Cancer combat

Combattre le cancer

Jaime Blais travaille à trouver une cure contre le cancer en ciblant les cellules tumorales les plus combatives
1 septembre 2005
Le cancer est la bête noire de la médecine et le vaincre demeure un défi de taille pour les meilleurs scientifiques et médecins. Alors, quand Jaime Blais a décidé de prendre part au combat à l’âge de 23 ans, elle n’y est pas allée par quatre chemins… Elle a choisi de s’attaquer aux cellules les plus combatives et résistantes d’une tumeur.
 

Comme la circulation sanguine des tumeurs solides est très mauvaise, elles sont criblées de poches qui ne contiennent pratiquement pas d’oxygène. On pourrait croire qu’il s’agit là d’un environnement hostile pour toutes les cellules, mais c’est en fait dans ces poches inamicales que vivent les cellules cancéreuses super résistantes.

Ces cellules cancéreuses peuvent survivre sans oxygène en entrant dans un mode « d’hibernation ». Elles cessent de se diviser et leur métabolisme ralentit. Dans cet état latent, elles peuvent éviter beaucoup mieux que les autres cellules cancéreuses les effets de la chimiothérapie et de la radiation. Ainsi, pour vaincre le cancer, nous devons découvrir comment nous débarrasser de ces cellules sournoises.

Jaime, maintenant étudiante au doctorat à l’Université d’Ottawa, travaille à résoudre ce problème depuis cinq ans. En utilisant une puce génétique d’une nouvelle façon, elle tente de découvrir, parmi les 30 000 gènes humains, les cellules cancéreuses qui ont recours à cet état d’hibernation qui demande peu d’oxygène.

Les recherches de Jaime ont permis de constater que bon nombre des gènes qui s’expriment en état de privation d’oxygène s’expriment aussi dans d’autres situations stressantes, comme une infection virale. « On peut parler d’une réaction intégrée au stress », affirme-t-elle.

En d’autres termes, les gènes qui rendent les cellules cancéreuses résistantes au manque d’oxygène pourraient aussi permettre aux cellules de résister à toutes sortes d’agressions, dont les traitements contre le cancer. Si les scientifiques réussissent à éliminer cette réaction de protection contre le stress, ce serait un pas de géant dans la lutte contre les cellules cancéreuses les plus coriaces.

L’intérêt que Jaime porte à la biologie remonte à sa onzième année, grâce au professeur Paul Hutton. « Il a été le déclencheur et je l’estime beaucoup, explique t elle. Je souhaite que tous les élèves puissent vivre une expérience de la sorte dans leur vie : bénéficier un jour de l’influence de quelqu’un qu’ils n’oublieront jamais. »

Jaime a d’ailleurs tenté de faire vivre cette expérience aux élèves de son ancienne école secondaire en faisant du bénévolat auprès de l’organisme de sensibilisation aux sciences, Let’s Talk Science. « Il est toujours agréable de rencontrer des personnes qui se trouvent là où vous avez déjà été et d’exercer une influence sur elles », affirme-t-elle.

Jaime est une des 83 récipiendaires des bourses remises cette année dans le cadre du programme des Bourses d’études supérieures du Canada des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Ce programme vise à venir en aide aux étudiants inscrits à la maîtrise et au doctorat. Jaime se dit inspirée par les gens qu’elle côtoie chaque jour.

« Il est impossible de ne pas être profondément touché quand on se promène dans le centre de cancérologie et qu’on voit le nombre de patients qui attendent pour leur traitement, souligne Jaime. On a alors l’impression d’avoir un rôle à jouer et on espère pouvoir un jour faire la différence. »

Le Dr John Bell a supervisé le travail de Jaime au Ottawa Centre for Cancer Therapeutics. « Jaime a tout ce qu’il faut pour réussir dans les sciences, explique-t-il. D’abord et avant tout, elle est d’une nature très curieuse et veut savoir comment fonctionnent les choses. Ajoutez à cela une excellente éthique de travail, un esprit vif, un don pour l’expérimentation et un bon sens de l’humour et vous obtenez l’étudiant dont rêvent tous les superviseurs ! »

Quand on lui demande en quoi son projet s’apparente aux autres travaux effectués au laboratoire, elle admet qu’il ne cadre pas vraiment avec ceux-là. Presque tous les étudiants du Dr Bell travaillent ensemble sur des traitements viraux contre le cancer.

« À certains moments durant nos études, nous souhaiterions travailler à la même chose que les autres juste pour sentir que nous faisons partie d’un tout, affirme Jaime. À d’autres moments, c’est l’inverse, parce qu’on est alors en mode d’autodécouverte. »

« De façon générale, poursuit-elle, je crois avoir tiré profit de mon travail qui demandait plus d’autonomie. Je me suis disciplinée et j’espère que les gens avec qui j’ai travaillé en ont aussi bénéficié. En science, le détail est au cœur de nos travaux. Alors si quelqu’un apporte quelque chose de différent au groupe, tout le monde en profite. »