Forget me not

Attendez que je me rappelle...

Désireux de faire la lumière sur le sombre univers de la maladie d'Alzheimer, des chercheurs de l'Université de Montréal se servent de nouveaux ordinateurs
19 septembre 2004
Parmi les septuagénaires de notre entourage, nous avons tous un parent, un ami ou une connaissance qui commence à oublier des choses, que ce soient les ingrédients d'une recette favorite, l'emplacement d'une rue qu'ils connaissent pourtant bien ou même le nom d'un membre de la famille. Après le choc initial, la peur s'installe, et plusieurs questions viennent hanter ceux qui sont aux prises avec cette situation. Que se passe-t-il ? Pourquoi ? Et y a-t-il un traitement ?
 

C'est sur ces questions que se penche une équipe de chercheurs de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, qui relève de l'Université de Montréal. Ces chercheurs tentent de comprendre le processus qui déclenche et alimente la maladie d'Alzheimer, dans l'espoir de trouver un moyen d'en freiner la progression. Ils cherchent aussi — ce qui est tout aussi important — à établir une distinction entre cette terrible maladie et les troubles légers de la cognition, le genre de pertes de mémoire faisant partie du vieillissement normal pour d'innombrables Canadiens.

Dans le cadre de ce travail d'enquête, dans un laboratoire de l'Institut, une sexagénaire est coiffée d'un bonnet sur lequel est fixé un chapelet d'électrodes. À ses côtés, la Dre Sylvie Belleville, psychologue et chercheuse à l'IUGM, la soumet à certains exercices de mémoire et observe l'amplitude du signal de l'électroencéphalogramme. Elle tente ainsi de déterminer la nature des problèmes de mémoire de la patiente.

Grâce aux électrodes et à un système informatique spécialisé, la Dre Belleville peut interpréter l'énergie électrique produite par les neurones de la sexagénaire. Ce dispositif sophistiqué permet ensuite aux chercheurs de comparer les caractéristiques du signal électrique émis par son cerveau à celles d'un signal de référence élaboré à partir d'un groupe témoin. Principale composante du laboratoire d'électrophysiologie humaine de l'IUGM, ce système hautement spécialisé permet de poursuivre d'importants travaux de recherche portant sur différents aspects du potentiel potentiel évoqué cognitif, un secteur en émergence.

Les recherches démontrent que les personnes atteintes de troubles légers de la cognition, comme la patiente de la Dre Belleville, courent 12 fois plus de risques de développer la maladie d'Alzheimer. Bien qu'il soit encore trop tôt pour parler avec certitude de relation de causalité, ces techniques permettent effectivement de déceler les premiers signes de ralentissement de l'activité cérébrale liée à la phase préclinique de la maladie d'Alzheimer.

« L'observation des moindres variations d'intensité de l'activité électrique du cerveau humain lorsqu'une personne suit un objet des yeux, mémorise un numéro de téléphone ou résout une simple opération mathématique nous révèle beaucoup, affirme la Dre Belleville. Les échanges entre les neurones nous disent si certaines zones neuronales fonctionnent normalement, au ralenti ou ne fonctionnent pas du tout. Cette information est précieuse et pourrait, le cas échéant, mener à un diagnostic plus rapide de la maladie. »

La Dre Belleville est convaincue que, à terme, cette approche d'analyse du signal ÉEG, jumelée à une thérapie pharmacologique adaptée, améliorera grandement les conditions de vie des malades et retardera de beaucoup l'apparition des symptômes les plus débilitants de cette horrible maladie. En somme, ces travaux devraient contribuer à améliorer le sort de centaines de milliers de Canadiens malades de même que celui des membres de leur famille.

Retombées

Les graves problèmes de cohérence causés par les maladies démentielles telles que la maladie d'Alzheimer sont bien connus. On n'a qu'à penser aux nombreux faits divers rapportés dans les quotidiens, notamment sur ces vieillards qui meurent gelés en hiver parce qu'ils sont incapables de se rappeler où ils habitent… Ces histoires tragiques nous aident à comprendre l'ampleur et la gravité de la maladie d'Alzheimer, un mal dévastateur et sournois.

Actuellement, il s'écoule en moyenne deux ans entre le moment où apparaissent les premiers symptômes de troubles légers de la cognition et celui où les manifestations d'Alzheimer sont suffisamment évidentes pour qu'un médecin puisse poser le malheureux diagnostic. Durant cet intervalle, la maladie progresse silencieusement, ravageant au passage des milliers de zones stratégiques du cerveau. « Il est très important d'arriver à déceler la présence de la maladie, ne serait-ce que six mois ou un an avant l'apparition des symptômes de démence les plus débilitants, dit Sylvie Belleville. Cela nous permettra non seulement d'espérer pouvoir ralentir la progression de la maladie, mais aussi de mieux préparer les proches à absorber ce choc émotif et à obtenir un soutien adéquat. »

Les recherches de la Dre Belleville ont permis de reconnaître certaines des composantes de la mémoire et des fonctions d'exécution qui sont atteintes dans les phases les plus précoces de la maladie d'Alzheimer, avant même l'établissement d'un diagnostic. De plus, l'équipe de chercheurs a déjà observé un retour à la normale des capacités mnésiques chez des sujets ayant été soumis à une série d'exercices ciblant certaines zones du cerveau. Leurs résultats indiquent que les personnes âgées, avec et sans troubles cognitifs, peuvent améliorer leurs capacités cognitives quand on leur recommande des exercices appropriés.

Si cette maladie est extrêmement difficile à vivre pour les personnes atteintes, elle est tout aussi pénible à supporter pour leurs proches. Mal préparés, mal informés, ceux et celles qui doivent, du jour au lendemain, prendre soin d'une personne qui perd ses moyens à vue d'œil se retrouvent dans un état de détresse extrême. Certains font même une dépression.

Les travaux des chercheurs de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, à l'Université de Montréal, devraient aider à résoudre ces nombreux problèmes et pourraient comporter plusieurs avantages. Ils devraient notamment permettre d'identifier beaucoup plus rapidement les personnes à risque, de mieux gérer cette affreuse maladie, d'apporter un soutien mieux adapté aux personnes qui s'occupent de ces malades et de mieux cibler les interventions médicales.

Partenaires

Le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ) est un organisme public à but non lucratif relevant du ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie du Québec. Cet organisme finance notamment la mise en place d'infrastructure de recherche de qualité et privilégie les projets qui favorisent l'acquisition d'expertise clinique et le rayonnement du savoir des chercheurs au niveau national et international. C'est le cas du présent projet avec la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) et l'Institut universitaire de gériatrie Montréal (IUGM).

L'Institut universitaire de gériatrie de Montréal est un centre hospitalier de soins généraux et spécialisés en gériatrie et un centre d'hébergement et de soins de longue durée. L'Institut a une capacité de 452 lits et compte près de 1000 employés. Les professionnels et les médecins y prodiguent des soins de qualité et y offrent de l'enseignement et de la formation. L'Institut comprend également un centre de recherche de réputation internationale en gérontologie et gériatrie.