Lofty gardens

Cité-jardin

Un chercheur de Halifax analyse comment les toits verts peuvent réduire les coûts d'énergie et améliorer le climat urbain
21 mai 2008
Zoom

Pour Jeremy Lundholm, écologiste de Halifax, les villes du futur seront radicalement différentes de celles d’aujourd’hui. Le changement le plus marquant : des paysages urbains plus verts. « Quand je vois des édifices, je vois un habitat potentiel pour des plantes et d’autres organismes vivants sur chacune de leurs surfaces », indique Lundholm, professeur adjoint de biologie et d’études environnementales à l’Université Saint Mary’s de Halifax. « Nous pouvons transformer toutes ces surfaces extérieures perdues et, ainsi, économiser de l’énergie tout en rendant notre environnement urbain plus agréable. »

Jeremy Lundholm est un partisan de la technologie des toits verts, qui consiste à ajouter un substrat et une couverture végétale sur une toiture dans un but à la fois esthétique et pratique.

Bon pour le chaud, bon pour le froid

Pendant la saison chaude, les toitures végétales permettent de réduire la transmission de chaleur par le toit et, donc, de diminuer la demande énergétique des appareils de climatisation d’un bâtiment. Une étude effectuée en 2003 par N.H. Wong et ses collaborateurs à l’Université nationale de Singapour a révélé que le transfert de chaleur d’un toit vert pour une journée type donnée était inférieur de 10 % à celui d’un toit conventionnel.

Steven Peck, fondateur et président de Green Roofs for Healthy Cities, un organisme sans but lucratif établi à Toronto, fait la promotion des toits verts comme solutions efficaces aux problèmes de réchauffement et de refroidissement en milieu urbain. Plus particulièrement, ces toits peuvent réduire considérablement l’effet d’îlot de chaleur observé dans la plupart des grands centres urbains, résultat de la disparition de la couche végétale au profit de surfaces foncées et étanches comme l’asphalte.

« Les villes se réchauffent au rythme de la disparition de nos forêts urbaines et de nos espaces verts, explique Steven Peck. Plus il fait chaud, plus les citadins font appel à leurs climatiseurs, ce qui contribue à faire augmenter la charge de pointe des centrales thermiques au charbon dont les émissions de gaz à effet de serre sont très élevées. L’idée de refroidir les villes en investissant dans l’infrastructure verte est fort prometteuse pour l’avenir. »

Quand il pleut, les toits verts améliorent la gestion du ruissellement pluvial en retenant l’eau et en réduisant les surcharges d’écoulement d’averse. Selon une étude menée par la U.S. Environmental Protection Agency en 2000, la végétalisation des toits présenterait aussi un autre avantage : la durabilité. En effet, les toits verts peuvent durer jusqu’à 20 ans de plus que les toitures conventionnelles puisqu’ils sont protégés des effets nocifs des ultraviolets et qu’ils réduisent les variations de température.

Les toits végétaux améliorent également l’insonorisation et, autre atout non négligeable, il arrive que des espèces d’oiseaux rares, des insectes et des plantes colonisent spontanément ces jardins, ramenant une biodiversité grandement souhaitable dans l’environnement urbain.

Rien d’étonnant alors que les toits verts poussent comme des champignons sur les hôtels, les centres d’affaires et les immeubles d’habitation, particulièrement en Europe. Selon Livingroofs.org, une ressource du Royaume-Uni, depuis 2000, plus de 30 millions de mètres carrés de toitures végétales ont été réalisés en Allemagne seulement. Bien qu’elles coûtent plus chères à construire que les toitures conventionnelles (approximativement le double), les toitures végétalisées peuvent s’avérer plus rentables, tout compte fait, en raison des économies d’énergie qu’elles permettent et de leur plus grande longévité.

Les toits canadiens commencent à verdir

Au Canada, les toits verts n’en sont qu’à leurs balbutiements. La majorité des végétaux utilisés dans les projets de ce type sont des sedums (plantes de rocaille grasses) parce qu’ils poussent très bien dans un sol peu profond. L’étude effectuée par Jeremy Lundholm vise notamment à répertorier d’autres espèces de plantes indigènes – notamment celles qui croissent naturellement sur les affleurements rocheux au Canada atlantique – qui pourraient se reproduire tout aussi bien, sinon mieux, que les sedums.

Zoom

Il cherche également à combiner différentes espèces afin d’améliorer la performance de l’ensemble de la toiture verte d’une saison à l’autre. « Certaines plantes poussent bien dans des conditions humides ou sèches, indique Lundholm. Si vous voulez que le toit reste vert pendant toute la saison de croissance, vous devez choisir une plante qui pousse bien au printemps quand le temps est humide et une autre qui peut survivre à la sécheresse de l’été. »

Un projet pilote a permis de faire pousser en serre jusqu’à 20 espèces indigènes différentes, puis de les transplanter sur le toit de la bibliothèque de l’université. L’effort de recherche prendra beaucoup plus d’ampleur au printemps alors que ce même toit sera transformé en une véritable installation d’essai – la première du genre au Canada atlantique – grâce à du matériel de pointe conçu pour mesurer les différents aspects de la performance de la toiture végétalisée.

Cette nouvelle installation d’essai permettra aux chercheurs de déterminer les facteurs ayant l’incidence la plus positive sur la performance des toits verts. Jeremy Lundholm collaborera également avec des architectes de Halifax et la Faculté d’architecture de l’Université Dalhousie afin d’appliquer les données recueillies à des projets de construction régionaux. Il travaille également avec des propriétaires de pépinières locales en vue de cultiver, à plus grande échelle, des espèces de plantes indigènes adaptées aux toitures vertes. « Il existe des occasions d’essaimage régionales qui valent réellement la peine d’être explorées », estime-t-il.

Enfin, le chercheur espère créer un toit spécialement adapté au climat des provinces de l’Atlantique, utilisant, dans la mesure du possible, des plantes indigènes. Il veut aussi analyser les coûts et avantages de la technologie des toits verts afin d’encourager de telles installations dans la région. « Les gens doivent savoir combien ils peuvent s’attendre à économiser sur les frais de climatisation et de chauffage, dit-il. Quand nous aurons cette information en main, il sera plus facile d’intéresser les décideurs et l’industrie. »

Pour obtenir une vue d’ensemble du problème, Jeremy Lundholm travaille également avec des collègues d’autres régions du Canada, notamment avec Brad Bass du Centre de l’environnement de l’Université de Toronto et Maureen Connelly du Centre for the Advancement of Green Roof Tecnnology de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique. « Ensemble, nous serons en mesure de comprendre pourquoi il existe des écarts régionaux au chapitre des coûts et des avantages des toits verts, poursuit Lundholm. C’est une première en Amérique du Nord, je suis très emballé par ce projet. »

La technologie des toits verts n’a pas encore rempli toutes ses promesses. Nombre d’avantages éventuels restent à explorer, qu’il s’agisse d’établir si les toitures végétales réduisent les coûts de chauffage en augmentant l’isolation ou si la qualité de l’air est améliorée du fait que les toitures piègent les particules aéroportées; les nouvelles possibilités de production alimentaire en milieu urbain font également partie des atouts à examiner. L’avenir est prometteur pour la technologie des toits verts et pour nos cités-jardins de demain.

Pour en savoir plus

Plus de 200 documents de politique sur les toits verts.