Capital collaborations

Collaborations capitales

Une industrie entière s'ouvre à l'innovation grâce au travail d'équipe et concrétise le grand rêve d'un chercheur d'Ottawa
1 avril 2004

Début des années 70 : Samy Mahmoud devient ingénieur électricien et se met à rêver de circuits et de puces de silicone. Normal dans son emploi. Fin des années 90 : ses rêves prennent une tournure fascinante.

C'est à cette époque que germe dans l'esprit de Mahmoud une vision singulière : des universités, des gouvernements, des chercheurs industriels de la région d'Ottawa collaborant comme jamais auparavant dans des labos collectifs à inventer les télécommunications de demain. Peu de temps après, ses idées de techno-grandeur se concrétisent et donnent naissance à l'Institut des télécommunications de la Capitale nationale (ITCN). C'est ainsi que Samy Mahmoud, doyen de la Faculté de génie et design de l'Université Carleton, et Nicolas Georganas, professeur de génie à l'Université d'Ottawa, fondent ensemble en 1999 le premier organisme régional de collaboration à la recherche et à l'innovation au Canada.

L'ITCN a vu le jour avec l'aide du Centre de recherche et d'innovation d'Ottawa (OCRI), du Fonds ontarien pour l'innovation et de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI). Des spécialistes de diverses disciplines y font de la recherche-développement dans quatre grands domaines : la photonique, le multimédia, le réseautage et les applications sans fil à large bande. « L'Institut représente une démarche inédite pour tirer le maximum du potentiel de R-D que recèle la région, explique son président, Robert Crawhall. Grâce à différentes collaborations, les PME de la technologie ont accès aux moyens de recherche des grandes entreprises. »

Au nombre de ces collaborations, l'ITCN a contribué à aménager six laboratoires de télécommunications avancées à l'Université Carleton et six autres à l'Université d'Ottawa, où des chercheurs à différents stades de carrière travaillent dans des conditions idéales à faire progresser des domaines aussi divers que les composants optiques et la gestion de réseau. « Nous n'aurions pas pu rêver de pareilles installations sans l'aide de la FCI, avoue M. Mahmoud. Ça fait toute la différence au monde. »

On compte actuellement une quarantaine de projets, auxquels participent plus de 80 professeurs d'université, 90 étudiants des cycles supérieurs, 40 chercheurs industriels et quelque 35 scientifiques du gouvernement. « En réunissant un assortiment de spécialistes comme ceux-là, on réduit de beaucoup la durée totale du cycle de recherche-développement, poursuit Samy Mahmoud. On s'aperçoit vite que d'autres ont inventé certains appareils auxquels on trouve souvent des applications insoupçonnées, qui facilitent grandement le travail. »

Les collaborations sont aussi favorisées par un autre bénéficiaire des fonds de la FCI, NCIT*Net, un réseau à haute vitesse de recherche avancée en zone métropolitaine. Premier du genre au Canada, NCIT*Net est un réseau de recherche qu'on n'hésite pas à pousser à la limite de ses capacités, puisque c'est là sa vocation essentielle. Disposé en anneau autour d'Ottawa, il relie de nombreux membres de l'ITCN et sert à mettre au point des applications évoluées et les services de réseau nécessaires à leur fonctionnement. « L'Institut aura des répercussions durables, ajoute M. Mahmoud. C'est comme un village olympique. On le construit pour deux semaines, mais il dure une vie entière. »

La naissance de l'ITCN remonte au début des années 90, à l'époque où Ottawa s'affirmait comme la Silicon Valley du Nord, une région qu'on considère encore aujourd'hui à l'avant-garde de la recherche industrielle en télécommunications et en technologie de l'information. Les entreprises qui en font partie représentent bien l'amalgame de sociétés multinationales de la région : Nortel Networks, Alcatel Canada, Bell Canada et des PME comme QNX Software Systems. La plupart ont prospéré grâce à la proximité des laboratoires du gouvernement fédéral, surtout le Conseil national de recherches et le Centre de recherches sur les communications, deux membres fondateurs de l'ITCN.

