Postpartum relief

Aider les mères à combattre la dépression post-partum

Une Canadienne sur sept souffre de dépression post-partum. Une chercheuse du Nouveau-Brunswick s'emploie à trouver des façons de les aider - et d'aider aussi leurs conjoints.
19 mai 2010
Zoom

Lorsque, en 2001, Nicole Letourneau a appris à la naissance de son second enfant que ce dernier était atteint du cancer, elle aurait dû, en théorie, être bien outillée pour recevoir une nouvelle aussi dévastatrice. Au cours de ses études supérieures en sciences infirmières, elle avait abordé divers aspects des soins familiaux tels que les conséquences bénéfiques que peut avoir la présence d’une mère qui reste auprès de son enfant à l’hôpital durant la nuit. Elle avait aussi travaillé aux soins intensifs pédiatriques. Pourtant, il est rapidement devenu clair que sa propre santé était compromise : elle était déprimée. 

L’enfant s’est rétabli, mais cette expérience a conduit Nicole Letourneau à réorienter ses intérêts de recherche, et elle est aujourd’hui titulaire d’une Chaire de recherche du Canada sur le développement d’enfants en santé à l’Université du Nouveau-Brunswick. Ayant elle-même connu intimement les effets débilitants de la dépression post-partum, la chercheuse a éprouvé une vive frustration quand elle a constaté que près de la moitié des mères chez qui l’on avait diagnostiqué une dépression post-partum (DPP) ne recevaient aucune aide. Elle a observé que, pour ces femmes, le coût des médicaments, les longs délais pour avoir accès à des services de psychologie – jusqu’à six mois dans certaines régions – et une pénurie de ressources en zone rurale constituent fréquemment des obstacles.

Souvent, il arrive même que les femmes qui habitent à proximité de services d’aide ne les utilisent pas. Les symptômes de la dépression post-partum, comme la fatigue et le manque d’intérêt à l’égard des activités quotidiennes, incitent souvent les mères à rester à la maison. Leurs bébés, affectés par les soins erratiques associés à une baisse d’énergie et à des sautes d’humeur, risquent de devenir plus anxieux, agressifs et hyperactifs que les autres enfants et de connaître plus tard des difficultés à l’école.    

Déterminée à inverser cette tendance, Nicole Letourneau a mené en 2003 une enquête en Alberta et au Nouveau-Brunswick auprès de mères qui s’étaient remises après une DPP. Sa question : Quelle solution accessible et abordable pourrait aider ces femmes?

Deux réponses ont émergé. La première, échanger avec d’autres mères (pas la leur) et la seconde, faire appel à leur conjoint. « Les femmes ont déclaré qu’elles avaient surtout compté sur leur partenaire, indique Nicole Letourneau, et que s’il avait su quoi faire, il l’aurait fait. »
La chercheuse comprenait parfaitement. « Si mon mari avait su ce qui se passait, nous serions probablement allés chercher de l’aide plus tôt, dit-elle, en évoquant sa propre dépression. Il aurait su que son mariage n’était pas en voie de s’écrouler, que c’était sa femme qui était en train de craquer. » Les travaux de la chercheuse ont révélé que les pères sont une ressource précieuse, mais inexploitée. « Ils sont là, tout près, mais personne ne leur dit : “Voici ce que vous pourriez faire pour aider votre conjointe.” Ou même : “Comment allez-vous?” »

En 2009, Nicole Letourneau a commencé à interroger des pères d’Alberta et du Nouveau-Brunswick dont les conjointes avaient eu des symptômes de DPP. Elle a appris que les hommes ressentaient eux-mêmes de l’anxiété, de l’irritabilité, une perte d’appétit et, dans certains cas, éprouvaient même l’envie de faire du mal à leur femme ou à leur enfant. Face à la détresse de leur partenaire, ils se sentaient impuissants et mal informés. En fait, des études indiquent que le conjoint d’une mère qui souffre de DPP présente un risque de 25 à 50 % de souffrir lui-même de dépression.

Les récentes observations de Nicole Letourneau l’ont amenée à entreprendre une étude plus vaste. Grâce au soutien d’un comité consultatif national, elle réalisera des entrevues auprès de 90 autres pères, leur posant des questions similaires à celles qu’elle avait déjà adressées aux mères, par exemple : « De quel type d’aide avez-vous besoin? » « Qu’est-ce qui vous empêche de l’obtenir? »

« Toutes ces solutions que nous suggéreront les pères, dit-elle, nous allons les mettre en place. »

Entre-temps, les mères du Nouveau-Brunswick disposeront bientôt d’un numéro de téléphone qu’elles pourront composer si elles ont besoin de soutien. Au bout de la ligne, il y aura une femme qui a elle aussi souffert de DPP. Ce service gratuit sera confidentiel et simple à utiliser. « Si vous avez le téléphone, affirme Nicole Letourneau, vous pourrez obtenir de l’aide. » 

Voilà de bonnes nouvelles pour les bébés. « La dépression post-partum est une maladie mentale qui finit par s’estomper, précise la chercheuse. Si les mères et les pères avaient en main les outils nécessaires, ils cesseraient de se blâmer l’un l’autre et ils pourraient concentrer leur énergie sur autre chose. Plus j’entrevois la perspective de trouver une solution à ce problème, plus j’ai le goût d’aller de l’avant pour le bien-être des enfants. »