Fire and rain

Après le feu, le déluge

Mieux comprendre les conséquences de l'érosion et des inondations sur les bassins versants dévastés par les feux de forêt pourrait permettre de sauver des vies et d'économiser des millions de dollars
1 mars 2006
Pendant que le feu ravageait les forêts de la Colombie-Britannique, à l’été 2003, tout le monde souhaitait ardemment qu’il pleuve. Puis, quand la pluie est enfin venue, à la mi-octobre, elle a entraîné de nouvelles catastrophes, inondations, glissements de terrain et contamination de l’eau potable.
 

Habituellement, les bassins versants de la région — ces territoires drainés par des rivières et des lacs — peuvent absorber les pluies abondantes. Mais cette fois les pentes, dénudées par les incendies, ne pouvaient plus contenir les eaux déchaînées qui emportaient avec elles la terre, les arbres et d’autres débris des montagnes. Les pluies, qui se sont poursuivies tout au long de la semaine, ont fait quatre morts, forcé 1 200 personnes à évacuer leurs résidences envahies par la boue et emporté dans les flots des ponts et des routes. Les dommages se sont élevés à des dizaines de millions de dollars.

« La saison des feux de forêt de 2003 a été infernale. De telles situations pourraient devenir plus fréquentes si le réchauffement de la planète provoquait davantage d’incendies. Nous devons être mieux préparés », explique David Scott, professeur adjoint à l’Université de la Colombie–Britannique–Okanagan (UBC-O). À titre de titulaire de la chaire de recherche en gestion des bassins versants du Forest Renewal British Columbia (FRBC), le professeur Scott explore les moyens de protéger les bassins versants contre les conséquences néfastes des feux de forêt.

En plus de brûler les arbres, la végétation et la litière qui retiennent habituellement les eaux pluviales, les feux de forêt réchauffent et carbonisent le sol, le rendant ainsi plus vulnérable à l’érosion et incapable d’absorber l’eau normalement.

Toute personne qui a vu une flaque d’eau se former sur les cendres d’un feu de camp peut comprendre le phénomène. David Scott parle « d’hydrofracticité causée par le feu » : les sols carbonisés n’absorbent pas l’eau de pluie, qui reste en surface et ne pénètre pas jusqu’à la terre qui se trouve en dessous.

David Scott a été le premier scientifique à documenter le phénomène des sols hydrofuges de la Colombie-Britannique après les feux de forêt de 2003. La plupart de ses travaux portent sur les façons d’augmenter l’absorptivité du sol et sa capacité à ralentir l’écoulement d’eau après un feu de forêt. Une solution prometteuse consiste à recouvrir le sol de paille jetée du haut d’un hélicoptère. Le vent créé par les rotors de l’appareil étend ce paillis en une couverture qui absorbe l’eau. Pour l’instant, cependant, David Scott compte surtout sur un groupe d’étudiants, ses adjoints à la recherche, pour transporter le paillis jusqu’aux sites d’expérimentation.

Une autre méthode semble donner de bons résultats : il s’agit de réduire en paillis les arbres morts dans un feu de forêt et d’étendre ce paillis le long des cours d’eau. Enfin, un troisième traitement actuellement à l’essai consiste à semer des graines de graminées à partir d’un hélicoptère. Toutefois, comme l’indique le chercheur, les endroits brûlés demeurent trop longtemps vulnérables à l’érosion, les graines devant germer puis produire des pousses suffisantes pour recouvrir le sol. Il précise par ailleurs qu’il ne faut pas nécessairement une quantité exceptionnelle de pluie pour faire pencher la balance et causer des inondations et d’autres problèmes.

Pour évaluer l’efficacité de ces méthodes de stabilisation des pentes, David Scott se fie aux pièges à sédiments qui empêchent les sols d’être emportés par les eaux pluviales. Il utilise aussi des jauges qui mesurent la hauteur pluviométrique et l’intensité de la pluie afin de mieux comprendre quelle énergie sous-tend l’érosion.

Le professeur Scott espère que ses recherches permettront d’améliorer les techniques d’intervention face à cette combinaison meurtrière que représentent pluie et feu de forêt. « Nous mettons vraiment l’accent sur des solutions économiques, pratiques et efficaces à grande échelle. Nous pourrons ainsi réduire le risque d’érosion et d’inondation la prochaine fois qu’il y aura un feu de forêt important », affirme-t-il.

