Opening the soundscape

Apprivoiser l’univers de l’ouïe

Une recherche menée au National Centre for Audiology stimule l’industrie des prothèses auditives et établit des normes internationales destinées aux cliniciens
20 juin 2012

En une décennie, le National Centre for Audiology (NCA) de l’Université Western à London, en Ontario, est passé d’un petit laboratoire en développement à un carrefour de recherche de calibre mondial venant en aide à des millions d’adultes et d’enfants aux prises avec des déficiences auditives.

Cela n’a rien d’étonnant : la déficience auditive se chiffrerait à 18 milliards de dollars annuellement pour l’économie canadienne et le problème touche autant les adultes que les enfants, quoique de façon différente. « Chez l’enfant, cette déficience peut limiter les capacités d’apprentissage et empêcher le développement des aptitudes sociales, ce qui aura de graves répercussions sur les choix de carrière. Quant aux personnes âgées, elles se confinent souvent à la maison, deviennent moins actives et passent pour séniles. » indique Prudence Allen, directrice du NCA.

Le NCA tente de tirer un trait sur ces scénarios dépassés. Considéré comme la plus importante installation de recherche et d’enseignement au pays dédiée entièrement à l’étude de l’audition et de la déficience auditive, le NCA a ouvert ses portes en 2001 grâce au financement de la FCI; il avait alors quatre chercheurs. Aujourd’hui, 14 facultés enseignant des disciplines aussi diverses que l’audiologie, la pathologie de la parole, la neuroscience, la médecine, l’ingénierie et la psychologie sont associées au NCA. Ce dernier compte également 15 chercheurs à plein temps et de nombreux étudiants à la maîtrise ou au doctorat, que s’arrache souvent le secteur privé.

« Nous avons attiré des chercheurs de toutes les facultés du campus et nous avons recruté des personnes exceptionnelles de l’extérieur, fait valoir Mme Allen. Les gens veulent travailler ici parce que c’est un endroit privilégié pour lancer leur recherche. Nous sommes très pluridisciplinaires. Nous prônons la collaboration et nous partageons étudiants, laboratoires et idées. »

Cette approche collégiale traduit la complexité du problème. La perte d’audition est généralement plus difficile à diagnostiquer et à corriger que la perte de la vision. « On peut porter des verres de correction et avoir une vision assez nette, dit-elle. Cependant, la majorité des pertes auditives sont neurales. Il ne suffit pas de transmettre le son dans l’oreille à une tonalité suffisante. »

Les prothèses auditives ou les implants cochléaires servent souvent à traiter les malentendants ou les personnes atteintes d’un trouble du traitement auditif. Ces appareils les aident à entendre dans des environnements calmes et complexes. Aujourd’hui, la technologie d’assistance repose sur des études en laboratoire et sur des tests en situation réelle réalisés au NCA.

Les chercheurs du NCA, reconnus comme des leaders mondiaux en matière d’audiologie fondamentale et de procédures liées aux prothèses auditives numériques de pointe, collaborent avec des sociétés privées comme Unitron, Siemens Audiology Solutions, Phonak Communications AG (Suisse) et Etymonic Design Incorporated (Canada) pour développer et tester les programmes logiciels utilisés pour faire fonctionner les prothèses auditives, les implants et d’autre matériel destinés à aider les malentendants.

Ils établissent également les protocoles permettant aux audiologistes et aux autres cliniciens de première ligne de diagnostiquer correctement le degré de perte auditive. Leur plus important défi consiste à établir des protocoles assurant l’ajustement des appareils aux besoins des patients, ce qui revient essentiellement à régler la qualité sonore.

« Vous pouvez faire absolument tout avec le traitement de signal numérique, affirme la directrice du NCA. Les possibilités sont infinies. Nous avons élaboré des procédures pour ajuster les appareils aux besoins des patients, procédures octroyées sous licence à des fabricants et utilisées par des cliniciens partout dans le monde. »

À titre d’exemple, la méthode Desired Sensation Level (DSL) mise au point au NCA afin d’ajuster les prothèses auditives à l’ouïe des adultes et des enfants est couramment utilisée par plus de 20 fabricants de prothèses auditives dans le monde.

Dans leurs laboratoires financés par la FCI, les chercheurs du NCA ont créé une entreprise dérivée qui a été primée : il s’agit d’ENT Simulation Technologies Inc. qui commercialise et distribue mondialement des techniques de diagnostic s’appliquant aux greffes de tympan et aux anomalies des osselets de l’oreille moyenne.

Même si le NCA est exclusivement une installation de recherche, les protocoles de diagnostic et de traitement qu’il a élaborés sont enseignés dans les cours d’audiologie à Western et ailleurs. « Nous sommes affiliés au département d’études supérieures en audiologie de Western, dont le mandat est de former des cliniciens, dit Mme Allen. Ils deviendront des intervenants de première ligne. Nous avons donc des retombées considérables sur le milieu clinique. »

Nouveau laboratoire, nouvelles possibilités de recherche

L’étude des pertes et des déficiences auditives évolue rapidement et prend des orientations à peine imaginables au moment de l’ouverture du NCA en 2001. Mme Allen estime que les chercheurs et les scientifiques de l’établissement en sont arrivés à mieux comprendre la relation complexe entre l’audition et la fonction cérébrale.

« Nos chercheurs se penchent sur la plasticité du cerveau, dit-elle. Les changements qui se produisent dans le tronc cérébral et le cortex à la suite d’une perte auditive sont étonnants. Quand vous mettez en place un appareil auditif, le patient requiert une longue période d’acclimatation pendant laquelle son cerveau doit s’habituer aux nouveaux sons. »

Le NCA met sur pied de nouveaux laboratoires – soutenu par la FCI et un certain nombre de donateurs du secteur privé, notamment Research In Motion, Vivosonic Inc. et Interacoustics, qui permettent aux chercheurs de simuler différents milieux, comme l’habitacle d’une voiture ou une salle de conférence bondée, et d’examiner le comportement des fonctions auditives dans ces environnements.

Ces laboratoires servent également à améliorer nos connaissances sur l’interaction entre nos oreilles et la façon de la simuler dans les appareils auditifs. Les scientifiques du NCA ont également mené des recherches contractuelles pour des sociétés internationales comme Phonak Communications AG (Suisse), MED-EL (Autriche) et Brüel & Kjaer (Danemark).

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