Gait crasher

Ça marche!

Une chercheuse met à profit son savoir-faire pour aider bénévolement des enfants atteints de paralysie cérébrale
12 octobre 2011
Les plateformes de force insérées dans le
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Les plateformes de force insérées dans le plancher mesurent les interactions du pied de Courtney avec le sol.
Vicky Chester, UNB

Pour la plupart des gens, marcher est aussi naturel que respirer. Cependant, pour une personne aux prises avec des problèmes de mobilité, tout déplacement peut se révéler extrêmement difficile, voire impossible. C’est là qu’entre en jeu la kinésiologue Vicky Chester de l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB). Spécialisée dans l’analyse clinique de la marche – qui étudie la mécanique des schémas de marche anormaux – Mme Chester élargit nos connaissances sur les troubles du mouvement.

Depuis près de dix ans, Vicky Chester fait don de son temps et utilise de l’équipement financé par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) pour aider des enfants atteints de paralysie cérébrale. À l’époque où elle travaillait au Centre de réadaptation Stan Cassidy (CRSC) de Fredericton, elle a vu des enfants qui avaient du mal à se déplacer à travers la pièce. « Ça m’a profondément touchée, indique-t-elle. Cela paraît injuste qu’ils ne puissent courir, jouer et avoir une enfance normale. »

Mme Chester a collaboré avec le CRSC pour mettre au point un processus de monitorage, d’analyse et d’interprétation des mouvements chez les enfants à l’Andrew and Marjorie McCain Human Performance Lab de l’UNB, où elle dirige son programme de recherche de l’analyse de la marche. Le rôle de Vicky Chester ne se limite pas à la recherche : elle discute des résultats avec les médecins et les physiothérapeutes des enfants et participe à la prise des décisions thérapeutiques, par exemple la nécessité d’une intervention chirurgicale ou d’un appareil orthopédique.

En plaçant des marqueurs réflecteurs sur la peau d’un enfant, Mme Chester peut suivre ses mouvements au moyen de 12 caméras T160 de Vicon, le système de capture de mouvement le plus évolué au monde. Des plateformes de force insérées dans le plancher du laboratoire mesurent la façon dont le pied entre en contact avec le sol et glisse sur sa surface. « À partir de cette information, nous pouvons mesurer les angles comme la flexion du genou et les forces d’impact. En combinant ces résultats et les données sur le gabarit et la masse corporelle, il est possible d’estimer l’activité musculaire nette requise pour marcher. »

Dans des troubles comme la paralysie cérébrale, Vicky Chester soutient que les interventions médicales peuvent modifier le développement d’un enfant et, par conséquent, ses capacités de mouvement, ses fonctions corporelles et sa qualité de vie. Elle évoque son premier cas au CRSC — une femme atteinte de paralysie cérébrale diplégique (une forme de paralysie cérébrale qui touche principalement les jambes). La patiente avait subi plusieurs interventions chirurgicales, mais elle trébuchait et chutait encore parce que son genou ne pliait pas assez. À d’autres moments, lorsqu’elle marchait, son genou pliait trop. « Les données sur la démarche de la patiente ont clairement montré un déséquilibre musculaire dans l’articulation du genou, explique Mme Chester. On a donc pratiqué une opération peu commune dans les Maritimes — le transfert d’un muscle du devant de la cuisse vers l’arrière — qui a été couronnée de succès.

« Sans cette intervention, la patiente aurait pu se retrouver incapable de marcher d’ici quelques années, précise-t-elle. Les données sur la démarche ont permis à l’équipe de cerner le problème, de déterminer des mesures compensatoires et de proposer une solution thérapeutique. « Cela a été une réussite sur toute la ligne », ajoute Vicky Chester.

Depuis ce premier cas, plus de 100 enfants ont vécu des histoires à succès comme celle-là grâce au travail de Mme Chester. « Globalement, nous prenons de meilleures décisions thérapeutiques sur le plan de la marche et de la mobilité », affirme Nicole Desaulniers, physiothérapeute au CRSC. Les patients ont davantage accès à des chirurgiens qui utilisent les données de l’analyse de la marche pour décider du traitement à privilégier. Pour certains patients, cela se traduira par une réduction du nombre d’interventions chirurgicales et, souhaitons-le, par une autonomie de mobilité qui dépasse les attentes actuelles. »

Les patients ne sont pas les seuls à bénéficier de cette situation. « Vicky a affiné nos connaissances et notre faculté d’observation », continue Nicole Desaulniers. Sa solide réputation comme chercheuse nous a aidés à bâtir des ponts avec nos confrères cliniciens dans les provinces de l’Atlantique. » Le CRSC offre maintenant un programme d’analyse de la marche 3 D en association avec des chirurgiens et des cliniciens de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve. « Nous n’aurions pas pu y arriver sans Vicky. »

Selon Vicky Chester, la FCI a contribué à rendre possible ses recherches sur la marche. Les montants versés par la FCI ont financé le travail de trois des professeurs du labo ainsi qu’une large part du matériel de laboratoire — plus précisément, les caméras de mouvement de haut niveau utilisées pour les essais de marche et deux plateformes de force. C’est au laboratoire que Mme Chester étudie les schémas de marche chez les personnes souffrant d’autisme ou ayant subi un AVC ou une arthroplastie totale du genou ainsi que chez les enfants en croissance.

Vicky Chester et des collègues observent la
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Vicky Chester et des collègues observent la démarche de Courtney afin de fournir à ses médecins des renseignements précieux qu'ils pourront utiliser pour la traiter adéquatement.
Vicky Chester, UNB

« Unique en son genre au Canada, notre laboratoire attirera sans aucun doute des étudiants, du personnel et des enseignants et il contribuera à retenir cette main-d’œuvre, précise Vicky Chester. « Le financement de la FCI au fil des ans a été primordial pour le développement de notre laboratoire, l’un des plus avancés dans les domaines de la capture du mouvement et de la physiologie neuromusculaire. »

Physiothérapeute Becky Blight pose des marqueurs
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Physiothérapeute Becky Blight pose des marqueurs et des électrodes d'E.M.G. sur la patiente Courtney. Les marqueurs fournissent des données sur le mouvement et les électrodes montrent l'activité musculaire requise pour exécuter le mouvement.
Vicky Chester, UNB