Water, water everywhere, but not a drop to drink

De l'eau partout, mais pas une goutte pour se désaltérer

La technologie de dessalement mise au point par Asha Suppiah pourrait aider à faire face à la pénurie mondiale d'eau potable
25 septembre 2007
© Jamie Buisman
 

Avant même d’avoir atteint l’âge de se mettre au volant d’une voiture, Asha Suppiah avait appris à s’orienter dans les dédales du droit des brevets. Il y a à cela une excellente raison : en effet, Asha a mis au point une technique originale pour obtenir de l’eau potable à partir d’eau salée, une invention qui pourrait sauver un grand nombre de vies à l’échelle mondiale.

Le parcours d’Asha vers l’innovation a débuté alors qu’elle n’avait que 13 ans, à la faveur d’un voyage qui lui a permis de comprendre ce qu’est véritablement la soif. Alors qu’elle visitait des membres de sa famille élargie dans les États indiens méridionaux du Karnataka et du Tamil Nadu, Asha a été frappée par la gravité du problème de la « rareté de l’eau ». Elle a découvert que même les personnes vivant dans une relative aisance ne pouvaient espérer avoir de l’eau en tout temps, simplement en ouvrant le robinet, et que dans les villages pauvres, les femmes devaient marcher des kilomètres chaque jour pour aller chercher un peu d’eau potable à la source d’approvisionnement la plus proche.

Selon EauVive, un organisme caritatif canadien enregistré qui consacre tous ses efforts à assurer un approvisionnement en eau potable aux personnes les plus pauvres de la planète, 2,2 millions de personnes meurent chaque année de maladies évitables occasionnées par de mauvaises conditions d’hygiène et la consommation d’eau souillée. Cela équivaut à 6 000 décès par jour ou à un décès par seconde. Asha, qui au moment de son voyage en Inde était en sixième année à l’école de Deep River, petite ville de la vallée de l’Outaouais où l’accès à des quantités illimitées d’eau potable est considéré comme un droit acquis, a vécu en Inde une expérience qui a suscité chez elle une profonde réflexion.

« L’Inde est un pays tropical baigné de soleil et bordé par un océan, dit-elle. Pourquoi ne pas exploiter ces deux ressources, présentes en abondance, pour produire de l’eau douce ? »

Préoccupée par la situation, Asha a commencé à explorer la méthode du dessalement de l’eau de mer par évaporation, qui permet d’obtenir un résidu de sel et de la vapeur d’eau. On peut ensuite, par simple condensation, transformer cette vapeur en eau potable. Dans le cadre d’un projet préparé en vue d’une expo-sciences, Asha a pu établir qu’il y avait deux raisons pour lesquelles ce processus n’avait pu trouver d’applications à grande échelle, soit ses coûts élevés et sa faible efficacité.

C’est alors qu’Asha a véritablement fait appel à sa créativité. Elle s’est d’abord penchée sur la possibilité d’employer un distillateur solaire : il s’agit d’un récipient fermé rempli d’eau de mer et placé au soleil pour le chauffer. Dans un endroit comme le sud de l’Inde, où les températures peuvent atteindre des niveaux extrêmes, ce processus aurait dû, en principe, bien fonctionner. Toutefois, son efficacité, exprimée en rendement réel par rapport au rendement idéal, dépend de la surface d’eau exposée au soleil, là où se produit spécifiquement l’évaporation.

Asha a proposé d’ajouter du coton au processus pour absorber l’eau. L’entrelacement des fils de la toile crée une surface de contact avec l’air permettant d’obtenir une superficie d’exposition au soleil systématiquement supérieure à celle de l’eau dormante. Ce procédé permet d’augmenter de 100 % l’efficacité du système.

La jeune fille a ensuite continué de raffiner ce principe et fabriqué un cylindre de grille maillée ondulée qui a fourni une surface de contact avec l’air encore plus grande et ce, malgré un récipient plus petit. De nouveau, Asha a augmenté de 100 % l’efficacité du processus.

La beauté du procédé mis au point par Asha tient à ce qu’il n’exige pas de source externe de combustible, puisque l’eau est remuée par un moteur à énergie solaire. Le coût et l’efficacité de son invention permettent à cette dernière de rivaliser avantageusement avec toute méthode existante sur le marché.

« À l’heure actuelle, les désalinisateurs présentent une efficacité de 30 à 40 %, précise Asha. Ma méthode me permet d’obtenir une efficacité de 70 à 80 % et ceci, avec un modèle d’appareil tout bête que j’ai fabriqué chez moi. »

Asha a conçu le matériel en vue d’expo-sciences pendant ses deux premières années de secondaire, mais déjà, à ce stade, les applications possibles de sa recherche dans le monde réel étaient très évidentes. Avec l’aide d’un avocat, elle a alors breveté sa technologie.

Parallèlement, l’élève a continué de mettre ses recherches en valeur à l’occasion de différentes présentations de l’Expo-Sciences jeunesse pancanadienne, récoltant des distinctions, y compris le Prix d’excellence Pfizer Canada, ainsi que trois médailles d’or et trois médailles d’argent. Dernier trophée à son tableau de chasse : Asha a été l’une des récipiendaires du prix « 20 ados avec brio », une reconnaissance qui souligne les réalisations et le leadership de jeunes gens. Ce prix est décerné par Youth in Motion, un organisme dont l’objectif est de stimuler les programmes de carrière chez les jeunes.

Aujourd’hui, à 20 ans, Asha entame sa troisième année d’études universitaires en génétique à la University of Western Ontario. Elle souhaite faire carrière en médecine ou en recherche médicale pour contribuer à améliorer la qualité de vie de ses semblables. C’est pour cette même raison qu’il lui tient profondément à cœur de réaliser l’objectif qu’elle s’est fixé au primaire : procurer de l’eau douce à ceux qui en ont le plus besoin. Actuellement, Asha cherche activement des promoteurs pour commercialiser sa technologie, avec l’espoir d’en effectuer une production de masse qui permettra aux populations du monde entier d’avoir accès à une solution simple et abordable pour fabriquer de l’eau douce.

« Je veux que cela se fasse le plus tôt possible, souligne Asha. Il le faut, puisque tant de gens meurent parce qu’ils n’ont pas accès à cette précieuse ressource qu’est l’eau potable. »