN, qui permet d’identifier les organismes d’une espèce à partir d’une petite séquence d’ADN normalisée, et le GigaPan, Alex Smith mesure la complexité de l’environnement en vue de lui donner une valeur réelle.

« La difficulté à évaluer les services de l’écosystème offerts par les diverses formes de vie sur la planète, en particulier dans un environnement économique, s’explique par notre capacité à répertorier la majorité de ce qui s’y trouve », affirme le chercheur.

Alex Smith est également en train d’effectuer le séquençage de l’ADN de la population d’insectes du Dairy Bush, du Parc provincial Algonquin, en Ontario, et du Área de Conservación Guanacaste, au Costa Rica, afin de mieux connaître les répercussions environnementales de l’extraction des ressources sur ces écosystèmes.

À une époque, la biologie s’adressait aux simples amateurs, à l’instar de l’astronomie aujourd’hui. Cependant, au fur et à mesure que les scientifiques se sont intéressés à ce domaine, celui-ci est devenu moins accessible au grand public. Alex Smith espère renverser la vapeur grâce à son projet sur la biodiversité financé par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), une étude écologique à long terme de la dynamique spatiale de la population des espèces menacées ou peu étudiées.

« Nous devons enseigner l’interprétation des données scientifiques au grand public », affirme Alex Smith. Ce dernier croit que la population canadienne développerait des connaissances en biologie en participant à des projets comme le sien, ce qui lui permettra de prendre des décisions environnementales éclairées.

Lorsque des membres de l’équipe découvrent une séquence inédite, ils en font part au public et tout universitaire qui le souhaite peut étudier les spécimens capturés. « J’ai reçu des fonds publics pour mener cette recherche alors je considère que mes données appartiennent également au public. Qu’il s’agisse des GigaPans, des séquences d’ADN accessibles à tous ou des insectes capturés à l’aide de pièges, la transparence ajoute de la valeur aux données. »

Grâce à la contribution de la FCI, le chercheur a pu se procurer un plus grand nombre de pièges à insectes et de GigaPans de même qu’un camion à bord duquel Alex Smith et son équipe accéderont aisément aux sites de recherche. Il espère estimer la diversité des habitats de la population d’insectes du Parc Algonquin d’ici à la fin de l’été.

Pour ce qui est du GigaPan, le chercheur s’en est servi pour prendre des photographies panoramiques renversantes au Costa Rica. Il compte reproduire le projet du Dairy Bush dans l’Amazone, ce qui permettrait aux Canadiens d’explorer, de façon interactive et dans leurs moindres détails, des endroits reculés. Il entretient également le site Web Nearby Nature Gigablitz qui présente les meilleures photographies de la nature prises à l’aide d’un GigaPan, soumises par des participants provenant des quatre coins de la planète.

Le projet du Dairy Bush dépasse les frontières de la science, ayant capté l’attention d’une source inattendue. En effet, en novembre 2012, un représentant de l’Academy for Performing Arts de Hong Kong a communiqué avec le chercheur en vue d’utiliser une de ses photographies en toile de fond d’un orchestre, à l’occasion d’un concert de financement. L’orchestre interprétait, très à propos, une version des Quatre saisons de Vivaldi.