Crime and rehabilitation

Crime et réadaptation

Un chercheur de la Colombie Britannique explore la riche culture autochtone de la vallée du Fraser pour en arriver à une meilleure façon de réhabiliter les criminels
20 octobre 2010
La prison à sécurité minimale Kwìkwèxwelhp
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La prison à sécurité minimale Kwìkwèxwelhp située près de Chilliwack, en Colombie Britannique, accueille jusqu'à 50 détenus, dont 75 % purgent une peine d'emprisonnement à vie.
Service correctionnel du Canada

La dernière chose à laquelle Hugh Brody s’attendait en se lançant dans un projet d’entrevues auprès de jeunes autochtones de la vallée du Fraser en Colombie Britannique en 2005 était de passer trois ans en prison. Le cours des événements a toutefois changé lorsqu’il a rencontré Angela George, membre de la Première nation Chehalis près de Chilliwack, qui travaillait à l’époque à titre d’agente de liaison culturelle entre sa communauté et Kwìkwèxwelhp, une prison comme il n’en existe nulle part ailleurs.

À Kwìkwèxwelhp, l’anthropologue et réalisateur Hugh Brody a découvert une prison à sécurité minimale dont plus de la moitié de la population était autochtone et où les cérémonies amérindiennes locales ainsi que l’engagement communautaire servaient d’outils de réadaptation. Au fil de ses découvertes, ce scientifique, qui étudie la culture et les communautés autochtones depuis 40 ans, a constaté que cette prison fédérale était le lieu idéal pour explorer son sujet de recherche sous-jacent : l’utilisation du film comme moyen de communication et d’affirmation des témoignages et des droits des peuples autochtones.

« Mon objectif était de comprendre cet établissement et le rôle qu’y jouait la culture autochtone, explique Hugh Brody, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études autochtones de l’Université de la vallée du Fraser. J’ai ensuite utilisé le film pour transmettre mes observations. »

Pendant près de trois ans, le chercheur et son caméraman ont bénéficié d’un libre accès à la prison – une entente sans précédent au Canada, peut-être même dans le monde. Le résultat? The Meaning of Life, un documentaire de 82 minutes sorti en octobre 2009 qui continue d’être présenté au Canada et partout dans le monde. Amusant, touchant et déchirant, le film raconte la vie de détenus avant et après leur crime, et décrit comment le fait de vivre la spiritualité des Premières nations leur offre une dernière chance de guérison et, ultimement, la liberté.

Pour réaliser The meaning of life,
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Pour réaliser The meaning of life, l'anthropologue et réalisateur Hugh Brody a bénéficié d'un accès sans précédent aux détenus et au personnel de la prison Kwìkwèxwelhp.
Hugh Brody, Face to Face Media

L’axe de recherche de Hugh Brody s’est élargi au fil des entrevues et du tournage. The Meaning of Life met en lumière le nombre disproportionné d’hommes autochtones languissant actuellement dans les prisons canadiennes et sert de mise en garde pour tous les jeunes. Il se veut également un outil faisant la promotion de l’élaboration de moyens plus efficaces de réhabiliter les prisonniers autochtones et non autochtones des prisons du Canada.

Pendant le film, l’auditoire fait la rencontre de Rico, 43 ans, un compagnon sculpteur sur bois qui n’a goûté qu’à de brefs moments de liberté depuis qu’il a été incarcéré à l’âge de 16 ans. Un autre homme explique comment les abus vécus dans sa famille et au pensionnat ont anéanti sa vie bien avant qu’il ne se livre au crime. Et un autre, Darcy, est un éloquent Métis triple meurtrier qui se révèle étrangement sympathique, torturé par la culpabilité pour les crimes commis et cherchant désespérément la rédemption.

La façon dont les cérémonies autochtones servent d’outil de guérison constitue un aspect essentiel du film. La « cérémonie d’accueil » Chehalis, par exemple, qui honorait traditionnellement la naissance d’un enfant, a été adaptée pour inclure les détenus, autochtones comme non autochtones, dans un puissant symbole de renaissance. Chaque détenu est enveloppé dans une couverture dans la longue maison des Chehalis au milieu de bruits de tambours, de chants et entouré de la présence chaleureuse de la communauté locale.

Par la lentille de Hugh Brody, nous constatons que c’est en grande partie grâce à la participation active de la communauté Chehalis que Kwìkwèxwelhp est un établissement si unique et si efficace : les taux de récidive y semblent effectivement nettement plus faibles que ceux des autres prisons à sécurité minimale.

Les détenus autochtones et non autochtones de
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Les détenus autochtones et non autochtones de Kwìkwèxwelhp adhèrent à la spiritualité et à la communauté autochtones comme éléments essentiels de leur programme de réadaptation.
Hugh Brody, Face to Face Media

La gestionnaire de programme de Kwìkwèxwelhp Angela George, qui a fait appel à Hugh Brody, pense que le film est important parce qu’il présente à un vaste auditoire l’idée que l’engagement communautaire direct joue un rôle clé dans la réadaptation des criminels.

« Le film montre comment une approche correctionnelle judicieuse peut réellement fonctionner, souligne-t-elle. Chacun de ces hommes sera un jour admissible à une libération. Il s’agira de mes voisins et de vos voisins. C’est pourquoi je pense que nous sommes plus en sécurité si la communauté participe. »

« Nous espérons que le film sensibilisera le personnel du système carcéral, confie Betsy Carson, qui a produit le film et travaillé avec Hugh Brody pendant 20 ans. Habituellement, les répercussions sociales prennent des années à imprégner un système, alors il est un peu tôt pour déterminer si ce projet a eu un impact ou non. »

Depuis la sortie du film, au moins 500 exemplaires ont été distribués dans le monde, notamment dans les salles de classe de la Colombie Britannique. Hugh Brody a assisté à de nombreux visionnements, généralement suivis d’une séance de discussion sur la création d’un système correctionnel plus efficace.