L’intérêt des Canadiens pour la science est plus marqué que jamais

17 septembre 2014

En 2003, l’Université d’Ottawa a créé le tout premier Prix du recteur au Canada qui visait à récompenser les professeurs qui collaborent avec les médias en partageant leur expertise. De nombreux établissements postsecondaires de l’ensemble du pays organisent des camps d’été scientifiques et permettent au grand public de visiter leurs centres de recherche. Voilà autant d’exemples des efforts des établissements postsecondaires pour rendre la science accessible. C’est donc avec satisfaction que le milieu accueille les conclusions d’un rapport sur l’état de la culture scientifique au Canada publié la semaine dernière par le Conseil des académies canadiennes (CAC) : les connaissances scientifiques et l’intérêt envers la science atteignent un niveau inégalé chez les Canadiens et excèdent celui des citoyens de nombreux autres pays développés.

Menée auprès de Canadiens d’un bout à l’autre du pays, l’étude révèle que 42 pour cent des participants comprennent les concepts de base évoqués dans les articles de journaux à caractère scientifique. Ces résultats sont considérablement plus élevés que lors du dernier sondage du genre, datant de 1989, et placent le Canada au premier rang parmi 11 pays pour l’indice de littératie scientifique. Fait encore plus remarquable, 93 pour cent des participants canadiens ont indiqué s’intéresser beaucoup ou modérément aux annonces de découvertes scientifiques et aux progrès technologiques, ce qui classe le Canada au premier rang sur 33 pays.

Le changement observé depuis les années 1980 ne devrait pas provoquer l’étonnement, puisque le monde a beaucoup évolué. L’Internet, les divers modes de communication, les thèmes prédominants dans les médias, comme les découvertes médicales et les enjeux environnementaux, l’avènement d’une économie mondiale axée sur le savoir, la création d’un éventail de programmes de sensibilisation et d’éducation sont autant de facteurs qui contribuent à exposer davantage la population aux questions scientifiques. Toutefois, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi le Canada fait aussi bonne figure par rapport aux autres pays. En effet, d’autres éléments sont en jeu.

Ceux d’entre nous qui ont évolué dans le milieu scientifique canadien au cours des 25 dernières années savent que l’état de la recherche s’est amélioré au pays. Non seulement les universités et les collèges sont de plus en plus sensibilisés à l’impératif de visibilité, mais aussi les investissements publics en science ont augmenté. De 2000 à 2010, le financement réservé aux trois organismes subventionnaires canadiens est passé d’environ 1,1 milliard à 2,6 milliards de dollars par année, une hausse de plus de 130 pour cent. Depuis sa création, en 1997, la Fondation canadienne pour l’innovation a versé plus de 6 milliards de dollars sur un total d’environ 14 milliards en infrastructures consacrés à la recherche dans les laboratoires du pays, contribuant ainsi à créer un environnement de recherche qui attire les meilleurs chercheurs du monde, alors qu’on observait un exode des cerveaux dans les années 1990. Les Chaires de recherche du Canada ainsi que d’autres prestigieux programmes de bourses ont également été mis sur pied.

Le rapport du CAC indique que les Canadiens appuient ces changements : « Les Canadiens affichent des niveaux supérieurs à la moyenne de soutien à l’égard du financement public de la recherche scientifique, et une forte majorité d’entre eux considèrent que la science et la technologie ont un rôle important à jouer dans la poursuite de divers objectifs sociaux tels que la protection de l’environnement et l’amélioration des perspectives économiques du Canada. »

Il est donc probable que la solide culture scientifique au pays découle au moins en partie de ces initiatives de financement. Après tout, l’investissement de fonds publics s’accompagne toujours de l’obligation de rendre des comptes, ce qui signifie que les organisations qui administrent ces fonds augmentent leur visibilité, grâce à des programmes de sensibilisation et la couverture médiatique. La visibilité engendre la participation, et la participation va de pair avec le savoir.

Bien sûr, il y a toujours place à l’amélioration : 13 pour cent des Canadiens n’ont pas répondu correctement à la question « Le soleil tourne-t-il autour de la Terre ou est-ce la Terre qui tourne autour du soleil? » En outre, seulement 20 pour cent des premiers grades universitaires accordés sont dans le domaine des sciences et du génie.

Un autre rapport récent du CAC indique que le secteur de la science et de la technologie au Canada « se porte très bien et produit de plus en plus de résultats et de retombées ». Le Canada occupe le sixième rang mondial pour le pourcentage d’articles scientifiques le plus souvent cités. De tels indices de la vitalité de la culture scientifique au Canada montrent que les Canadiens adhèrent au mouvement. À quel rang le Canada se classera-t-il dans 25 ans en matière de culture et de littératie scientifiques? La réponse à cette question dépendra en partie de l’ambition que nous continuerons de démontrer en recherche.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays. Cet article d’opinion a été publié à l’origine sur le site Web du magazine Affaires universitaires le 17 septembre 2014.