La recherche au service des collectivités

23 novembre 2011

D’importants débats ont cours sur la place occupée par le Canada dans le domaine de l’innovation. Selon les derniers classements mondiaux, le Canada ne soutient pas le rythme dans la course à l’innovation. Le seul point qui semble faire l’unanimité est que son économie doit être fondée sur l’innovation s’il veut demeurer compétitif à l’échelle mondiale – et conserver son niveau de vie exceptionnellement élevé.

L’une des façons d’y arriver consiste à mettre ses activités de recherche solides au service des collectivités. Ces dernières doivent s’unir autour des recherches locales et reconnaître leur place importante dans le développement de technologies, de produits et de services nouveaux et améliorés, et la création d’emplois et de la prospérité. Plusieurs collectivités dynamiques ont déjà adopté ce modèle fructueux.

À titre d’exemple, citons Hamilton. Au début du XXsiècle, Westinghouse Canada, fonderie et usine de fabrication établie dans la zone industrielle à l’ouest de la ville, était un carrefour de l’innovation, lieu d’origine de multiples produits novateurs allant du mécanisme de freinage qui allait devenir la norme dans l’industrie de l’automobile en Amérique du Nord aux composants des premiers postes de radio. Au plus fort de ses activités, l’entreprise comptait 2 000 employés résidant à Hamilton et, grâce à son volet de recherche, elle a contribué à rehausser la vitalité industrielle de la ville.

Aujourd’hui, ce pôle d’innovation renaît de ses cendres. En effet, le parc d’innovation McMaster, qui prend forme là même où Westinghouse régnait auparavant, est en voie de rassembler tous les intervenants qui permettront à Hamilton d’innover au XXIsiècle. Ici, les entrepreneurs et les propriétaires de petites et de nouvelles entreprises collaborent avec les chercheurs du gouvernement, des hôpitaux, des universités et des collèges pour commercialiser les résultats de la recherche. Le parc n’est qu’un élément des activités de recherche et d’innovation émergentes à Hamilton. La région possède un réseau réputé d’hôpitaux de recherche, un collège doté d’un programme de recherche appliquée solide et l’une des meilleures universités de recherche au pays. Lorsque l’on sait que Hamilton se classe parmi les dix endroits par excellence pour brasser des affaires au Canada, il est évident que la Ville a trouvé la combinaison gagnante pour revitaliser l’économie locale. Dans les faits, la recherche favorise l’essor de cette collectivité.

De telles interactions dynamiques entre les gens, les établissements et les organismes d’une société convaincue de l’importance de l’innovation ont un effet profond sur la collectivité. Elles débouchent sur la création d’emplois spécialisés, stimulent la croissance industrielle, favorisent le démarrage d’entreprises et améliorent l’infrastructure et les services publics.

Les universités et les collèges, tant les petits établissements que les grands, jouent un rôle important. En réunissant des spécialistes et des experts, et en créant des possibilités de collaboration qui soutiennent la vision locale, ils se mettent au service des collectivités canadiennes. Ils profitent également du financement du gouvernement fédéral, par l’entremise d’organismes comme la Fondation canadienne pour l’innovation et les organismes et les programmes fédéraux de financement de la recherche, comme les Centres d’excellence en commercialisation et en recherche et les Chaires de recherche du Canada, pour produire du savoir, former des personnes talentueuses et ériger des installations destinées aux entreprises qui désirent être plus compétitives et novatrices.

En investissant de façon soutenue dans l’excellence en recherche, les collectivités contrent l’exode des jeunes chercheurs et leur offrent des occasions de se démarquer. Ces investissements permettent également d’attirer des chercheurs chevronnés et des étudiants du monde entier. Disposant d’une technologie de pointe facilitant les découvertes et l’innovation, ces esprits créatifs transmettent leurs idées et leurs expériences locale et mondiale dans nos universités et nos collèges. Cet apport de connaissances et d’expériences est d’autant efficace lorsque les projets de recherche répondent aux besoins de la collectivité et qu’ils proposent des solutions aux problèmes de la collectivité.

Ainsi en est-il de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard, acteur majeur d’un groupe d’experts en sciences biologiques dont la recherche se concentre sur les industries primordiales de la région, dont les pêches et l’agriculture. À Saskatoon, la mise sur pied de l’installation nationale de recherche sur le rayonnement synchrotron à l’Université de la Saskatchewan a suscité l’adhésion des intervenants de tous les secteurs. Les activités de recherche de l’établissement ont contribué à revitaliser la collectivité et ont donné à celle-ci la pleine mesure de sa place dans la recherche à l’échelle internationale. Que dire de l’industrie albertaine des sables bitumineux bien au fait de l’importance des universités et des collèges de la province? Par égard pour les collectivités qui hébergent ses installations, l’industrie s’en remet à la recherche pour rehausser l’efficience de ses pratiques et veiller à ce qu’elles soient écologiques.

Ces pôles d’expertise ne sont pas le fruit du hasard. Les universités et les collèges doivent planifier afin de créer les conditions propices à l’éclosion d’un noyau de recherche fructueux dans leur collectivité. Ils doivent renforcer leurs capacités dans le champ d’expertise en question en attirant des chercheurs talentueux et en investissant dans les installations majeures nécessaires à l’exécution de la recherche.

Pour les entreprises, ces carrefours du savoir recèlent un énorme potentiel. Elles s’y installent et collaborent avec des chercheurs brillants à la mise en commun de l’expertise et de l’équipement. C’est tout simplement une question de bon sens commercial. En s’alliant avec ces carrefours, les entreprises peuvent tester leurs nouveaux produits sur le terrain, étendre la notoriété de leur marque, attirer de nouveaux clients et établir des relations de confiance avec des établissements et des chercheurs de pointe dans leurs domaines. Les administrations municipales jouent également un rôle clé en soutenant le réseau de recherche local et en favorisant son rayonnement dans des marchés prometteurs à l’étranger.

Selon une étude récente, les entreprises, les gouvernements et les organismes sans but lucratif du Canada et d’ailleurs ont accordé des contrats de recherche d’une valeur de près de 2 milliards de dollars aux universités canadiennes et aux hôpitaux universitaires affiliés en 2008, une augmentation substantielle par rapport à la somme de 1,15 milliard de dollars investie en 2006. À lui seul, le secteur privé a injecté environ 1 milliard de dollars. L’étude montre que les investissements dans les universités et les collèges afin de créer des connaissances particulières constituent un moyen très efficace de favoriser l’innovation et la commercialisation des résultats de recherche.

En outre, cette participation du secteur privé à la recherche motive la prochaine génération d’innovateurs. En côtoyant des chercheurs renommés dans des établissements de recherche de calibre mondial, les étudiants apprennent à résoudre des problèmes concrets qui ont des répercussions dans leur collectivité. Ils acquièrent les aptitudes pour proposer des idées nouvelles et des méthodes novatrices dans leur milieu de travail. Les universités et les collèges encouragent ce mouvement par des programmes et des centres voués à l’entreprenariat et à la collaboration multisectorielle – un courant qui à terme comblera l’écart qui sépare la recherche et les affaires. Les collectivités en profitent au bout du compte lorsque les étudiants, leurs diplômes en poche, entrent sur le marché du travail local.

Nos défis de l’innovation ne disparaîtront pas tous à court terme. Mais en mettant nos activités de recherche solides au service des collectivités et en obtenant le soutien et la collaboration de tous les secteurs de la société, nous favoriserons le succès des collectivités.

Gilles G. Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation. Bob Bratina est maire de Hamilton depuis décembre 2010.