Cooling off: A sustainable path to our climate change goals

Changement climatique: un chemin praticable vers nos objectifs

Une opinion du secteur universitaire.
1 mai 2006

La nécessité croissante d’une riposte efficace à la menace du changement climatique planétaire a suscité ces dernières années quantité de discussions, d’enquêtes, de collaborations et de litiges. Des preuves toujours plus convaincantes démontrent que les gaz à effet de serre (GES) émis par l’activité humaine, essentiellement celle des transports et des industries fonctionnant aux combustibles fossiles, provoquent une bonne partie des changements observés. Quelles que soient les formes que prennent ces changements dans différentes régions du monde (réchauffement et sécheresse dans les unes, refroidissement et précipitations dans les autres), il apparaît clairement que l’humanité est au seuil d’un précipice au delà duquel ses systèmes de production et de consommation subiront inévitablement de vastes et profondes transformations. Beaucoup disent que nous avons franchi ce seuil depuis longtemps, à notre insu, et que nous sommes condamnés désormais à des décennies de comportement destructeur pour l’écologie et la société.

À mesure que la science livre des constatations toujours plus troublantes, des questions pressantes se posent quant au meilleur chemin à emprunter pour atténuer le changement climatique (réduction des émissions de GES) et pour s’y adapter (prévention contre les effets, par exemple construction de digues littorales pour contenir la hausse du niveau des mers). D’une part, on plaide en faveur de politiques de riposte efficaces, qui doivent tenir compte, entre autres nombreux critères, des incidences en matière de durabilité. Les tenants de cette pensée dans les milieux politiques, scientifiques et sociaux ont cristallisé leurs efforts autour du protocole de Kyoto. D’autre part, on allègue que des voies de développement durable intégrant tous les éléments pertinents (pauvreté, analphabétisme, hygiène publique, distribution inégale des ressources, résilience écologique) permettraient de s’attaquer aux racines du problème. Beaucoup moins répandue jusqu’ici, cette façon de voir gagne du terrain à mesure que politiciens, savants et activistes se font plus nombreux à souligner l’interdépendance des réalités écologiques et sociales comme le changement climatique, le développement technologique et économique, l’extrême pauvreté et le VIH/sida. Il apparaît de plus en plus que si nous n’empruntons pas des voies de développement durable qui soient intrinsèquement peu polluantes, aucune politique ne pourra pallier à l’énorme augmentation consécutive des émissions de GES. Inversement, emprunter de pareilles voies contribuera directement à réduire les émissions et le travail des décideurs s’en trouvera grandement facilité.

Cette approche englobante met en lumière un aspect intéressant de la mobilisation mondiale contre la menace du changement climatique : les écarts plus ou moins considérables dans l’apparente aptitude des nations à traduire en action concrète leur capacité d’intervention. Par capacité, on entend les ressources telles que les options technologiques disponibles et les réserves de capital financier, social et institutionnel, qui sont étroitement liées au degré de développement d’une collectivité et lui permettent normalement de se prémunir contre des menaces de cette envergure. Face au changement climatique, cependant, il faut que particuliers, industries et institutions s’astreignent à de réels changements de comportement qui puissent freiner le phénomène ou aider à s’y adapter. Le Canada, par exemple, bien qu’il ait ratifié le protocole de Kyoto et qu’il dispose d’importants moyens technologiques et financiers, n’est pas parvenu à réduire ses émissions de GES. Loin de s’approcher de son objectif, qui est d’amener ses émissions à un niveau inférieur de 6% à celui de 1990, il dépasse actuellement d’environ 30% ce niveau de référence. La Suède, en revanche, est en voie de réaliser ses engagements de Kyoto, voire de les dépasser, au prix de mesures aussi diverses qu’ambitieuses. Le gouvernement suédois estime que les émissions nationales seraient plus élevées de 20% sans ce train de mesures. Voici donc deux pays qui, malgré des différences marquées de culture, d’histoire et de géographie, ont semble-t-il en abondance les ressources nécessaires pour lutter efficacement contre le changement climatique. Comment le Canada pourrait-il s’inspirer de la Suède, ou d’autres modèles, pour emprunter le chemin d’un développement viable qui ne porte pas atteinte au climat? On constate de plus en plus qu’au delà de la volonté politique, il entre en jeu un mélange complexe de facteurs culturels, technologiques, économiques et sociaux qui se conjuguent pour favoriser ou entraver l’action concrète.

Il s’ensuit qu’une bonne façon d’ouvrir un pareil chemin, et donc de s’attaquer aux racines du problème, consiste à créer et à entretenir de nouvelles formes de partenariat entre les secteurs privé et public, la société civile et les milieux de la recherche. Puisque le développement sous-jacent peut avoir sur les émissions de GES une incidence capable d’étouffer à elle seule les bienfaits éventuels d’une politique en matière de climat, il importe de dégager des idées communes de la durabilité qui concordent avec un large éventail d’intérêts dans la société, puis de former les partenariats nécessaires pour que ces idées portent fruit. Pour le meilleur ou pour le pire, le secteur privé sera le principal moteur du développement dans le monde, aussi faut-il trouver le moyen de l’engager sur les chemins de la durabilité socio-économique et technologique. Cela ne se fera pas cependant si les règles du jeu défavorisent un tel développement. Au secteur public donc de fournir le contexte légal et réglementaire approprié. La société civile aussi a un rôle à jouer. Sans une masse critique d’électeurs exigeant du changement, de consommateurs optant de plein gré pour des produits et des services durables, ni les politiciens ni les sociétés commerciales ne pourront livrer les politiques et les produits souhaités. Enfin, une transition de cette importance soulève de nombreux enjeux de recherche pure et appliquée qui appellent une importante contribution de la communauté scientifique.

L’innovation et le progrès socio-technologique pèseront lourd dans ce nouvel ordre des choses. Des changements majeurs s’imposent dans tout ce qui contribue aux émissions de GES, à commencer par l’intensité énergétique des systèmes de production et de consommation, l’organisation sociale des villes et autres établissements humains, l’affectation des terres, l’infrastructure de transport, les systèmes de production et de distribution de l’énergie et de l’eau, avec tout ce que cela comporte d’aspects technologiques, sociaux et institutionnels. Il faudra nous appliquer de notre mieux pour mettre au point les solutions intégrées qui nous mèneront sur un chemin praticable de développement, inoffensif pour le climat en même temps que bénéfique aux points de vue social, économique et moral.

John Robinson est professeur au SDRI (Sustainable Development Research Initiative) et Sarah Burch est étudiante de doctorat.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.