Where science and journalism meet: Telling a great story of a great quest

Au confluent de la science et du journalisme: raconter l'histoire d'une grande quête

15 septembre 2006

Les rapports actuels entre la science et les médias d’information remontent peut-être aux grands titres des journaux qui, en novembre 1919, ont fait d’Albert Einstein une supervedette du 20e siècle.

« La science en pleine révolution — Einstein contre Newton », titrait le London Times, tandis que le New York Times claironnait : « La lumière est toute de travers dans le ciel — Les résultats d’observation de l’éclipse sèment l’émoi parmi les savants — Einstein triomphe ».

Les mesures effectuées durant l’éclipse solaire de cette année-là confirmaient la théorie de la gravité d’Einstein : la lumière venue des lointaines étoiles s’infléchissait en passant près du soleil.

À partir de ce jour-là, les journaux suivirent Einstein à la trace. Des foules compactes l’attendaient partout où il passait. Chacun brûlait d’envie de lui parler, d’obtenir son autographe, d’échanger avec lui.

Les historiens ont bien tenté d’expliquer pareille célébrité. En 1919, Einstein est apparu comme le héros dont avait désespérément besoin un monde abattu, qui pleurait encore les victimes de la Grande Guerre et de la grippe espagnole. À coups d’idées neuves, un esprit brillant annonçait un âge nouveau et une révolution de la pensée.

Mais il y avait aussi quelque chose d’intemporel dans le phénomène Einstein. L’être humain est curieux par nature. Nos plus lointains ancêtres levaient déjà des yeux émerveillés vers le ciel nocturne et cherchaient à comprendre. Il n’est peut-être pas si étonnant qu’Einstein ait exercé autant de fascination.

Ce qui avait changé à l’époque, fin du 19e et début du 20e siècles, c’est la vitesse et la facilité des communications de masse. Avec le téléphone et la télégraphie sans fil, les nouvelles franchissaient l’Atlantique le jour même ou presque. On pouvait désormais diffuser à grande échelle les découvertes quelles qu’elles soient, où qu’elles se produisent. Les percées de la science, même celles de la physique pure, n’étaient plus confinées aux discours des érudits qui fréquentaient les hauts lieux du savoir ou les salons de la bonne société.

À l’heure d’Internet, l’information est encore plus instantanée et planétaire, accessible de n’importe où, que ce soit une ferme perdue dans l’immensité canadienne ou une bibliothèque d’université en plein cœur d’une métropole. La science aujourd’hui est vraiment à la portée de tout le monde.

Dans ce contexte, voire à cause de lui, le journalisme scientifique répond à un besoin d’autant plus critique que le citoyen moyen tente de trouver un sens aux découvertes qui se produisent autour de lui à un rythme accéléré.

À notre époque où tout va si vite, le journaliste est celui qui vulgarise une information toujours plus complexe. Qu’il s’agisse d’un projet de traitement des déchets municipaux, d’énergie de remplacement, de la grippe aviaire, de changement climatique, de clonage, de nanotechnologie, de physique des particules ou d’ordinateurs quantiques, c’est lui qui aborde le sujet, si ardu soit-il, et qui le rend compréhensible au non-initié.

C’est un délicat exercice de faire connaître la science sans la trahir, dans un langage intéressant et imagé, mais c’est possible même avec un concept des plus complexes et des plus abstraits. J’y suis arrivée moi-même lorsque j’ai rédigé pour le Record en 2004 une série d’articles sur les projets en cours au Perimeter Institute for Theoretical Physics de Waterloo.

C’est d’ailleurs ce qui m’a valu le grand honneur d’être choisie comme toute première lauréate du prix d’écriture « Les étoiles de l’innovation », que venait de créer la Fondation canadienne pour l’innovation.

J’espère de tout cœur que ce prix favorisera l’émergence de talents de rédaction scientifique dans tous les organes de presse du Canada, grands et petits.

On a invoqué bien des raisons pour expliquer l’importance du journalisme scientifique, dont celle bien sûr qu’un public bien informé est essentiel à la qualité des décisions qui se prennent en démocratie. Mais il y a une raison plus fondamentale, celle qui s’est imposée à l’évidence dans les années de célébrité d’Einstein. Les journalistes racontent l’aventure humaine. Et dans cette aventure, existe-t-il une quête plus fondamentale que celle de percer les mystères de l’univers ?

Si science et journalisme se rejoignent, c’est pour raconter l’histoire d’une grande quête.

Rose Simone est rédactrice attitrée pour The Record (Kitchener-Waterloo) et lauréate du prix d’écriture « Les étoiles de l’innovation » 2004.

Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l’innovation, de son conseil d’administration ni de ses membres.