Tisser des liens

19 novembre 2012

En septembre dernier, Site Selection, une prestigieuse revue américaine sur le commerce destinée aux dirigeants d’entreprise chargés de déterminer l’emplacement des nouvelles installations de production, a choisi Hamilton comme première destination au Canada pour lancer de nouveaux projets de développement industriel ou élargir des projets existants.

Selon Bob Bratina, maire d’Hamilton, l’accessibilité économique légendaire de la ville est propice à la croissance des secteurs de la recherche, de la création et des soins de santé. Reconnaissant le lien entre des sphères perçues par plusieurs comme totalement distinctes, le maire met en lumière le fait que l’économie du savoir est propulsée par la convergence de domaines relatifs à l’économie et à l’activité humaine.

Ces interactions dynamiques prennent forme dans le parc d’innovation McMaster, pierre angulaire de la renaissance industrielle de la ville. Ce parc d’innovation n’abrite pas seulement des installations conçues pour soutenir la recherche et le développement dans des domaines industriels importants qui sont des forces de l’Université McMaster, il favorise les rencontres entre les entrepreneurs et les chercheurs. Un endroit propice à l’innovation où ces derniers peuvent collaborer à la conception de nouveaux produits et services, et à leur commercialisation.

Aujourd’hui, dans le monde mené par la technologie, très compétitif et branché, ces carrefours de l’innovation constituent un terreau fertile à la naissance de bonnes idées. Or, ces carrefours fourmillant de personnes très créatives et hautement compétentes, et dotés de l’équipement et de la technologie de pointe sont essentiels pour traduire ces idées en nouveaux produits et services. Le principal défi des gouvernements est d’élaborer des politiques qui favorisent ce type de liens convergents et mutuellement avantageux. Quelle leçon pouvons-nous tirer du modèle mis en place à Hamilton? Comment faire pour que les gens se réunissent pour innover?

Les investissements fédéraux dans la recherche et développement dans les universités et les collèges ont permis d’établir les conditions de croissance de l’innovation florissante dans le secteur privé. La Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), de concert avec les organismes fédéraux de financement de la recherche, le Programme des chaires de recherche du Canada, les Réseaux de centres d’excellence et diverses bourses d’études supérieures, ont été des instruments politiques déterminants dans l’avènement de cette capacité d’innovation. D’autres initiatives, comme les Centres d’excellence en commercialisation et en recherche (CECR), ont été spécialement conçues pour favoriser la collaboration entre les chercheurs universitaires et ceux du secteur privé, et faciliter le transfert des idées et des personnes des institutions publiques vers les entreprises privées.

Tout comme dans le cas de la renaissance industrielle d’Hamilton, les investissements fédéraux ont eu le plus grand impact lorsque les organismes de financement et les programmes fédéraux travaillent de façon cohérente – lorsque tout le personnel et l’équipement nécessaire sont réunis pour répondre à des besoins cruciaux en matière de savoir. Prenons l’exemple du Programme de professeurs-chercheurs industriels financé par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, un programme qui a appuyé 184 chercheurs dont les efforts ont profité à l’industrie. Près de 120 de ces boursiers ont également reçu du financement de la FCI pour la construction et l’aménagement de leur installation de recherche ou de leur laboratoire. C’est ainsi que des chercheurs, comme Sophie D’Amours de l’Université Laval, ont pu travailler avec des partenaires comme Bell Canada ou Domtar en vue d’améliorer les pratiques commerciales et les outils de planification utilisés par l’industrie forestière. D’autres encore, comme Jeffrey Dahn de la Dalhousie University, collaborent avec 3M Canada, pour perfectionner la technologie des piles au lithium-ion utilisées dans à peu près tout, des ordinateurs portables aux véhicules électriques.

Ce type de convergence s’inscrit bien dans le mandat de la FCI qui consiste à soutenir l’innovation et la commercialisation dans le secteur privé. Les installations et l’équipement de pointe financés par la FCI aident le secteur privé d’un bout à l’autre du pays. Au British Columbia Institute of Technology, le laboratoire de génie Internet collabore avec l’industrie pour répondre à des enjeux liés à la cybersécurité. Des chercheurs du National Audiology Centre, de la Western University, travaillent de concert avec des fabricants d’appareils auditifs, utilisant un ensemble de laboratoires uniques pour améliorer les produits. Sans l’infrastructure qui sous-tend et soutient les établissements de recherche canadiens, ce genre d’activités serait simplement impossible.

Les universités et les collèges du Canada jouent un autre rôle essentiel dans le cycle de l’innovation – ils constituent un terrain de formation de la prochaine génération d’innovateurs. Uniquement au cours de la dernière année, plus de 27 000 étudiants des deuxièmes et troisièmes cycles d’études ont utilisé une infrastructure financée par la FCI comme ressource principale dans leur formation de recherche; près de 40 pour cent d’entre eux ont ensuite embrassé une carrière dans le secteur privé. Ce sont ces chefs de file qui vont favoriser l’innovation canadienne, le développement économique et le progrès social au cours des années à venir.

Il s’agit d’une époque exaltante pour prendre part à la course de l’innovation au Canada. Nous avons tous les éléments requis pour occuper une meilleure place dans cette course mondiale. En fin de compte, cependant, la question cruciale n’est pas de savoir ce que les organismes publics comme la FCI font à cet égard, mais plutôt si le Canada possède la bonne combinaison de ressources et de politiques pour soutenir efficacement l’innovation et réaliser ce que la ville d’Hamilton a accompli – réunir les gens pour transformer la recherche en innovation et l’innovation en entreprise.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays.