Scientific ensemble

Aimez-vous « Brams »?

Les chercheurs convergent vers un centre de recherche montréalais réputé afin d'étudier les effets de la musique sur le cerveau
1 novembre 2007
Ce qui correspond pour lui au traitement de sons complexes par l’appareil auditif est pour elle de la musique. Robert Zatorre et Isabelle Peretz ont certes une vision différente de l’art musical (il est neuroscientifique à l’Université McGill tandis qu’elle est psychologue à l’Université de Montréal), mais tous deux croient que l’étude de la musique et de ses effets sur le cerveau a beaucoup à nous apprendre. Les deux chercheurs sont arrivés à Montréal au milieu des années 1980, à une époque où, selon Peretz, science et musique ne s’accordaient pas du tout. Malgré ce clivage, ils ont contribué à l’essor du domaine de la neuroscience de la musique et à la mise sur pied d’un nouveau centre qui y est consacré.
 

Le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), un investissement de 14 millions de dollars, réunit à Montréal des scientifiques réputés provenant des quatre coins du monde qui y mènent des recherches sur des questions fondamentales. Pourquoi le cerveau est-il sensible à la musique? Quel rôle joue le système nerveux dans l’écoute, la mémorisation et l’interprétation d’une pièce ou dans la réaction à la musique? En quoi ces fonctions sont-elles liées à d’autres processus, par exemple à la compréhension de la parole? Enfin, comment ces processus s’acquièrent-ils et comment se dérèglent-ils?

Le centre offre divers outils d’étude de cerveaux de tous âges, de la naissance à la vieillesse, ainsi qu’une salle de concert qui permet d’enregistrer et d’observer les réactions sensorielles des auditeurs. Le laboratoire BRAMS dispose également d’un studio insonorisé où trône l’un des meilleurs pianos à queue du monde, un Bösendorfer relié à un ordinateur et entouré de 24 caméras qui captent les moindres mouvements des pianistes.

C’est le partenariat de recherche entre Robert Zatorre et Isabelle Peretz qui a déclenché la mise sur pied de ce laboratoire. L’aventure a commencé en 2000. Les deux chercheurs étaient alors invités à participer à une conférence sur les fondements scientifiques des effets de la musique sur le cerveau, organisée par la réputée New York Academy of Sciences.

« J’étais à la recherche des figures de proue du domaine, se souvient Rashid Shaikh, directeur des programmes de l’académie. Après consultation, Zatorre et Peretz me sont apparus comme deux sommités mondiales », explique-t-il. Le fait qu’ils soient de Montréal constituait un atout, car la ville se distingue des autres sur le plan de la recherche : elle présente une concentration d’experts en neuroscience de la musique et de la cognition auditive unique en Amérique du Nord. Ces experts sont attirés dans la métropole par la possibilité de réseautage et l’accessibilité de la technologie, en particulier celle de l’imagerie cérébrale, qui dévoile et permet de comprendre les secrets du cerveau musical.

Après la conférence de New York, Zatorre et Peretz ont codirigé la rédaction d’un ouvrage, The Biological Foundations of Music, et réalisé leur première étude conjointe sur les troubles liés à la musique, comme la surdité musicale et l’amusie. Leurs chemins se sont ensuite séparés, mais ont convergé de nouveau en 2004. Isabelle Peretz revenait tout juste d’un congé sabbatique en Australie, où elle s’était vu offrir un poste intéressant de professeure. « Seule la création d’un centre de recherche était susceptible de me retenir à Montréal », explique-t-elle. Elle a donc demandé à son université l’autorisation d’en créer un. À la surprise générale, elle a obtenu cette autorisation. Vu le grand nombre d’experts en musique et en science déjà présents à Montréal, il était tout simplement logique d’y établir un centre de recherche. « Le résultat est absolument renversant », s’exclame avec enthousiasme celle qui est devenue codirectrice du laboratoire BRAMS.

Retombées

L’infrastructure du laboratoire BRAMS permet de mener des recherches expérimentales dans le domaine de la neuroscience musicale. « C’est le seul laboratoire du genre au monde », précise Caroline Palmer, chercheuse spécialiste du langage et de la musique à l’Université McGill. Elle ne craint nullement la rivalité entre la dizaine d’éminents chercheurs qui se servent des installations. « C’est au contraire un grand avantage que de pouvoir travailler ensemble », affirme la chercheuse américaine qui a choisi Montréal précisément en raison de son solide réseau d’experts du domaine scientifique. « Les commentaires de mes collègues m’aident à améliorer mes méthodes de travail. Montréal offre le plus grand nombre d’experts en musique et sciences. »

Résultat d’un partenariat entre l’Université de Montréal et l’Université McGill, le laboratoire BRAMS favorise la collaboration entre les écoles et, plus précisément, entre les facultés de musique et les groupes spécialisés en imagerie cérébrale. Le laboratoire principal est hébergé par le campus de l’Université de Montréal, et les trois autres sont logés à l’Université McGill. Le premier comprend de l’équipement pour les tests comportementaux et des installations d’enregistrement audio et de prestation musicale. Les chercheurs ont également accès à un logiciel d’analyse de données et à des conseillers en programmation. Le laboratoire cherche à attirer un vaste éventail d’experts étrangers, et c’est pourquoi les activités s’y déroulent dans les deux langues officielles du Canada.

Les ressources humaines et technologiques du laboratoire BRAMS en font un centre de recherche et de formation de premier plan. Le travail des chercheurs et des étudiants consiste à analyser les fonctions principales du cerveau musical et les fonctions qui pourraient lui être associées, comme le langage et l’ouïe. Leurs travaux permettront de mieux saisir les effets de la musique sur le cerveau et pourraient déboucher sur de nouvelles applications musicales et de nouveaux traitements pour les troubles liés à la musique et à l’audition.

Partenaires

Outre le partenariat principal entre l’Université de Montréal et l’Université McGill, les chercheurs du laboratoire BRAMS collaborent également avec des partenaires étrangers puisqu’au doctorat et au postdoctorat, ils supervisent des étudiants provenant des États-Unis, d’Allemagne, de France, de Belgique, d’Italie, d’Autriche, d’Inde et d’ailleurs. Les coordonnateurs misent sur la réputation internationale du centre pour recruter partout dans le monde et au Québec des boursiers et des chercheurs en début de carrière. Isabelle Peretz espère que le centre de recherche produira un effet domino et attirera à Montréal des tonnes de jeunes chercheurs intéressés par le cerveau musical.