Retombées

L’eau est synonyme de vie. Chaque jour, chacun d’entre nous a besoin d’environ 2,4 litres d’eau. Mais même si l’eau est la substance la plus précieuse de la planète, nous n’en gérons pas toujours bien l’approvisionnement.

Pendant que des événements comme la tragédie de l’eau contaminée à Walkerton, en Ontario, retiennent l’attention des médias, d’autres nouvelles, moins dramatiques, méritent à peine un entrefilet. C’est le cas des rapports d’Environnement Canada qui révèlent que 13% de l’eau des municipalités canadiennes est perdue en raison de fuites. Pourtant les faits s’accumulent, et le problème devient pressant.

« Nous devons trouver des approches plus durables. Dans la vallée de l’Okanagan, par exemple, il pourrait se produire d’importantes pénuries d’eau au cours des 25 prochaines années », explique Jeff Curtis, professeur au Département des sciences de la terre et de l’environnement de l’UBC-O. Aujourd’hui, compte tenu de la croissance de la population, l’Okanagan est un microcosme des défis que devra relever le Canada en matière de gestion des bassins versants. »

S’éloignant du rôle traditionnel du chercheur, Jeff Curtis cherche à créer un meilleur amalgame entre les sciences de l’eau et les politiques publiques. Certains de ses travaux, ceux mesurant les contaminants dans l’eau et leurs déplacements, par exemple, peuvent aider les décideurs à déterminer où capter l’eau devant approvisionner une collectivité. Ce recours à la science pour guider la prise de décisions en matière de gestion de l’eau gagne du terrain.

« La Ville de New York se voyait dans l’obligation d’investir près de 8 milliards de dollars US dans une nouvelle station de traitement de l’eau. Elle a plutôt choisi d’investir une fraction de ce montant dans la protection et la restauration des bassins versants environnants », explique Jeff Curtis.

Pour appuyer ce genre de politique publique, l’Université de la Colombie-Britannique est en train de mettre en place une approche multidisciplinaire. Il semble en effet logique de tirer parti d’une diversité de connaissances spécialisées si l’on considère l’interdépendance qui est inhérente au cycle hydrologique. (Site anglophone)

En travaillant ensemble, les spécialistes de l’eau douce, les climatologues, les chimistes, les biologistes, les écologistes en études piscicoles, ainsi que ceux en études des sols peuvent adopter une approche globale de la gestion des bassins versants. Une telle approche viserait entre autres à aider les collectivités à combattre l’érosion qui menace les bassins hydrologiques après un feu de forêt. Cette érosion crée de multiples problèmes, notamment la contamination de l’eau qui menace l’habitat des poissons et l’approvisionnement en eau des villes et municipalités.

Les experts de l’UBC verront sans doute leurs travaux gagner en importance, la croissance de la population mondiale exerçant une contrainte de plus en plus sévère sur l’approvisionnement en eau.

« Nos recherches visent à ce que la population considère l’eau comme une ressource liée à la santé, plutôt que comme un service public », conclut Jeff Curtis.

Partenaires

Les chercheurs du Département des sciences de la terre et de l’environnement de l’UBC-O travaillent en étroite collaboration avec les scientifiques du ministère des Forêts de la Colombie-Britannique. Ils reçoivent un appui financier des entreprises de foresterie Weyerhaeuser Canada, Interfor, Tolko Industries et Riverside Forest Products.

Ils sont aussi en contact avec de plus petites entreprises du secteur privé. Avec ses partenaires de Limnology Research, par exemple, Jeff Curtis a contribué à la conception d’un petit concentrateur facilitant l’analyse des contaminants dans les échantillons d’eau.

Pour en savoir plus

Apprenez-en plus au sujet de l’approche du gouvernement du Canada en matière de gestion de l’eau douce.

Consultez quarante faits intéressants sur l’approvisionnement en eau au pays et sur l’utilisation quotidienne que nous faisons de cette eau.

Découvrez les 106 principaux bassins versants du monde. (Site anglophone)

Apprenez-en plus au sujet de l’état des lacs de la planète. (Site anglophone)