Vaccine nation

Au pays des vaccins

Pour combattre les nouveaux virus qui se propagent à l'échelle mondiale, les chercheurs canadiens s'unissent pour mettre au point des vaccins puissants
1 avril 2004
 

Bien au fond des couloirs du Southern Research Institute, à Birmingham, en Alabama, les chercheurs ont commencé à tester un vaccin développé au Canada qui pourrait sauver des millions de vies partout au monde.

À peine un an après la poussée épidémique du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), qui a tué 44 personnes au Canada et près de 800 dans le monde, une collaboration unique entre des chercheurs canadiens a permis de développer un nouveau vaccin actuellement testé à Birmingham. Si les tests s'avèrent positifs, le vaccin pourrait servir de protection contre de futures flambées du SRAS ou, tout au moins, réduire la capacité du SRAS à décimer la population mondiale.

Le développement rapide du vaccin contre le SRAS est une réalisation particulièrement impressionnante qui a été rendue possible grâce au travail d'équipe et à l'existence de l'infrastructure appropriée, explique Lorne Babiuk, directeur de la Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO) de l'Université de la Saskatchewan. « En moins d'un an, nous avons un vaccin mis à l'essai, affirme-t-il. Nous n'aurions pas pu y parvenir sans l'infrastructure nécessaire. On peut rêver tant qu'on veut, mais on ne peut rien faire sans capital intellectuel et physique et sans infrastructure. »

La VIDO compte parmi les quelques établissements canadiens mobilisés pour développer rapidement un vaccin (dans des conditions normales, il peut falloir jusqu'à 10 ans pour mettre au point un vaccin). Le travail effectué dans le cadre de l'initiative de développement accéléré d'un vaccin contre le SRAS (SARS Accelerated Vaccine Initiative — SAVI), menée par la Fondation Michael Smith en Colombie-Britannique, dont la VIDO est membre, s'est fait à un rythme sans précédent en mettant à profit l'expertise de partenaires de partout au pays. En bout de ligne, le but de Lorne Babiuk est de mettre en place des équipes d'intervention rapide en immunisation, capables de réagir à tous ces types d'urgence.

La VIDO a ouvert une nouvelle aile à Saskatoon, en octobre 2003, qui compte 135 chercheurs, étudiants diplômés, boursiers post-universitaires et techniciens. Unique en son genre, l'établissement travaille au développement de vaccins destinés tant aux humains qu'aux animaux — une convergence essentielle en cette ère où la plupart des maladies infectieuses qui menacent la santé humaine semblent se transmettre d'une espèce à l'autre.

Le vaccin contre le SRAS est testé au Southern Research Institute, en Alabama, puisque l'établissement dispose d'installations de confinement de niveau III. Les précautions nécessaires sont prises pour éviter la fuite des organismes très infectieux qui pourraient mettre en danger le grand public. La VIDO est actuellement un organisme de niveau II. Toutefois, Lorne Babiuk vient de recevoir une autre subvention de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) en vue de l'expansion du site de Saskatoon. Cela pourrait ultimement permettre aux chercheurs de la VIDO d'effectuer eux-mêmes les tests de niveau III.

Le vaccin contre le SRAS n'est qu'un des nombreux mis au point par les chercheurs de la VIDO. Ces derniers travaillent aussi à des vaccins contre l'hépatite C et à d'autres qui combattraient les agents pathogènes liés à la sécurité alimentaire, comme la salmonelle, l'E. coli 0157:H7 et la campylobactérie. Tous ces agents pathogènes qui vivent dans les animaux peuvent avoir des conséquences néfastes sur les humains qui consomment le bétail.

La VIDO met au point de nouvelles techniques novatrices pour l'administration de vaccins aux humains et aux animaux.

Retombées

Au Canada, 44 personnes sont décédées des suites de la poussée épidémique du SRAS de 2003. Cette flambée infectieuse a aussi miné l'économie de Toronto et de Vancouver en réduisant énormément les activités touristiques et les voyages d'affaires au Canada. À l'échelle internationale, l'Organisation mondiale de la santé a répertorié 8 000 cas de SRAS et près de 800 décès et évalue la perte économique s'y rattachant à 500 milliards de dollars. La découverte d'un vaccin qui protégerait les gens contre la maladie et qui réduirait au minimum les répercussions économiques aurait un effet direct sur la qualité de vie de tous les Canadiens et les Canadiennes. Elle aurait également une incidence positive sur les populations de tous les pays touchés par le SRAS.

Mais, au dire du directeur de la VIDO, Lorne Babiuk, il est tout aussi important de mettre au point des vaccins pour les animaux. À preuve, le dur coup qu'a subi l'industrie canadienne du bœuf dans le dossier de la « maladie de la vache folle » (encéphalopathie bovine spongiforme) ou les répercussions de la grippe aviaire sur l'industrie avicole en Asie. Que font les chercheurs pour faire face à ce type de problèmes ? En travaillant avec des collègues de l'Université de la Colombie-Britannique, les chercheurs de l'Université de la Saskatchewan ont déjà mis au point un vaccin qui réduit le niveau d'E. coli 0157:H7 chez les bovins. En éliminant la maladie chez le bœuf, le vaccin contribuera à réduire les maladies et les décès chez l'humain de même que les pertes économiques qui en découlent. Sur d'autres fronts, les chercheurs travaillent aussi à des vaccins visant à prévenir les maladies du cœur ayant un lien avec les infections à chlamydia et à streptocoque.

Partenaires

Les entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques travaillent en partenariat avec les chercheurs de la Vaccine and Infectious Diseases Organization (VIDO) de l'Université de la Saskatchewan. Quand les chercheurs mettent au point un vaccin, les entreprises biopharmaceutiques le soumettent au processus d'approbation au Canada et aux États-Unis, puis procèdent à la commercialisation du produit. L'université obtient une redevance sur les ventes. Selon Lorne Babiuk, les États-Unis ont déjà accordé 52 brevets aux chercheurs de la VIDO et environ 27 sont en attente. La VIDO a aussi conclu une vingtaine d'ententes avec des partenaires de l'industrie pour le codéveloppement ou la mise en marché de la technologie.

Un de ces partenaires est Qiagen N.V., une entreprise biopharmaceutique néerlandaise qui collabore avec la VIDO pour la mise au point d'une technologie visant à améliorer la production des vaccins. Rolf Hecker, directeur de la division Pecura de Qiagen N.V., travaille avec la VIDO depuis cinq ans. « Il s'agit de chefs de file scientifiques remarquables, affirme-t-il. En 1993, Lorne Babiuk était l'un des premiers à démontrer que l'immunisation par ADN fonctionnerait chez les animaux. La VIDO réunit l'excellence scientifique et la capacité à tester les résultats sur les animaux dans un milieu très pratique. C'est vraiment unique. »