Un exposé de David Strangway Président et directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation au Comité permanent des finances de la Chambre des communes

26 septembre 2001

Monsieur le président, membres du comité. Je vous remercie de l’occasion qui m’est donnée de me présenter devant vous avant que vous ne lanciez le processus prébudgétaire.

Les événements qui se sont produits il y a deux semaines feront de l’année que nous vivons une année incomparable aux autres. Toutes les règles ont changé en un clin d’œil. Dorénavant, l'établissement des priorités financières sera pour le gouvernement une tâche plus complexe et plus ardue que jamais. Avant de commencer ma présentation, j’aimerais vous offrir mes meilleurs souhaits de succès dans vos délibérations des prochaines semaines.

Avant le 11 septembre, l'innovation était plus que jamais en vedette sous les feux de la rampe. À Ottawa et ailleurs au Canada, tous et chacun en parlaient et la désignaient comme un moteur essentiel aux nouvelles initiatives stratégiques. Je viens aujourd’hui vous convaincre que le moment est propice pour rallumer ces feux.

Les chefs de file du monde des affaires canadien conviennent qu’investir dans l’innovation revient à investir dans notre futur. La croissance de l'innovation renforce l'industrie et rend le Canada plus attrayant aux yeux des investisseurs.

Sur une toile de fond faite de préoccupations quant à un retour possible de dépenses menant à un déficit, à la possibilité d’une importante récession économique et à de plus fortes craintes en ce qui a trait à la sécurité des personnes, vous devrez examiner les options qui s’offrent pour faire face à ces impératifs à court terme.

Il sera, toutefois, aussi important que le gouvernement maintienne son rôle de leader en continuant d’investir dans l’innovation, parce qu’en réalité, c’est aussi investir en vue d’un futur plus brillant qui servira de phare en ces temps de doute et de grande incertitude.

Bien que nous soyons considérablement distraits, et avec raison, par la tragédie du 11 septembre et ses répercussions sur l’économie nord-américaine, la confiance à l’égard des gouvernements baissera encore s’ils mettent de côté les engagements fondamentaux qui ont des effets à long terme sur notre économie et notre mode de vie. Les programmes d’appui à l’innovation du gouvernement canadien en sont un exemple. Une plus grande innovation donne de la force à l'industrie et rend le Canada plus attrayant pour les investisseurs. Sur un fond de préoccupations constantes touchant la productivité, la compétitivité et l’exode des cerveaux, le gouvernement s’est engagé à publier un Livre blanc cet automne.

L’innovation peut être vue comme un vague concept, mais il s’agit de fait d’une idée précise et cruciale. La conception et l’exploitation de nouvelles idées, de nouveaux procédés, de nouvelles médecines ou de moyens innovateurs d’analyse et de compréhension du phénomène humain et physique sont les moteurs de notre monde moderne, accroissent notre bien-être et, en bout de ligne, transforment nos vies. Ce qui est bien moins compris, c’est la façon de stimuler l’innovation.

Les leçons du passé montrent que la recherche universitaire bien dotée, robuste, soutenue à l’aide de fonds publics, est une nécessité et souvent la source de nouvelles idées. Les établissements d’enseignement et de recherche profitent d’horizons prévisionnels plus longs que l’industrie ne peut pas risquer de suivre. Les faits sont incontournables. Aux États-Unis, 73 p. 100 des articles cités dans les documents de brevets américains ont été le résultat de travaux scientifiques financés par des fonds publics.

L’innovation doit demeurer un sujet brûlant d’actualité à Ottawa. Il y a cinq ans, l’investissement du Canada dans la recherche et le développement était le plus bas parmi les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Aujourd’hui, nous occupons le sixième rang des pays du G-7 et nous sommes à la traîne des principales nations industrielles, juste devant l’Italie.

Il y a cinq ans, le gouvernement des États-Unis doublait ses subventions au National Institute of Health et augmentait d’un tiers le budget de la National Science Foundation. Cela s’ajoutait à 20 années d’aide généreuse à la recherche universitaire en soutien à un nombre impressionnant d’industries au chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars dans de nombreux domaines – microprocesseurs, affichage graphique, biotechnologie, etc.

Ces dernières années, le Canada aussi a commencé à relever ce défi et nos gouvernements peuvent aujourd'hui se vanter de leur succès. Le secret le mieux gardé au plan national est que le gouvernement fédéral et les provinces ont fait d’énormes progrès dans le renversement de la tendance au recul alarmante de la R-D. Après avoir constaté avec embarras que le Canada occupait le quinzième rang des pays concurrents de l’OCDE pour le financement de la R-D, Ottawa s’est fixé pour priorité de nous classer parmi les cinq premiers d’ici 2010.

Pour atteindre cet objectif, il faudra que tous les secteurs se mobilisent, et non pas seulement les gouvernements et les universités, mais les industries aussi qui devront accélérer le pas en matière d’innovation. Des moyens sont aussi nécessaires, et grâce au gouvernement fédéral, des instruments clés sont déjà en place.

