Paleo art

Art paléontologique

D'un coup de pinceau, Michael Skrepnick redonne vie aux dinosaures
9 juin 2010
Le docteur Philip Currie (à gauche), Michael
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Le docteur Philip Currie (à gauche), Michael Skrepnick (à droite) et un spécimen de Protoceratops andrewsi (Mongolie extérieure, 1996).
Michael Skrepnick

Tout ce qui reste de cette multitude de créatures extrêmement diversifiées et ingénieuses qui ont jadis peuplé notre planète, ce sont des os. Les dinosaures n’ont laissé ni vidéo sur YouTube, ni photos, pas plus que de dessins sur les parois des cavernes. Mais nous pouvons quand même avoir un aperçu de la vie de ces « terribles lézards » grâce aux œuvres de l’artiste albertain Michael Skrepnick.

Faisant appel aux connaissances des paléontologues, les œuvres de l’artiste, qui dépeignent les dinosaures dans leur environnement naturel, ont embelli nombre d’expositions dans des musées d’histoire naturelle au pays et à l’étranger en plus de faire les délices des lecteurs de manuels et de magazines, dont National Geographic, Discover et Time.

« Au cinéma, pour accroître les effets dramatiques, on représente souvent les dinosaures comme des monstres, mais ce n’est vraiment pas la réalité, dit Michael Skrepnick. C’étaient des animaux en chair et en os qui faisaient partie d’un environnement aujourd’hui disparu. Mon but est de rétablir les faits. Je veux qu’en présence de mes œuvres l’observateur oublie pendant un moment que la scène devant ses yeux n’existe pas à notre époque. Je veux aussi qu’il souscrive à l’interprétation artistique, car ce qu’il voit est aussi près de la réalité que possible. »

Même s’il s’intéresse aux dinosaures depuis l’âge de quatre ans, ce n’est que beaucoup plus tard, à la faveur d’une année sabbatique, que cet ancien inspecteur des douanes s’est lancé dans l’illustration de ces animaux. Depuis ce virage majeur, il y a 17 ans, l’illustrateur donne un nouveau souffle à des espèces disparues.
En 1996, il a vécu une expérience inoubliable : il a été le premier artiste à reconstituer fidèlement sur papier le premier spécimen confirmé de dinosaure non avien à plumes (Sinosauropteryx prima) découvert en Chine. Il effectuait alors un voyage de « chasse » aux dinosaures aux côtés de Philip Currie, réputé paléontologue et titulaire de la chaire de recherche du Canada en paléobiologie des dinosaures. C’est ainsi qu’à Beijing, l’illustrateur a pu observer de nouveaux spécimens provenant d’une région éloignée de la province de Liaoning.

La qualité des spécimens était exceptionnelle, indique l’artiste, qui a pu voir les écailles des poissons ainsi que les organes internes et de minuscules détails des insectes. Une caisse a immédiatement attiré l’attention de tous : elle contenait un petit dinosaure duveteux. : « À cet instant précis, tout a changé et je n’aurais voulu être nulle part ailleurs sur la planète. »

À l’époque, les paléontologues émettaient l’hypothèse que certains dinosaures pouvaient avoir eu des plumes, vu qu’ils présentaient certaines caractéristiques des oiseaux. Ce spécimen venait confirmer la théorie. « Finies les spéculations, dit Michael Skrepnick. La preuve était là, à six pouces de mes yeux. »

En 1996, le dinosaure à plumes a été la vedette incontestée de la rencontre annuelle de la Society of Vertebrate Paleontology, à New York, et les dessins de Michael Skrepnick ont nourri la frénésie médiatique qui a suivi la découverte, faisant la une du New York Times et d’autres publications dans le monde.

Les dinosaures à plumes constituent probablement le thème des œuvres les plus prestigieuses de l’illustrateur, qui estime avoir recréé sur papier plus de deux douzaines de nouvelles espèces. En 2008, il a réalisé la couverture d’une monographie scientifique à laquelle Philip Currie travaillait : celle-ci décrivait une nouvelle espèce de dinosaure cératopsien (à cornes) découverte près de Grande Prairie, en Alberta.

L’art de l’illustrateur repose sur de longues discussions techniques avec des paléontologues. Dans un projet sur les Pachyrhinosaurus, le paléontologue et l’artiste ont passé de nombreuses heures à spéculer sur l’apparence du dinosaure. Il avait une grosse « bosse » osseuse sur le nez où une corne de taille aurait pu tenir. Mais comme aucun fragment de corne nasale n’avait été trouvé fossilisé avec les autres parties du squelette, l’illustrateur ne savait pas s’il devait la représenter dans son dessin définitif. Finalement, les deux hommes ont décidé de rester fidèles à la découverte et de ne pas ajouter de corne tant que des preuves supplémentaires ne seraient pas apportées.

« Quand un paléontologue vous dit “Oui, je crois que c’est tout à fait ça”, vous avez alors un réel sentiment d’accomplissement parce que vous avez répondu à ses exigences », explique l’artiste, toujours à la recherche d’un équilibre entre la précision du détail et la rigueur du paléontologue et le désir d’information du public. « La documentation scientifique vous donne une idée des travaux de recherche en cours, mais l’illustration vous transporte à un autre niveau. Une image vaut mille mots. Moi, je prends les données transmises par les scientifiques et je les transforme en images que les gens peuvent comprendre. »

Pour Philip Currie, le travail des illustrateurs de dinosaures est précieux. « En Alberta, nous pouvons compter sur quelques artistes extrêmement talentueux de calibre international ; il y a 20 ans, ils étaient absents. Au milieu des années 1980, nous avions deux ou trois personnes, ici en Alberta, qui travaillaient pour nous quand nous étions en train de mettre sur pied le Royal Tyrrell Museum of Paleontology. Michael Skrepnick est l’un d’eux, c’est un peintre extraordinaire. »

Malgré le nombre incalculable de dinosaures auxquels l’artiste a redonné vie dans ses créations, des millénaires après leur disparition, il continue à voir dans chacun d’eux un animal distinct dont il essaie de comprendre l’histoire de la vie et de la mort.

« Quand je ressuscite ces animaux, je deviens leur défenseur et leur porte-parole. C’est mon travail de les dessiner de manière à ce que les gens puissent créer un lien avec eux et de faire de mon mieux pour donner une représentation fidèle de ce qu’ils ont été. »