Pour attirer la crème des étudiants étrangers, concentrons-nous sur la qualité, non sur la quantité

28 janvier 2014

Le gouvernement a annoncé récemment son intention de doubler d’ici 2022 le nombre d’étudiants étrangers au Canada pour atteindre un objectif de près d’un demi-million, misant ainsi sur la quantité. Le gouvernement avance que les droits de scolarité élevés payés par ces étudiants et les dépenses engagées par ces derniers pendant leur séjour au pays créent des emplois et alimentent l’économie. Cette annonce a néanmoins suscité des réactions. En effet, pour tirer pleinement profit de cet objectif politique, il faut tenir compte non seulement du nombre d’étudiants, mais également de leur calibre. Voici une belle occasion d’attirer massivement les esprits parmi les plus brillants et les plus performants au monde au profit du pays qui saura accompagner leur talent.

Les avantages associés à cet objectif ambitieux vont au-delà de la simple injection de capitaux dans l’économie, mais seulement si cette cible de 250  000 étudiants supplémentaires sert à attirer les meilleurs éléments à l’échelle internationale. En effet, ce sont eux qui, à titre d’étudiants des cycles supérieurs, mèneront les activités de recherche qui se traduiront par de nouvelles technologies, de nouvelles percées médicales, de nouveaux concepts et produits, assurant ainsi à long terme la croissance économique, la compétitivité et le bien-être de la population canadienne. S’ils restent ici, ils seront les chercheurs, les chefs d’entreprise et les innovateurs appelés à poursuivre ce travail; s’ils quittent le pays, ils deviendront les canaux essentiels à une collaboration internationale  qui contribue à la prospérité de l’économie du savoir et les ambassadeurs qui favorisent la circulation d’étudiants internationaux entre leur pays natal et le Canada.

Mais comment tirer parti de cette occasion? Soutenir la recherche canadienne sur la scène internationale nous aidera à atteindre cet objectif. En 2012, un rapport d’Ipsos Reid commandé par Affaires étrangères et Commerce international Canada pour évaluer les retombées des stratégies gouvernementales mises en œuvre au Brésil, en Chine et en Inde pour promouvoir le Canada comme lieu d’étude révélait que « [B]ien que les participants estiment qu’à titre de pays développé, le Canada doit dispenser un niveau d’éducation approprié, aucun d’entre eux ne juge que le Canada présente un avantage par rapport à d’autres pays à cet égard. » C’est, en partie, une  question de marketing; qu’avons-nous à proposer ces étudiants étrangers exceptionnels et à leurs parents face à la forte concurrence venant des autres pays?

Pour recruter des étudiants des cycles supérieurs de haut calibre, il est souvent plus important de miser sur  la qualité du produit que sur la stratégie publicitaire. Le produit vedette du Canada est, sans l’ombre d’un doute, son milieu de recherche de calibre mondial, ses remarquables professeurs et ses installations de recherche exceptionnelles où ces étudiants motivés, exigeants et doués auront les meilleures chances de poursuivre avec succès leurs études supérieures.

Prenons l’exemple de Caitlin Schneider, une brillante étudiante des cycles supérieurs en génie électrique et informatique qui, en 2012, a reçu des offres de différents établissements, dont la Johns Hopkins University. Si elle a choisi la University of British Columbia, c’est en grande partie pour utiliser un robot chirurgical de premier plan dont elle se sert aujourd’hui pour mettre au point des techniques destinées à améliorer les résultats des chirurgies du rein. Nous savons que ces universités de calibre mondial dotées d’installations de recherche à la fine pointe permettent non seulement de retenir au Canada les chercheurs canadiens comme Mme Schneider, mais aussi d’attirer les meilleurs talents de l’étranger. Lorsque la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) a évalué ces retombées en 2012-2013, elle a constaté que pour 86 pour cent des chercheurs recrutés à l’extérieur du pays, l’infrastructure de calibre mondial avait été un facteur important dans la décision de venir s’établir au Canada.   

Fort heureusement, le moment est propice pour le Canada. Les installations de recherche et le personnel de nos universités, collèges et hôpitaux de recherche sont de calibre mondial et nos laboratoires de pointe n’accusent plus de retard – nous sommes en tête de peloton. Nos établissements à la grandeur du pays sont une source de fierté : la University of Victoria possède le microscope le plus puissant au monde; l’Institut Périmètre de Waterloo figure parmi les centres de physique théorique les plus avant-gardistes de la planète; l’Ocean Tracking Network de la Dalhousie University attire les meilleurs océanographes. Clairement, nous avons ce qu’il faut pour attirer les meilleurs talents et, plus que jamais, nous pouvons compter sur l’appui du gouvernement pour y arriver. Si nous nous fixons des objectifs élevés et misons sur les excellentes capacités de recherche que nous avons travaillé si fort à mettre en place, ces efforts se révéleront fructueux à long terme.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays. Cet article d’opinion a été publié à l’origine sur le site Web du journal The Globe and Mail le 28 janvier 2014.