Every move they make

Au doigt et à l'œil

Des chercheurs de l'hôpital Bloorview Kids Rehab aident des enfants gravement handicapés à communiquer par la musique
1 novembre 2007
La créativité est une aptitude que la plupart des gens tiennent pour acquis. Mais certains enfants lourdement handicapés et restreints sur le plan de la communication et du mouvement n’ont jamais exploré l’expression de leur créativité. Grâce aux travaux de Tom Chau et de son équipe multidisciplinaire de l’hôpital Bloorview Kids Rehab de Toronto, les enfants handicapés peuvent maintenant s’exprimer par la musique. Un instrument de musique virtuelle (IMV) leur permet de « jouer » ou de composer de la musique par un simple mouvement de sourcil, de main ou de doigt.
 

L’hôpital Bloorview est le plus grand centre de réhabilitation pédiatrique en Ontario. Il est fréquenté par des enfants atteints de paralysie cérébrale, de spina-bifida et de dystrophie musculaire. Au début de 2002, Tom Chau et son équipe ont mis au point l’IMV, « un outil qui vise à inciter des personnes aux prises avec de lourds problèmes moteurs à interagir et à bouger », explique-t-il. Grâce à un logiciel et à une cybercaméra, les mouvements de l’utilisateur sont transformés en notes de musique, ce qui stimule ce dernier à faire de l’exercice.

Chau s’est rendu compte par hasard que l’utilisation de la musique pour amener les enfants qui ont des besoins particuliers à bouger leur permet également d’exprimer leur créativité musicale et de se découvrir un talent jusque-là inexploré. L’IMV favorise donc non seulement l’acquisition d’habiletés motrices, mais aussi la communication créative. Il s’agit du premier appareil permettant aux enfants handicapés – y compris à ceux qui sont incapables de parler – de communiquer en utilisant leur imaginaire.

Ce système intelligent constitue en quelque sorte le prolongement du corps de l’enfant doublé d’un instrument de musique. Le logiciel développé par Chau, qui peut s’installer sur un ordinateur personnel, indique à l’IMV comment s’adapter aux capacités de l’enfant et à la maîtrise qu’il a de son corps. Cette simple caractéristique distingue le système des technologies d’assistance traditionnelles, qui exigent que l’enfant handicapé s’adapte à la technologie, ce qui peut prendre plusieurs mois, voire des années. « Au fil de l’utilisation, l’appareil détecte les capacités et les préférences de l’utilisateur », explique Chau.

L'étudiant Kenneth Tse fait une démonstration
L'étudiant Kenneth Tse fait une démonstration de l'IMV
 

À l’aide d’une cybercaméra, l’IMV repère une partie du corps de l’enfant, sa main par exemple, l’affiche à l’écran et reproduit tous les mouvements. L’enfant peut alors sélectionner des icônes à l’écran par un mouvement infime. Chaque forme représente un son, une note, un accord, un instrument ou une pièce. L’enfant peut alors composer de la musique en faisant glisser sa main virtuelle au-dessus des formes. La vitesse et la position de la main influent sur la vitesse et la hauteur des sons. Puisqu’il exige un mouvement, si minime soit-il, l’IMV favorise à la fois l’exercice et la créativité. Il est arrivé qu’une enfant veuille atteindre un symbole placé beaucoup plus loin qu’à l’habitude, ce qui l’a amenée à fournir des efforts supplémentaires sans même s’en rendre compte.

L’IMV, dans sa forme actuelle, est le résultat d’une collaboration avec les utilisateurs. Pour l’essentiel, il tient compte des commentaires des enfants, de leurs familles, des ergothérapeutes, des musicothérapeutes et des étudiants. « Aucune discipline isolée ne peut offrir une solution complète », explique Tom Chau.

Retombées

L’IMV se révèle efficace pour stimuler leur créativité et faire bouger davantage les enfants dont les capacités motrices et de communication sont limitées. Sa conception novatrice en fait également un outil utile à d’autres groupes et à d’autres fins. « Nous l’utilisons la plupart du temps pour renforcer la compréhension du lien de cause à effet et pour des activités ludiques ou d’exploration élémentaire », explique David Hobbs, ingénieur principal responsable des outils de réadaptation à NovitaTech, un important fournisseur australien de technologies d’assistance pour personnes handicapées. À NovitaTech, l’IMV a également été utilisé pour enseigner des concepts, par exemple en mathématique. L’entreprise a aussi découvert que l’IMV peut être profitable aux enfants présentant des problèmes de comportement et aux adultes souffrant de handicaps dus à l’âge.

En travaillant de manière suivie auprès d’enfants handicapés, Tom Chau a pu observer que l’IMV améliore leurs habiletés en communication et leur confiance en eux. « Les enfants atteints de graves problèmes moteurs risquent de souffrir d’ incapacité apprise », fait-il remarquer. Ses recherches montrent que la musique permet d’affermir le sentiment d’autonomie des enfants et de les rendre plus confiants en société. Par exemple, en novembre 2006, plusieurs enfants jouant de l’IMV ont donné un récital au Conservatoire royal de musique de Toronto.

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Image d'une boîte de dialogue associée à un objet virtuel
 

Les travaux de Tom Chau contribuent à faire du Canada un chef de file du domaine des technologies d’assistance. Son approche correspond à un point de vue nouveau sur les handicaps mis de l’avant par l’Organisation mondiale de la santé. Cette approche influe sur les technologies et les thérapies destinées aux personnes handicapées et à l’ensemble de la société. « Un handicap n’est pas toujours associé uniquement à la personne atteinte; c’est également un problème causé par la société et par l’environnement. Dans cette optique, la modification de l’environnement permet d’atténuer le problème que pose le handicap », explique le chercheur.

S’inspirant de cette vision, il a mis au point une main prothétique commandée par un logiciel qui réagit aux basses fréquences émises par les muscles lorsqu’ils sont en mouvement. Capable de traiter de l’information provenant de l’environnement, la prothèse s’adapte à l’enfant et lui permet d’effectuer des tâches. Par exemple, le violoniste professionnel Adrian Anantawan, dont l’avant-bras droit mesure une dizaine de centimètres, porte une prothèse faite sur mesure grâce à laquelle il peut tenir son archet. Cette prothèse ne compense pas son handicap, mais bien la forme du violon, et lui donne la possibilité de jouer au sein de l’Orchestre symphonique de Toronto.

Tom Chau espère que les technologies d’assistance de ce type viendront à bout de l’idée même de handicap. « Plus la technologie deviendra omniprésente, plus la distinction entre les personnes handicapées et les autres s’estompera. Il y aura une technologie pour chacun, et celle qui visera les personnes handicapées ne sera plus stigmatisée », soutient-il.

Partenaires

Les travaux de Tom Chau s’appuient sur les recherches de partenaires comme l’Hôpital pour enfants malades de Toronto. Le financement a été fourni par la Kids’ Action Research Foundation (cette organisation n’existe plus), dans le cadre du programme des Timbres de Pâques. La fondation de l’hôpital Bloorview Kids Rehab appuie les travaux de Tom Chau, tout comme le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG).

Pour en savoir plus

Pour découvrir comment des gens, partout dans le monde, apprennent à vivre avec leurs besoins particuliers grâce à la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF), visitez le site de l’Organisation mondiale de la santé (Site anglophone).