Green Growers

Agriculteurs verts

Un nouveau laboratoire de recherche sur la Côte Ouest cherche à améliorer la lutte antiparasitaire dans les jardins du monde entier
25 novembre 2009
Deborah Henderson, Directrice, l
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Deborah Henderson, Directrice, l'Institut d'horticulture durable
l'École polytechnique Kwantlen

Deborah Henderson aime penser à La Havane, la capitale de Cuba, lorsqu’elle part travailler. Pas pour sa musique ou ses plages, mais pour ses légumes et ses jardins. « Plus de 75 % des légumes consommés à La Havane sont produits au sein de la ville même », explique-t-elle. En tant que directrice de l’Institute for Sustainable Horticulture (ISH, soit l’Institut d’horticulture durable), basé à l’École polytechnique Kwantlen à Langley, en Colombie-Britannique, Henderson admire la manière dont La Havane a transformé l’agriculture urbaine sur butte en une source alimentaire viable pour la population – sans recours au moindre pesticide. Deborah Henderson est à la tête du premier laboratoire de recherche en Amérique du Nord qui soit consacré à la lutte antiparasitaire biologique et associé à des installations qui tenteront de commercialiser les substances mises au point. Avec son équipe, elle espère prouver que, grâce au recours stratégique à quelques insectes ou micro-organismes tels champignons ou moisissures, des villes comme Vancouver pourraient bientôt imiter La Havane.

Lancé il y a cinq ans, l’ISH a été créé pour étudier, en partenariat avec l’industrie horticole et des entreprises d’horticulture de la Colombie-Britannique, certains des enjeux auxquels l’industrie fait face quant à la durabilité des écosystèmes et l’environnement. Recrutée pendant la deuxième année d’activité du labo, Henderson a tiré parti de sa propre expérience de conseillère en gestion de lutte antiparasitaire auprès des fermes de la vallée du Fraser afin d’affiner encore davantage ces objectifs de recherche.

En matière de durabilité, en quoi son laboratoire de recherche peut-il aider l’industrie horticole? « En instaurant davantage de contrôles biologiques sous la responsabilité des agriculteurs », répond-elle. Actuellement, un agriculteur qui cherche à éliminer un parasite en particulier lors d’une saison donnée n’a souvent à sa disposition qu’un pesticide chimique. Les contrôles biologiques – l’utilisation d’insectes ou de champignons qui s’attaquent aux parasites menaçant les plantes – existent, mais ne sont pas faciles à commercialiser. L’ISH souhaite modifier cette situation. « Notre programme de recherche va permettre d’élaborer des produits et d’en assurer la production, explique la chercheuse. Il s’agit d’un programme pleinement intégré, comprenant les étapes de recherche, d’élaboration et de commercialisation du produit. »

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L'Institut d'horticulture durable de Kwantlen, créé en 2004.

Deborah Henderson

Après avoir obtenu un financement majeur pour l’infrastructure, il y a un peu plus de deux ans, l’équipe de l’ISH a consacré un an à la planification, puis un an à la construction des installations. L’institut a ouvert ses portes au public au mois d’octobre. La construction se poursuit, et la serre devrait être prête d’ici la fin de l’année 2010, mais le laboratoire – qui comprend des zones à température contrôlée, des chambres de culture, des fermenteurs, des microscopes et divers équipements de laboratoire – héberge déjà de nombreux parasites et prédateurs qui en sont à différents stades d’expérimentation.

Les premiers « cobayes du système », selon la description de Deborah Henderson, sont deux souches de moisissure qui attaquent des larves parasitaires dans le sol. Les chercheurs de l’ISH étudient des moyens de produire ces substances et souhaitent évaluer leur efficacité contre les parasites lors d’essais en laboratoire. Si tout se passe comme prévu, ils feront une demande de permis pour pouvoir effectuer des essais en champ, enregistrer les produits, puis – en collaboration avec des entreprises locales – distribuer ces substances à ceux qui en ont besoin.

« Nous verrons à l’avenir une diminution du nombre de grandes fermes, au profit de petites exploitations », affirme Henderson, qui explique ce changement notamment par la montée des prix du pétrole et des terres. À l’instar de La Havane, des villes du monde entier devront utiliser toutes les terres disponibles pour cultiver des aliments. « Les pesticides présentent suffisamment d’aspects négatifs pour que la population souhaite les voir disparaître des villes, ajoute-t-elle. Il nous faudra donc des outils biologiques pour rendre l’agriculture urbaine viable. »