From Bonavista to Vancouver Island

De Bonavista à l’île de Vancouver

Au cœur de la vie des navetteurs canadiens
23 mai 2014

Les premiers navetteurs au pays ont sans doute été les coureurs de bois qui parcouraient des kilomètres de forêt et vivaient des mois loin de leurs proches pour faire la traite des fourrures. Aujourd’hui, d’autres Canadiens, tout aussi ambitieux, sillonnent le continent et passent tous les jours des heures en voiture, en autobus ou en train pour se rendre au travail. Calés dans un siège d’avion plutôt qu’agenouillé au fond d’un canot, ils jouissent peut-être d’un plus grand confort que leurs prédécesseurs, mais les défis du navettage, notamment le temps passé loin de la famille et des amis et les répercussions possibles sur la collectivité, existent toujours.

Il y a plusieurs années, Barbara Neis, professeure de sociologie à la Memorial University of Newfoundland, s’est intéressée aux motifs qui sous-tendent le navettage et aux façons dont les navetteurs surmontent les difficultés liées à ce mode de vie.

« Quand on vit à Terre-Neuve-et-Labrador, il est impossible de ne pas avoir conscience du nombre élevé de gens qui doivent faire de longs déplacements pour se rendre au travail, dit-elle. Chaque fois que j’ai pris l’avion, j’étais assise à côté d’un navetteur. »

Si les mouvements de main-d’œuvre de la côte Est du Canada vers des zones à plus grande prospérité économique comme Fort McMurray, en Alberta, sont un phénomène avéré, ajoute-t-elle, nos connaissances sur le sujet restent très générales. Il est beaucoup plus difficile de trouver des statistiques précises qui brossent un portrait fidèle de l’ampleur et de la dynamique de ces déplacements. Ces données seraient utiles aux administrations municipales comme celle de Fort McMurray, par exemple, appelées à fournir des services locaux à de nombreuses personnes qui déclarent leur lieu de résidence principal et paient des taxes ailleurs au pays.

De fait, Barbara Neis en est venue à la conclusion que peu d’études avaient été consacrées au navettage étendu – qui touche beaucoup de Canadiens et de travailleurs étrangers temporaires.

« À ce jour, personne n’a encore proposé une approche systématique pour examiner ce que nous appelons le spectre de la mobilité liée à l’emploi », indique-t-elle. Ce navettage étendu consiste aussi bien à se déplacer à l’intérieur d’une ville ou d’une ville à l’autre qu’à prendre l’avion pour parcourir le pays, sortir du pays ou encore – pour une population croissante de travailleurs étrangers temporaires au Canada – y entrer.

Barbara Neis a donc consacré les quatre dernières années à mettre en œuvre On the Move: Employment-Related Geographical Mobility in the Canadian Context, un partenariat de recherche sans précédent lancé en 2012. D’une durée de sept ans, ce projet financé en partie par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) étudie les formes que prend le navettage, des déplacements étendus quotidiens à des absences prolongées, dans divers secteurs d’activité et provinces. Doté d’un budget global de près de 4 millions de dollars, On the Move réunit 40 chercheurs issus de 17 disciplines dans 22 universités au Canada et à l’étranger. Des douzaines d’étudiants ainsi que des participants de plus de 30 organismes communautaires représentant l’industrie, les travailleurs et le gouvernement collaborent aussi au partenariat.

 « Beaucoup de ces gens n’ont jamais été réunis en réseau auparavant », explique Barbara Neis, soulignant la nature fragmentaire des recherches dans le domaine. La contribution de la FCI est donc particulièrement importante, ajoute-t-elle, puisqu’elle nous aide à faire l’acquisition d’une infrastructure de communications qui permettra à ces chercheurs, partenaires communautaires, parties prenantes et administrateurs de projet, très éloignés les uns des autres, de rester en contact. Ainsi, grâce à un système novateur de vidéoconférence, les gens pourront interagir les uns avec les autres sans nécessiter d’autre matériel que leurs ordinateurs de bureau.

La FCI aide aussi le réseau à équiper les étudiants et les chercheurs de vidéocaméras haute définition afin de tirer de ces données de recherche une série d’histoires numériques plus attrayantes, ce qui devrait sensibiliser un plus large public aux conséquences du navettage étendu sur les employeurs, les travailleurs, leur famille et les communautés d’accueil. Ce public pourrait inclure les responsables de politiques sur la mobilité de la main-d’œuvre dans un organisme du gouvernement fédéral ou du service des ressources humaines d’une entreprise.

Selon Barbara Neis, le projet abordera des enjeux tels que les défis de gestion d’une main-d’œuvre « juste à temps » des ressources humaines, les répercussions sur les navetteurs qui se déplacent constamment entre leur lieu de travail et leur vie familiale, parfois à des milliers de kilomètres de distance, ainsi que les effets sur la santé et la sécurité de plusieurs longues journées de travail d’affilée, une pratique adoptée par beaucoup de travailleurs pour maximiser leurs revenus quand ils sont loin de leurs familles.

Barbara Neis espère que les travaux réalisés par le réseau On the Move influenceront le regard des employeurs sur leur personnel migrant et la perception qu’ont d’eux-mêmes les navetteurs. D’ici là, elle attend impatiemment la publication des conclusions principales de la plus récente Enquête nationale auprès des ménages de Statistique Canada, qui contient désormais des détails sur les distances parcourues par les gens pour se rendre au travail et le temps consacré à ces déplacements.

« J’ai très hâte de prendre connaissance de ces nouvelles données, affirme Barbara Neis. Cette information nous permettra d’explorer beaucoup de pistes très intéressantes. » L’établissement possède une capacité de recherche incomparable, qui permet aux chercheurs d’examiner l’infiniment petit comme l’intérieur d’un virus ou des atomes d’or, ouvrant ainsi un monde de possibilités insoupçonnées.

Premier affichage : 21 octobre 2013