La Fondation canadienne pour l’innovation a été créée en 1997 en tant qu’organisme autonome chargé de reconstruire et de financer par investissement les laboratoires, les biens d’équipement et les installations de recherche des universités et des hôpitaux du Canada. Son mandat est de fournir aux chercheurs canadiens les outils nécessaires pour concevoir les idées de demain et en faire des chefs de file dans leurs domaines. Jusqu’ici, la Fondation a financé plus de 1 400 projets dans 100 universités et hôpitaux.

Et cela s’est révélé très efficace. Chacun des 1 400 projets subventionnés par la Fondation au coût de 900 millions de dollars a permis aux établissements de réunir des fonds de contrepartie des provinces et des investissements supplémentaires du secteur privé et des universités elles-mêmes. La formule de financement à 40/60 p. 100 de la Fondation est un exemple unique qui témoigne à la fois de la coopération intergouvernementale et du travail des organismes décidés à répondre aux priorités des établissements de recherche qui forment le bassin principal d’emploi des chercheurs au Canada.

Les gouvernements se voient rarement accorder de crédit pour leur clairvoyance ou créativité, mais la Fondation constitue un bon exemple d’une telle initiative du gouvernement fédéral. Elle est dotée d’un financement sûr et ses décisions sont prises par des experts – plus de 1 000 chercheurs, gestionnaires et utilisateurs des secteurs public et privé du monde entier ont participé aux travaux de comités. Cela assure l’intégrité et la crédibilité de la FCI auprès de ses partenaires provinciaux et autres.

Un autre exemple est le programme Chaires de recherche du Canada qui permettra de créer 2 000 postes de chercheurs dans les universités canadiennes. Le gouvernement fédéral investira 300 millions de dollars par année dans ces chaires. Pour sa part, la FCI investira 250 millions de dollars entre 2000 et 2005 pour fournir aux titulaires des chaires les installations de recherche de classe internationale dont ils ont besoin pour faire face à la concurrence mondiale

et former les futures générations de chercheurs canadiens. La Fondation aide à créer les conditions idéales requises pour rendre ces postes de recherche attrayants.

Ces investissements de la FCI se traduisent par une riche variété de nouveaux projets qui emploient, attirent et, dans certains cas rapatrient, les étudiants, les chercheurs et le personnel technique canadiens de sorte qu’ils apportent leur connaissance et leur expertise à l’industrie et travaillent à l’amélioration de la qualité de vie des Canadiens.

Je citerai pour exemple l’Institut de technologie de Colombie-Britannique qui a récemment ouvert un laboratoire de 700 pieds carrés au coût de 2 millions de dollars – le premier laboratoire autonome d’ingénierie Internet au Canada à se lancer dans la recherche et le développement sur le réseautage de pointe. Financé par des compagnies telles que Sprint Communications des États-Unis, qui a fourni un million de dollars en équipement, et le Fond pour l’avancement du savoir de Colombie-Britannique (BC Knowledge Development Fund), le laboratoire emploie plusieurs chercheurs et techniciens à plein temps. Les partenaires industriels tels que PMC-Sierra et Telus utiliseront l’installation pour mettre au point leurs réseaux.

L’Université de la Saskatchewan suscite un intérêt mondial grâce à son synchrotron de pointe qui sert à étudier la matière atomique. Sa structure de financement est basée sur un partenariat créatif d’organismes fédéraux, provinciaux, civiques et universitaires. La FCI a financé 56,4 millions de dollars des 140 millions de dollars de coût de construction. De fait, la construction seule a des retombées considérables sur la communauté. La Ville de Saskatoon s’attend que le synchrotron produise plusieurs bénéfices dérivés aux plans commercial et industriel en attirant de nouvelles entreprises dans le domaine pharmaceutique par exemple, ainsi que des laboratoires d’études environnementales. On prévoie que plus de 35 millions de dollars par année seront investis dans la recherche et le développement commerciaux.

Les blouses blanches de laboratoire créent des emplois et produisent des retombées dans les communautés. Les citoyens de Kitchener-Waterloo, en Ontario, connaissent bien l’effet d’entraînement qu’ont les « grappes d’activité » - ou le pouvoir des universités et des établissements de recherche d’attirer ou d’entraîner la création d’industries basées sur la connaissance. L’Université de Waterloo continue d’entretenir des rapports étroits avec Research in Motion et Open Text – deux grandes entreprises technologiques canadiennes à grand succès – et plusieurs autres.

La FCI ouvre l’un des trésors les plus précieux du Canada – ses ressources humaines. Nos meilleurs jeunes gens doivent avoir une raison de demeurer au Canada et fournir en bout de ligne la marchandise la plus utile que les Canadiens puissent offrir – l’innovation qui profite à tous et chacun et améliore notre qualité de vie.