Le visage de l’innovation

5 octobre 2011

En 2009, PEDNO – une entreprise de la région du Saguenay qui fabrique et qui répare de l’équipement destiné à l’industrie forestière, minière et de la construction – a dû relever un défi. En consultant des exploitants miniers, l’entreprise a appris que les principaux coûts d'exploitation d'une mine sont reliés aux systèmes de ventilation, soit le coûteux processus visant à renouveler l’air pollué par les émissions de diesel des véhicules utilisés dans les mines.

PEDNO voulait construire un véhicule sans émission suffisamment puissant pour transporter de lourdes cargaisons minières. Pour trouver une solution, l’entreprise a fait appel à l’Institut du transport avancé du Québec (ITAQ), un centre de recherche affilié au Cégep de Saint-Jérôme. Les chercheurs de l’Institut possédaient tant l'expertise que le matériel requis pour aider PEDNO à recenser et à tester les meilleures technologies afin de concevoir un tel véhicule unique en son genre. Aujourd'hui, le véhicule 4x4 compact, écologique et économique qu’on surnomme le « Minautor » est vendu à des exploitants miniers de partout au monde.

Il s’agit sans conteste d’innovation canadienne à son meilleur.

Selon les derniers classements mondiaux, le Canada ne soutient pas le rythme dans la course à l’innovation. Le seul point qui semble faire l’unanimité est que son économie doit être fondée sur l’innovation s’il veut demeurer compétitif à l’échelle mondiale — et conserver son niveau de vie exceptionnellement élevé.

Lorsqu'on se penche toutefois sur la façon dont les résultats de la recherche menée dans les universités, les collèges et les instituts de recherche canadiens sont transférés dans la société, au-delà des indicateurs traditionnels de l’innovation, il est possible de dresser un portrait plus exact de l’état actuel de l’innovation au Canada apparaît.

L’innovation est un processus complexe et semé d’embûches qui crée des emplois et des débouchés économiques. Fait encore plus remarquable, l'innovation promet de résoudre de nombreuses questions sociétales, de l'amélioration des services de santé grâce aux progrès de la médecine à l'élaboration de politiques et de programmes sociaux destinés aux défavorisés et aux personnes âgées, en passant par la protection de l'environnement et la sécurité nationale.

La recherche est le catalyseur du processus d’innovation. De plus en plus au Canada, des entreprises telles que PEDNO sollicitent le soutien des universités et des collèges pour mener des recherches. Il est probable que PEDNO n’aurait jamais fait appel à l’ITAQ si ce dernier n’avait été pourvu d’un ensemble d’outils de recherche de pointe ainsi que de l’expertise pour les utiliser. Grâce au financement de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), l’ITAQ a construit le seul laboratoire en propulsion avancée au pays — une plateforme qui attire à la fois de jeunes entreprises à fort potentiel de croissance et de grosses filiales à la recherche de solutions de transport durable.

En finançant l’infrastructure de recherche — pilier du savoir issu de la recherche —, la FCI joue un rôle essentiel dans les efforts de recherche du Canada. Ses investissements ont permis aux entreprises de procéder à des essais sur le terrain de nouveaux produits, de renforcer la reconnaissance de leur marque, d’attirer de nouveaux clients et de créer des relations de confiance avec les établissements et les chercheurs en tête de leur domaine.

Selon une étude récente, les entreprises, les gouvernements et les organismes sans but lucratif du Canada et d’ailleurs ont commandé des recherches d’une valeur de près de 2 milliards de dollars auprès d’universités canadiennes et d’hôpitaux universitaires affiliés en 2008, une augmentation substantielle par rapport à la somme de 1,15 milliard de dollars investi en 2006. À lui seul, le secteur privé a injecté environ 1 milliard de dollars. L’étude montre que les investissements dans les universités et les collèges afin de créer des connaissances particulières constitue un moyen très efficace de favoriser l’innovation et la commercialisation des résultats de recherche.

Cependant, ces investissements ne servent pas qu’à faire des universités des partenaires intéressants en recherche industrielle. Pour relever le défi d’une économie novatrice, il faut plus que du béton et de l’équipement — la clé réside d'abord et avant tout dans la matière grise. Les personnes talentueuses et bien formées amènent de nouvelles idées, créent des produits inédits et trouvent de nouvelles façons d’aborder les difficultés. Pour façonner des collectivités fortes et novatrices, il est essentiel d’investir dans les gens, de leur fournir les outils nécessaires et de provoquer des occasions de collaborer au-delà des frontières.

Le gouvernement du Canada, par l’entremise d’organismes de financement de la recherche comme la FCI, a investi des milliards de dollars pour soutenir l’innovation canadienne dans les établissements d’éducation postsecondaire. Grâce à ces fonds, l’exode des cerveaux qu'a connu le Canada dans les années 1990 a fait place au recrutement de cerveaux; les chefs de file de la recherche dans le monde affluent vers le Canada pour y bâtir une carrière fructueuse. De même, les fonds accordés par la FCI ont grandement accru la capacité du pays en matière de recherche de pointe, en fournissant aux universités, aux collèges et aux instituts de recherche les outils modernes dont les chercheurs ont besoin pour voir grand. Il semble que les bons ingrédients soient en place pour établir un foyer de l’innovation au Canada.

Il est toutefois nécessaire d’ajouter à ces ingrédients un soutien continu à un environnement de la recherche complet, de classe mondiale et à haut rendement — un environnement ouvert aux entreprises cherchant à combler leurs propres besoins en connaissances. En cette période d’incertitude économique mondiale, il est essentiel que le Canada continue de miser sur ses progrès en vue de bâtir une économie novatrice. En maintenant notre engagement envers l’innovation, nous favoriserons une main-d’œuvre plus productive et plus saine, nous profiterons d’une réglementation plus intelligente, et nous découvrirons les technologies insoupçonnées qui soutiendront les industries de demain.

Gilles G. Patry, Ph. D., est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation.