A new shade of green

Bâtir plus vert

Un bâtiment superécologique promet d'établir de nouvelles normes en matière de développement durable et d'environnement
3 septembre 2008
Selon les conclusions de la session 2005 de la Commission de la population et du développement des Nations Unies, 61 pour cent de la population mondiale vivra en milieu urbain d’ici 2030, soit quelque cinq milliards de personnes. Pour gérer cette croissance de manière durable, il faudra manifestement modifier la façon de construire maisons et bureaux ; ce changement passera d’abord par les intervenants et les enjeux en cause.
 

Voilà précisément ce que John Robinson, professeur de développement durable à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), se propose de faire avec le Centre for Interactive Research on Sustainability (CIRS) actuellement en construction à Vancouver. Conjointement avec l’architecte Peter Busby, John Robinson a entrepris la conception d’un bâtiment révolutionnaire, un lieu de recherche et d’essai des techniques de construction écologiques qui, tout en restant à la fine pointe technologique, permettra aussi de réduire les coûts. Cet établissement de recherche interactif dont les coûts de construction prévus s’élèvent à environ 400 $ le pied carré – soit l’équivalent d’autres nouveaux édifices de l’UBC – est déjà salué comme le bâtiment le plus vert de la planète.

« N’importe qui peut dépenser des millions pour construire un bâtiment durable, soutient le professeur, mais cela n’apporte rien à l’ensemble de la population. En revanche, quand on bâtit un édifice vert au même coût qu’un bâtiment traditionnel, on suscite l’intérêt des gens. »

Outre les avantages pécuniaires, les formidables économies d’énergie associées au CIRS valent la peine d’être soulignées. En tirant avantage des ressources naturelles existantes, le CIRS consommera 80 pour cent moins d’énergie qu’un bâtiment traditionnel comparable. Le chauffage et le refroidissement seront assurés par le sol. Le soleil procurera la lumière et l’énergie. Le vent fournira la ventilation. Grâce à des installations de traitement internes dernier cri, même les eaux usées évacuées seront plus propres que l’eau à son arrivée. Le bâtiment sera si efficace qu’il réinjectera de l’énergie dans le réseau électrique. À plus ou moins brève échéance, l’édifice, par sa seule présence, améliorera l’environnement local. Voilà l’orientation que doit prendre le mouvement écologique dans l’avenir, selon John Robinson. « Nous voulons changer la définition de l’écologie, dit-il. Nous devons laisser notre environnement local dans un meilleur état que si nous n’avions rien construit et c’est à cela que travaillera le CIRS. »

Pour mener à bien cette tâche, John Robinson et son équipe travaillent, en collaboration avec des partenaires privés, à cerner les problèmes et à y trouver des solutions. « Si nous n’intégrons pas tous ces interlocuteurs dans le processus – promoteurs, inspecteurs en bâtiment, organismes d’attribution des permis, locataires, locateurs et gouvernement –, nous n’aurons aucun impact sur la collectivité. Nous devons coopérer avec ceux qui font le travail. La meilleure façon d’assurer un développement durable, c’est d’accorder autant d’importance au facteur humain qu’à l’environnement lui-même. »

C’est la raison pour laquelle l’engagement communautaire joue un rôle prépondérant dans le projet du CIRS. « Nous savons que les politiciens ne peuvent agir sans les pressions exercées par leurs constituants politiques, explique John Robinson. Nous devons donc d’abord miser sur la solidarité des citoyens. » À cette fin, le bâtiment comprendra une salle de 100 places où le public pourra venir s’amuser avec le QUEST Earth Systems Model, un jeu qui s’appuie sur des statistiques et des projections réelles pour illustrer les conséquences de nos choix quotidiens. « Les gens peuvent faire des choix écologiques individuels, précise-t-il. C’est très bien, mais ils ne sont pas au courant des décisions prises à l’échelle de la collectivité telles que l’utilisation des sols et le transport. Quand on montre aux gens que les choix faits aujourd’hui se traduiront par le bétonnage de toute la vallée du Fraser d’ici 40 ans, cela déclenche un véritable débat public. »

 

Le professeur veut également développer le CIRS afin qu’il puisse s’adapter à la nouvelle technologie et faire l’objet de recherches tandis qu’il est habité. « Il s’agit d’un véritable laboratoire vivant sur l’évolution du bâtiment, précise John Robinson. À l’instar d’une approche prêt à l’utilisation, le lieu sera en constante transformation afin que nous puissions poursuivre sans cesse nos recherches sur les nouvelles technologies et techniques de construction. »

Le troisième objectif consiste à repérer des technologies durables dans lesquelles le secteur privé de la Colombie-Britannique est un chef de file mondial. On travaillera avec les entreprises pour améliorer les technologies afin de conquérir une part importante du marché de la construction urbaine, un secteur qui représente des billions de dollars. « Si nous regroupons les moteurs d’innovation, nous aurons de meilleures chances d’intégrer la technologie dans le marché et d’accroître notre influence », explique John Robinson.

Situé à Great Northern Way, près du centre-ville de Vancouver, un campus de haute technologie en premier développement, le projet du CIRS agit aussi comme un catalyseur en favorisant une collaboration entre le milieu universitaire et l’industrie. Par exemple, BC Hydro, le fournisseur d’électricité de la Colombie-Britannique, disposera d’un espace dans le CIRS où il mettra à l’essai des nouvelles technologies d’éclairage et de comptage. « Grâce à notre présence au sein du bâtiment, nos experts auront accès à la plus récente technologie et ils pourront la mettre à l’essai, explique Bruce Sampson, vice-président du développement durable chez BC Hydro. La société entend soutenir 50 pour cent de la croissance future des besoins en électricité par la conservation d’énergie et l’efficacité énergétique. « Pour atteindre ces cibles, nous devons être à la fine pointe de l’innovation et de la technologie, précise-t-il. Cette démarche nécessitera de nombreuses consultations et une coopération avec le public. Tout le concept du CIRS repose là-dessus. »

Grâce au CIRS, le Canada offrira au monde une façon pratique de s’attaquer aux enjeux de la construction et du développement durables. Le temps est venu de se doter d’un environnement véritablement vert.

« Nous voulons changer la définition de l’écologie, dit John Robinson. Nous devons laisser notre environnement local dans un meilleur état que si nous n’avions rien construit et c’est à cela que travaillera le CIRS. »