Big thoughts on little science

De grandes pensées sur l'infiniment petit

1 novembre 2006

Le 22 juin 2006, scientifiques, administrateurs, gens d’affaires et politiciens étaient réunis en grand nombre à l’Université de l’Alberta, à Edmonton, pour célébrer l’inauguration d’un établissement de 120 millions de dollars, l’Institut national de nanotechnologie (INN).

C’était en quelque sorte une fête de l’innovation dans un des domaines les plus féconds de la recherche scientifique actuelle. C’était aussi une bonne occasion d’examiner les conditions à mettre en place pour stimuler et soutenir l’innovation à l’avenir.

Comme le nom l’indique, les « nanosciences » étudient les propriétés et le comportement de la matière à l’échelle nanométrique (10-9). Hormis les techniques, les produits, les procédés et les retombées économiques qui peuvent en découler, elle a son importance en elle-même parce qu’elle nous livre des clés fondamentales de l’univers.

À même des matériaux qui n’ont pas plus de trois ou quatre atomes d’épaisseur, la nanotechnologie construit des structures et des machines qui font 1/10 000e de l’épaisseur d’un cheveu humain. Nombreux sont ceux qui y voient l’annonce de la prochaine révolution technologique, aux répercussions encore plus grandes que celles de la révolution informatique. Ses incidences économiques, entre autres, seront de l’ordre du billion de dollars annuel pendant les 10 ou 15 prochaines années.

Si les experts en politiques scientifiques font scrupuleusement la part de la recherche scientifique, du développement technologique et de l’innovation (la démarche par laquelle science et technologie débouchent sur des produits et des services ayant une valeur économique commercialisable), le profane ne s’embarrasse pas de telles distinctions : pour lui, l’esprit d’innovation est omniprésent dans le domaine de l’infiniment petit, du début à la fin. Le scientifique qui fait de la recherche aux confins de ce domaine doit lui-même innover dans ses hypothèses et ses expériences. Il en va de même pour le technicien qui facilite la conduite des expériences, comme pour le technologue et l’entrepreneur appelés à faire passer du laboratoire au marché les nouvelles découvertes faites à cette infime échelle.

On peut en dire autant des penseurs politiques et des administrateurs qui veillent aux finances, à l’organisation, au schéma conceptuel nécessaires pour aiguillonner et entretenir pareille activité.

Et au plan organisationnel, il faut aussi mettre au compte de l’innovation cet heureux partenariat trilatéral, entre le Conseil national de recherches du gouvernement fédéral, l’Université de l’Alberta et le gouvernement provincial, grâce auquel l’INN a pu voir le jour.

Au demeurant, bon nombre des progrès scientifiques accomplis au Canada depuis une dizaine d’années, y compris dans l’entourage de l’Institut national de nanotechnologie, n’auraient pas eu lieu sans l’aide des Chaires de recherche du Canada (CRC) et de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), deux créations qui témoignent elles-mêmes d’une grande inventivité financière et administrative.

La question se pose donc : quelles autres innovations sont-elles nécessaires aux plans des politiques et de l’administration pour stimuler et soutenir davantage des établissements comme l’INN et, plus généralement, les sciences, la technologie et l’innovation au Canada ? Pour ma part, j’en vois plusieurs :

  1. Continuer de privilégier le concept du partenariat trilatéral (gouvernement fédéral, province, université); lorsque science et technologie ont porté fruit, étendre formellement ce concept pour mieux intéresser un quatrième partenaire dans le monde des affaires et du commerce.
  2. Si le soutien à l’innovation consiste essentiellement à aider les innovateurs (scientifiques, techniciens, technologues, administrateurs, gestionnaires, entrepreneurs), étendre la portée de l’actuel crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS-DE) aux dépenses suivantes des entreprises : bourses de recherche, subventions aux étudiants des cycles universitaires supérieurs, bourses post-doctorales, échanges de cadres scientifiques et techniques avec le secteur public.
  3. Corriger les déficits de fonctionnement chroniques des grands programmes de recherche en leur appliquant la même réflexion innovante qui, au moyen de la FCI et des CRC, a permis d’augmenter les ressources humaines et financières du secteur scientifique.
  4. Appliquer plus rigoureusement la science de la communication à la communication de la science, afin surtout de combler le fossé de compréhension entre la communauté scientifique et la classe politique, dont le soutien est si crucial pour l’avenir de l’innovation.

La pensée et l’action innovantes caractérisent l’évolution des nanosciences et leurs applications à tous les stades. Il est aussi important que le même esprit, animant penseurs politiques et administrateurs, continue de marquer l’évolution des grandes orientations en matière de sciences, de technologie et d’innovation au Canada.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.