Wired for sound, and more

Bien plus qu’une simple expérience sonore

Grâce au LIVELab de la McMaster University, des chercheurs comprendront mieux ce qui se passe dans le corps et l’esprit d’une personne qui écoute de la musique ou joue d’un instrument.
15 octobre 2014

« La musique est une activité très sociale », affirme Laurel Trainor, directrice du Institute for Music and the Mind de la McMaster University.

C’est là une affirmation téméraire à une époque où les lecteurs audionumériques portatifs ou installés dans les voitures constituent souvent un des grands aspects de l’expérience musicale – l’écoute –, soit une activité solitaire. Toutefois, ces fichiers numériques sont tout de même créés par des personnes qui travaillent en collaboration. Et si on se fie aux clubs funk surpeuplés confinés dans des sous-sols et aux vestibules bondés de salles de concert majestueuses, les amateurs de musique cherchent encore à vivre l’expérience d’un spectacle en direct.

Au cœur du LIVELab se trouve une salle
de spectacle d’une centaine de places
bondée de capteurs, de caméras de
capture de mouvement, de haut-parleurs,
de microphones et d’écrans vidéo.

Qu’est-ce qui suscite cette envie? Quelle est cette chimie qui lie les interprètes et l’auditoire afin de produire l’élixir grisant d’une prestation en direct? Mme Trainor espère répondre entre autres à ces questions par la mise sur pied d’un nouveau laboratoire unique en son genre à la McMaster University, financé en partie par la Fondation canadienne pour l’innovation.

Le bâtiment hébergeant le LIVELab
a été conçu par le cabinet
d’architectes McCallum Sather,
à Hamilton. Le vestibule en verre
et diverses parties entourant le
centre du laboratoire exercent une
double fonction en tenant lieu
d’espaces servant à préparer et à
organiser un grand nombre de
spectateurs et de musiciens.

Véritable joyau technologique, le Large Interactive Virtual Environment Lab (LIVELab) est construit autour d’une salle de concert intime d’une centaine de places. Un réseau de microphones et de haut-parleurs reproduit l’acoustique de tout espace de spectacle – ou presque – en manipulant les réverbérations entendues par l’auditoire. Il suffit de fermer les yeux pour avoir l’impression que le groupe chante dans une cathédrale ou un salon. Perchés sur un pan de mur, de multiples écrans vidéo ajoutent une dimension visuelle à cette expérience.

Cependant, le pouvoir réel du LIVELab réside dans sa capacité à surveiller simultanément l’activité cérébrale, la physiologie et les mouvements d’un maximum de quatre interprètes et de trente-deux membres de l’auditoire pendant un spectacle en direct. En effet, au moyen de calottes munies de capteurs, il est possible de rendre compte des modèles d’attention, des pensées et de l’émotion du cerveau. D’autres dispositifs détectent les variations de la tension musculaire, de la respiration, de la fréquence cardiaque et de la transpiration indiquant une réaction émotive. De plus, 24 caméras accrochées aux murs captent les mouvements des spectateurs et des musiciens.

Au moyen de ces outils, les chercheurs du LIVELab étudieront à peu près toutes les facettes d’un spectacle : les relations complexes et dynamiques existant entre les divers interprètes, les interprètes et l’auditoire, et les membres de l’auditoire eux-mêmes. En fin de compte, les résultats obtenus aideront les musiciens, les danseurs et les autres interprètes à mieux comprendre leur auditoire et à établir avec lui une relation encore plus forte.

« Bon nombre de ces différents éléments technologiques se trouvent en d’autres endroits, précise Mme Trainor, diplômée en interprétation musicale et en psychologie expérimentale. Leurs agencements uniques permettent d’étudier l’interprétation musicale, la danse et divers types d’interaction sociale comme nulle part ailleurs. »

À l’occasion d’un des premiers spectacles donnés au
LIVELab, le quatuor à cordes Afiara s’est servi de
la rétroaction du public en temps réel pour ajuster
son interprétation.
Mention de source : Paulina Rz

Grâce aux multiples renseignements produits par les technologies du LIVELab, les chercheurs vérifieront diverses hypothèses. En outre, Mme Trainor espère que ce volume considérable de données ouvrira de nouvelles pistes de recherche inattendues au fur et à mesure que les algorithmes d’apprentissage machine modernes définiront des modèles et des relations ayant pu échapper aux chercheurs.

Avant même l’inauguration officielle du LIVELab, l’éventualité d’offrir de nouvelles perspectives sur l’interprétation avait suscité l’intérêt du quatuor à cordes Afiara. Établi à Toronto, ce jeune ensemble joue dans des clubs et sur des scènes alternatives en vue de former une nouvelle génération d’amateurs de musique de chambre classique et contemporaine. « Nous souhaitons avant tout créer des liens avec le public, souligne la violoncelliste Adrian Fung, et pour ce faire, nous devons savoir ce qu’il ressent. »

L’attrait à l’égard du LIVELab est manifeste. À la suite d’une rencontre initiale avec Mme Trainor, Afiara est devenu un des premiers groupes à se produire dans cette salle. Les membres de l’auditoire pouvaient réagir à l’interprétation au moyen de tablettes sans fil. Et les résultats étaient affichés en temps réel sur le mur d’écrans, les musiciens prenaient ainsi connaissance des perceptions du public à l’égard de leur musique : énergique ou tendue, ou encore apaisante ou neutre.

Le grand piano Disklavier du LIVELab
enregistre toutes les nuances d’une
interprétation au clavier, puis la
rejoue sur l’instrument ou la reproduit
sur un autre piano de la même gamme
lié par Internet.

« Pendant le dernier tiers du spectacle, se rappelle M. Fung, je sentais que le public nous suivait. Je ressens souvent l’énergie qui émane de l’auditoire, mais cette fois, j’en avais conscience jusqu’à la racine de mon cuir chevelu. » Le quatuor travaille en étroite collaboration avec la chercheuse afin d’utiliser en temps réel certains des paramètres physiologiques des membres de l’auditoire pendant le spectacle pour arriver à créer des liens plus forts avec un jeune public, tout en l’instruisant et en répondant à ses intérêts.

Le LIVELab suscite également un intérêt à l’extérieur du milieu du spectacle. De fait, des entreprises d’enregistrement sonore et des producteurs de médias lorgnent cet espace pour la mise à l’essai de nouvelles technologies. Et des concepteurs de prothèses auditives envisagent de se servir du LIVELab pour simuler des conditions réelles difficiles – des rues bondées ou encore des restaurants bruyants – pour mettre au point et tester de nouveaux produits.

« Chaque personne qui se présente au laboratoire semble lui trouver une nouvelle utilité », affirme Mme Trainor. Ce qui n’est pas étonnant, car si le LIVELab a d’abord été conçu pour l’étude du spectacle, il reproduit aussi les interactions dans une salle de classe ou de conférence ainsi que lors d’exposés ou de réunions. Ces résultats serviraient à jeter un nouvel éclairage à la dynamique des relations humaines dans le milieu de l’éducation et des affaires comme dans la vie en société. « Presque tous les problèmes dans le monde concernent les relations humaines. »

Et celles-ci – en ce qui a trait notamment à la musique et au spectacle – se situent au cœur des recherches menées au LIVELab.

Pour en savoir plus sur l’ouverture du LIVELab de la McMaster University.