Rock the boat

C'est l'aviron qui nous mène

Un ingénieux appareil de mesure de l'équilibre mis au point à l'Université Western Ontario
1 juillet 2004
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Si les Canadiens sont si habiles à manoeuvrer un canot sur les innombrables lacs, rivières et cours d'eau du pays, ils le doivent peut-être à un sens éprouvé de l'équilibre sur l'eau. Mais jusqu'à ce que Siobhan McLaughlin s'y intéresse, peu de gens avaient pris la peine de se demander pourquoi, ou comment mesurer ce sens de l'équilibre.

Étudiante de maîtrise en kinésiologie à l'Université Western Ontario, Mme McLaughlin a commencé par s'interroger sur les qualités qui font les meilleurs rameurs. Elle-même adepte de l'aviron depuis l'école secondaire, elle savait que l'équilibre comptait pour beaucoup dans cette discipline et voulait en décortiquer la mécanique. Elle s'est donc mise en quête d'études ou d'ouvrages pour expliquer le phénomène, découvrir des indices qui aideraient les rameurs à parfaire leur jeu d'équilibre.

N'ayant pratiquement rien trouvé, elle s'est attaquée elle-même au problème. L'Université Western Ontario était l'endroit idéal pour le faire. La ville environnante, London, abrite le National Rowing Centre, créé à la faveur d'un partenariat unique entre l'Université, son club d'aviron, le London Rowing Club, et Canada Aviron. C'est de là que sont sortis les meilleurs pagayeurs canadiens, dont certains ont même fait leur marque sur la scène internationale.

McLaughlin avait ainsi l'occasion d'étudier des équipes d'aviron à tous les degrés d'avancement, jusqu'aux plus talentueuses et expérimentées, et d'améliorer la performance de tous les athlètes. Mais c'étaient les novices qui l'intéressaient le plus. « Je me suis arrêtée surtout aux débutants, à la meilleure façon de leur apprendre à ramer, dit-elle. J'avais besoin de suivre leur rendement pendant une saison et de leur montrer où ils se situaient par rapport à l'idéal. »

Sa recherche l'a menée au célèbre entraîneur olympique Volker Nolte, employé de l'Université devenu son directeur de thèse, qu'elle a consulté avant de mettre au point un ingénieux instrument de mesure. Tel un métronome miniature, l'appareil oscille d'un côté à l'autre suivant le roulis imprimé à l'embarcation par les mouvements répétitifs des rameurs. Il peut être monté discrètement sur la poupe et ses mouvements peuvent être filmés à distance depuis un bateau de poursuite. Les données recueillies rendent compte fidèlement d'un cycle d'oscillation constant pour un équipage donné, qui en dit long sur l'adresse et la compétence des rameurs. « La courbe d'équilibre qui se dessine après chaque coup d'aviron est très intéressante, explique Mme McLaughlin. Celle de l'équipe nationale apparaît très régulière, tandis que celle des équipages novices donne à peu près n'importe quoi. »

Cliquez ici pour visionner le clip de Discovery Channel « Balance in the Boat ».

La nouvelle méthode d'analyse s'appuie sur le caractère technique de l'aviron et pourrait améliorer grandement les régimes d'entraînement. C'est évidemment le voeu de Mme McLaughlin qui, fraîchement diplômée de cette année, est devenue entraîneuse-chef de l'équipe provinciale de la Saskatchewan. Selon elle, l'analyse de l'équilibre affiché par ses équipes de Saskatoon, de Regina et de Prince Albert pourrait leur procurer un sérieux avantage sur leurs concurrents. Pour les pagayeurs canadiens qui s'en vont aux Jeux olympiques d'Athènes cet été, ce pourrait être la différence entre un acte de présence et une place sur le podium.