Seeking the perfect storm

Chasseur de tempêtes

Au nom des sciences atmosphériques, John Hanesiak chasse les phénomènes météorologiques extrêmes
30 juin 2009
Justin Hobson, étudiant aux cycles
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Justin Hobson, étudiant aux cycles supérieurs, observe la tornade aux approches de la ville d'Elie.
Justin Hobson

Rira bien qui rira le dernier : à ce jeu c’est parfois Dame nature qui l’emporte et John Hanesiak le sait bien. Quand on demande à ce chasseur de tempêtes et expert en sciences atmosphériques de l’Université du Manitoba quel est le phénomène météorologique le plus mémorable qu’il ait chassé, il répond qu’il a été témoin de plusieurs tornades, mais que celle qui l’a le plus marqué, c’est celle qui ne s’est jamais produite.

Hanesiak dirigeait, dans le nord-ouest de l’Iowa, une excursion pédagogique avec les étudiants de son cours en observation de tempêtes – unique au pays – lorsque les conditions météorologiques extrêmement instables se sont mises à promettre la tempête par excellence.

« L’énergie était prodigieuse, dit-il. Pratiquement tous les chasseurs de tempêtes des États-Unis étaient sur place. Nous étions tous là à attendre que quelque chose se passe, puis… plus rien. Il est extrêmement difficile de prévoir ces phénomènes – ou vous avez la tempête extrême ou c’est le calme plat. »

Le 22 juin 2007, à 19 h, la tornade F5
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Le 22 juin 2007, à 19 h, la tornade F5 touche le sol.
Justin Hobson

Le scientifique étudie la convection atmosphérique, c’est-à-dire la manière dont l’atmosphère interagit avec la surface de la Terre. Par exemple, il observe comment les cultures et d’autres éléments de surface affectent l’apport d’humidité alimentant les tempêtes. Concentrant ses recherches dans les Prairies et dans l’Arctique, John Hanesiak a traqué des orages en Alberta et a traversé en avion d’importantes tempêtes d’hiver au large de l’île de Baffin afin de mieux comprendre les processus météorologiques et climatiques à l’œuvre. Son objectif ultime est de contribuer à améliorer les prévisions météorologiques.

La prévision des orages violents a enregistré des progrès significatifs au cours de la dernière décennie, principalement grâce au radar Doppler et à d’autres technologies, ainsi qu’à une meilleure connaissance des systèmes convectifs, indique le chercheur. Toutefois, les modèles informatiques sont toujours incapables de prédire avec exactitude où et quand une tempête se formera. En outre, certaines tempêtes ne sont pas nettement définies. C’est entre autres le cas de de la tornade qui s’est abattue le 22 juin 2007 sur le village d’Elie, au Manitoba, à quelque 30 kilomètres à l’ouest de Winnipeg. Au Canada, c’est la première tornade de force F5, la plus haute cote sur l’échelle Fujita, qui mesure la gravité d’une tornade en fonction des dégâts causés.

Ce jour-là, l’humidité dans la basse atmosphère était élevée pour le sud-est du Manitoba et on notait un fort cisaillement du vent à basse altitude alors que les vents de la moyenne à la haute atmosphère n’étaient pas aussi forts que la normale pour une tornade F5. Les brises provenant du lac Manitoba ont contribué à déclencher la tornade, précise John Hanesiak.

John Hanesiak et son équipe attendent la
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John Hanesiak et son équipe attendent la tempête.
Justin Hobson

En plus, la tornade d’Elie ne se comportait pas comme une véritable F5. Au lieu de se déplacer rapidement le long d’une trajectoire unique, elle est passée assez lentement et a exécuté quelques boucles sur un couloir de cinq kilomètres. Elle a rasé quatre maisons en plus d’endommager sérieusement une minoterie en périphérie du village. Miraculeusement, personne n’a été blessé.

Bien que le chercheur, alors en déplacement, ait manqué le phénomène, l’un de ses étudiants de deuxième cycle et chasseur de tempêtes passionné, Justin Hobson, a immortalisé sur une vidéo de 40 minutes le passage de la tornade à partir d’un chemin de campagne situé à environ 1,5 kilomètre au sud. La queue de la tornade a balayé le village, indique l’étudiant, dont la thèse de maîtrise porte justement sur le sujet. Il l’a entendue déchiqueter les maisons, mais ce qui l’a le plus frappé, c’est son mouvement inhabituellement lent. « Les tornades ne sont pas censées prendre la pose pour vous », dit-il.

La tornade d’Elie a donc été bien observée et documentée. « On aurait dit un animal pris au piège, poursuit Hobson. On a pu l’observer sous tous les angles. Comme elle s’est formée à proximité du site radar, nous avons pu réunir une bonne quantité de données sur le phénomène. » Somme toute, une tempête qui n’était pas parfaite s’est révélée un sujet parfait pour une étude scientifique.