Retombées

Les chercheurs en télécommunications sont pour la plupart ingénieurs, mathématiciens, concepteurs de matériel ou de logiciels. Mais leurs travaux pourraient un jour sauver des vies. S'ils parlent volontiers aujourd'hui d'oscillateurs opto-électriques intégrés et d'algorithmes de classification des paquets, ils n'en ont pas moins à l'esprit la santé et le mieux-être des humains. Leurs technologies de pointe pourraient déboucher bientôt sur une foule de bienfaits, depuis le diagnostic médical par Internet jusqu'aux routes « intelligentes ».

« Toutes sortes d'applications, qu'on n'aurait pas pu prévoir il y a quelques années, pourraient résulter de nos travaux actuels », lance Samy Mahmoud, doyen de la Faculté de génie et design de l'Université Carleton, en songeant aux possibilités à long terme des recherches effectuées par l'Institut des télécommunications de la Capitale nationale (ITCN).

L'Institut s'intéresse de près à la science haptique, entre autres dont l'objet est de recréer la sensation du toucher via Internet. « Nous avons déjà la vue et l'ouïe sur Internet, constate le président de l'ITCN, Robert Crawhall. Il n'est pas exagéré de pressentir que la prochaine frontière sensorielle sera celle du toucher. » Si on ne peut encore parler de révolution dans ce domaine, il y a tout de même eu une percée. En octobre 2003, l'ITCN a facilité l'exécution d'une poignée de mains virtuelle au-dessus de l'Atlantique, la toute première démonstration d'haptique entièrement interactive sur un réseau à large bande. Un participant à Genève a pu ressentir une pulsation artificielle émise depuis le Centre de recherches sur les communications, à Ottawa. Les entreprises canadiennes associées au projet comprenaient MPB Technologies Inc., de Montréal, et Handshake Interactive Technologies, de Kitchener (Ontario).

Mais tout ne s'achève pas sur une poignée de mains. Les chercheurs croient que la technologie haptique pourrait avoir de vastes applications dans un proche avenir, qu'il s'agisse de téléguider des véhicules dans un environnement dangereux ou de pratiquer la médecine à distance. De telles applications feraient appel à un jeu complexe de travaux sur les capteurs, la combinaison de signaux et la transmission par Internet en temps réel.

Selon M. Mahmoud, c'est dans le domaine des communications médicales et dans celui des routes et des immeubles intelligents que brilleront les recherches parrainées par l'ITCN concernant les dispositifs de détection et les transmissions sans fil sur réseau à large bande. On peut déjà imaginer de puissants appareils de contrôle à distance grâce auxquels des patients pourront vaquer à leurs activités à la maison ou au travail tout en restant sous surveillance médicale.

Samy Mahmoud signale aussi que les compagnies d'assurances s'intéressent particulièrement à la technologie des routes intelligentes, qui pourrait réduire les taux d'accident et améliorer d'autant leur bilan. Un réseau sans fil de surveillance routière est déjà de l'ordre du possible : les conducteurs seraient avertis bien à l'avance de tout changement des conditions des routes et les limites de vitesse seraient automatiquement modifiées en conséquence.

Partenaires

Par le biais de son Programme des partenaires de recherche, l'ITCN a élaboré une série de projets de collaboration stratégique avec des entreprises, grandes et petites, hors du secteur des télécommunications. Les partenaires sont actuellement au nombre de 10 INCO, l'Agence canadienne de développement international, Peeta Consulting Inc., eXRAY Broadband Inc., NI Solutions, CSIRO Australia, EION International, Diatem Networks, ITS Electronics et Industrie Canada.

Le budget de fonctionnement de l'ITCN provient principalement du Fonds ontarien d'encouragement de la recherche-développement, qui soutient la collaboration entre le secteur privé et les institutions de recherche de l'Ontario.