Quitting time

C'est le temps d'arrêter de fumer

Pour de nombreux Canadiens, cesser de fumer semble une bataille perdue d'avance, mais de nouvelles armes sont en cours de fabrication pour lutter contre la dépendance à la nicotine
19 janvier 2011

Écouter l’entrevue avec Bernard Le Foll diffusée sur les ondes de Radio Canada Internationale

Malgré les objectifs louables de la 34e Semaine nationale sans fumée qui s’amorcera le 16 janvier, l’un des constats les plus décourageants de toute personne qui essaie d’arrêter de fumer est le risque extrêmement élevé de voir ses efforts se solder par un échec.

« Même en ayant recours à un traitement approprié, près de 70 à 80 pour cent des gens rechutent après un an, et sans traitement adéquat, ce nombre grimpe à 90 pour cent », indique Bernard Le Foll, chef du laboratoire de recherche translationnelle sur la dépendance du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) établi à Toronto.

Devant ce taux d’échec accablant, Bernard Le Foll et ses collègues du CAMH s’emploient à trouver de nouveaux moyens pour permettre aux gens de se défaire de l’assuétude à la nicotine. Les travaux du chercheur ont pour fondement théorique des indices de plus en plus nets démontrant que sur le plan métabolique, cette dépendance ne serait pas attribuable à un seul facteur, mais plutôt à une combinaison complexe de mécanismes biochimiques du cerveau.

Toutefois, tous ces fumeurs dont le combat contre la cigarette est parsemé de tentatives infructueuses ont aujourd’hui de bonnes raisons de se réjouir : à la suite d’expériences réussies sur des animaux, deux nouvelles méthodes de désaccoutumance du tabac seront mises à l’essai cette année auprès de sujets humains. L’une de ces études vise à déterminer si la stimulation magnétique transcrânienne d'une partie profonde du cerveau appelée insula peut aider les fumeurs à abandonner leur mauvaise habitude.

L’activité de l’insula est associée à divers états émotionnels chez l’humain, notamment l’anxiété, la douleur et l’humeur. En 2010, les chercheurs du CAMH ont aussi établi que lorsqu’une substance chimique bloquait temporairement l’activité de l’insula, des rats dépendants de la nicotine en réduisaient la quantité qu’ils s’autoadministraient. Dirigé par Bernard Le Foll, un groupe de recherche du CAMH collabore avec le chercheur israélien Abraham Zangen, qui a mis au point une bobine électromagnétique capable de moduler l’activité de l’insula. L’équipe entend effectuer l’imagerie du cerveau de volontaires, pour voir si la stimulation électromagnétique peut bloquer temporairement la propension de la nicotine à déclencher des mécanismes de dépendance.

Un éventail très différent d’expériences porte sur la capacité de la prazosine à diminuer l’envie de fumer. Chez les rats, la prazosine a réduit la quantité de nicotine qu’ils s’autoadministraient. Ce médicament bloque partiellement le système noradrénergique qu’on connaît surtout pour son rôle dans la réaction de combat ou de fuite dans des situations dangereuses, mais dont l’activation a aussi été associée à diverses dépendances aux drogues.

Bien que l’efficacité de ces deux nouvelles approches en matière de désaccoutumance au tabac reste à démontrer, Bernard Le Foll souligne que contrairement à d’autres domaines de recherche en médecine, ses travaux sur la dépendance ont obtenu des résultats assez similaires en ce qui a trait aux expériences en laboratoire sur des animaux et aux essais cliniques sur des sujets humains.

Mais, malheureusement, les chercheurs n’ont pas été en mesure de conscientiser les animaux sur les effets fondamentalement nocifs de l’usage prolongé de la nicotine sur leur santé.

« Nous n’avons pas trouvé de façon d’induire chez eux une prise de conscience qui leur indiquerait qu’ils doivent essayer de cesser ce comportement », ajoute Bernard Le Foll.
À cet égard, le CAMH va faire tout ce qui est humainement possible pour inciter les gens à abandonner la cigarette durant la Semaine nationale sans fumée. Les sujets recrutés pour participer à une étude se verront offrir des doses gratuites de Zyban, un médicament dont il a été prouvé qu’il double le succès de ceux qui tentent d’arrêter de fumer. Le CAMH estime que ce type d’incitation est nécessaire, puisque moins de la moitié des gens qui essaient d’arrêter de fumer ont recours à un médicament pour les aider dans leur combat.

C’EST LE TEMPS D’ARRÊTER…

• Quarante-trois pour cent des fumeurs ontariens tentent sérieusement de cesser de fumer, au moins une fois par année.

• Près de 1,7 million d’Ontariens de 18 ans et plus fument à l’heure actuelle. De ce nombre, environ 62 pour cent ont l’intention de cesser de fumer au cours des six prochains mois, et 32 pour cent entendent arrêter au cours des 30 prochains jours.

• Les fumeurs canadiens font en moyenne 3,2 tentatives avant d’arrêter pour de bon.

• Les enfants de parents qui fument ont 200 à 400 pour cent plus de risques de souffrir d’asthme.

• Le tabagisme est lié à 30 pour cent de toutes les mortalités par cancer au Canada.

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