Turning research into opportunity

De la recherche à l'entrepreneurship

Des scientifiques de l'Université McGill fondent leur propre entreprise pour lancer sur le marché de nouveaux médicaments anticancéreux
1 juillet 2006
Avant que ses travaux sur l’apoptose — processus naturel du corps humain qui lui permet d’éliminer des cellules malades ou endommagées — ne l’entraînent dans le domaine de la recherche sur le cancer, Gordon Shore n’avait jamais envisagé de créer sa propre entreprise.
 

Car Gordon Shore est avant tout biochimiste à l’Université McGill. Cet universitaire se passionne pour la recherche plutôt que pour les affaires. Mais vers le milieu des années 1990, lui et un autre chercheur de McGill, Philip Branton, ont commencé à s’intéresser à la relation entre le cancer et l’apoptose et se sont demandé pourquoi la chimiothérapie ne fonctionne pas chez certains patients atteints du cancer. La théorie veut que si les mécanismes ordonnant aux cellules de s’autodétruire sont prématurément bloqués ou désactivés, la chimiothérapie n’a aucun effet.

Les chercheurs ont pensé que si le corps pouvait rétablir cette capacité naturelle à détruire des cellules atteintes ou endommagées, il pourrait éliminer les cellules cancéreuses. Aujourd’hui, Gordon Shore est le conseiller scientifique en chef de Gemin X, société de biotechnologie montréalaise qu’il a fondée avec Philip Branton pour découvrir et mettre au point des médicaments capables de restaurer l’apoptose des cellules cancéreuses. La société entamera bientôt la deuxième phase des essais cliniques d’un composé issu de leurs recherches à McGill, le GX15-070, afin de mesurer ses effets sur les cancers du sang. Sa plus récente demande d’investissement de capital de risque lui a permis d’obtenir 65 millions de dollars US pour diriger l’élaboration de ce médicament anticancéreux.

Pour les deux chercheurs, l’extension de leur savoir-faire au-delà du cadre universitaire vers le secteur privé était la seule façon d’amener leur découverte du laboratoire à l’environnement clinique. « C’est une question de ressources, d’expertise et d’infrastructure, explique Gordon Shore. Les établissements du secteur public n’ont pas actuellement la capacité de porter un médicament du stade de la mise au point à celui de la mise en marché. Jusqu’à présent, la méthode la plus efficace pour passer à travers ce processus a été de recourir aux entreprises commerciales.

Gordon Shore et Philip Branton ne voulaient pas non plus remettre simplement leur découverte entre les mains d’une grande société pharmaceutique. Ils désiraient garder le contrôle du processus. « Nous pensions que nous pourrions mieux gérer l’élaboration initiale du composé », explique Gordon Shore.

De plus, en continuant à faire de la recherche et à enseigner à McGill, les deux scientifiques maintiennent leur engagement envers le système public qui les a aidés à financer les premières étapes de leurs recherches et à faire germer les idées ayant mené à la création de Gemin X. Ce partenariat est intéressant car il permet de faire circuler le savoir entre les secteurs public et privé de la recherche. « C’est un des grands avantages de ce que j’ai fait. Maintenant, je peux mettre à profit mon expérience et mes connaissances en matière de mise au point de médicaments à l’université », explique Gordon Shore.

Son collègue David Thomas, titulaire d’une chaire du recherche du Canada en génétique moléculaire à McGill, pense aussi que l’expérience de Gordon Shore et Philip Branton bénéficie tant à l’université qu’aux contribuables qui financent leurs travaux. « C’est un avantage pour le contribuable de voir des découvertes converties en quelque chose de plus utile qu’un simple brevet ou une publication, dit David Thomas. Ce composé aura une incidence majeure dans le domaine de l’oncologie. »

Retombées

Gemin X a attiré des millions de dollars de capital de risque au Canada, dont une partie lui a permis d’embaucher plus de 60 personnes et de contribuer à enrichir le groupe d’experts en biotechnologie et biopharmaceutique dans la région montréalaise.

Les liens avec l’Université McGill toute proche — source de personnel hautement qualifié et d’étudiants diplômés — constituent un autre avantage pour la société. « Le fait que des scientifiques de haut niveau, comme les docteurs Shore et Branton, travaillent à McGill présente une valeur inestimable pour Gemin X, car celle-ci profite directement du fruit de leur recherche d’avant-garde », indique Dan Giampuzzi, président-directeur général de la société. Si les composés de Gemin X font leurs preuves comme médicaments anticancéreux efficaces, les patients atteints de cancer au Canada et dans le monde entier, de même que les systèmes de santé, en bénéficieront grandement.

« Si nous réussissons, nous pourrons alléger le très lourd fardeau qu’impose le cancer tant sur le plan sanitaire que financier », précise Gordon Shore, qui espère que le secteur public parviendra un jour à faire comme lui dans le secteur privé. « Je pense que le secteur public a intérêt à commencer à établir ce type de capacités dans les universités », poursuit-il.

Partenaires

La société de biotechnologie Gemin X, fondée par les scientifiques chevronnés Gordon Shore et Philip Branton de l’Université McGill, collabore à plusieurs recherches visant à créer la prochaine génération de médicaments anticancéreux d’avant-garde. Outre McGill, les partenaires de Gemin X comprennent l’Institut de recherche en biotechnologie du Conseil national de recherches du Canada, l’Université Laval, l’Université de Montréal et un certain nombre de sociétés de biotechnologie.

Les nouveaux composés chimiques mis au point dans les laboratoires universitaires sont soumis à des tests sur des gènes, des protéines ou des acides nucléiques ciblés en vue d’analyser les réactions. Si Gemin X obtient des résultats prometteurs, la société pourra conclure un contrat de licence avec les universités ou les laboratoires lui permettant de poursuivre la mise au point des composés. « Gemin X est bien placée pour comprendre les besoins des chercheurs universitaires qui souhaitent traduire leurs découvertes en avantages importants pour les patients », souligne Dan Giampuzzi, président-directeur général de la société.