De nouvelles approches pour obtenir des résultats de recherche

24 mai 2011

Depuis la fin des années 1990 au Canada, les gouvernements investissent de plus en plus dans la recherche universitaire. Non seulement le gouvernement du Canada a-t-il lancé des programmes tels que le Programme des chaires de recherche du Canada, les Chaires d’excellence en recherche du Canada, les Bourses d’études supérieures du Canada Vanier et les Bourses postdoctorales Banting, mais il a continué d'investir dans ses organismes de financement de la recherche en plus de fonder des organismes comme Génome Canada et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Tous ces investissements ont favorisé le développement d’un écosystème dynamique de recherche qui produit les connaissances, les talents et les installations pour améliorer l’innovation et la compétitivité du Canada à l'échelle mondiale.

Plus le gouvernement investit, toutefois, plus il lui faut rendre des comptes et trouver des façons de mesurer de façon exacte les résultats concrets qui profitent à la population canadienne.

Depuis toujours, le conseil d’administration et l’équipe de direction de la FCI reconnaissent l’importance de l’évaluation et de la reddition de comptes publique, non seulement pour remplir leurs obligations redditionnelles, mais aussi pour générer une réflexion profonde sur les répercussions sociales et économiques de la recherche subventionnée par l’État. En conséquence, la FCI a consacré les quatre dernières années à élaborer et à mettre en œuvre un nouvel outil d’évaluation de la R-D — l'Étude sur la mesure des résultats (EMR) — qui a récemment fait l'objet d'un article dans un journal anglais, Research Evaluation1.

Dans le passé, l’évaluation des investissements publics en R-D portait généralement sur la quantité et la qualité des résultats de recherche à court terme, tel le nombre de publications et de produits élaborés et mis en marché, y compris les contrats de licence et les brevets d’invention. Bien que ces derniers demeurent des indicateurs importants, cependant, ils ne fournissent pas un tableau complet des répercussions réelles de l'investissement public en R D.

De nombreuses organisations, notamment l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Fondation nationale des sciences (NSF), appuient des méthodes d’évaluation plus holistiques, axées sur les répercussions à moyen et à long terme, qui mettent en évidence la relation entre les objectifs stratégiques et les résultats, et qui font participer la communauté scientifique à l’évaluation. C’est exactement ce que vise l’EMR.

L’EMR examine tant l’information quantitative que qualitative. Étant un outil analytique, elle classe les résultats en cinq catégories afin d’évaluer un thème de recherche multidisciplinaire dans un établissement donné : la planification stratégique de la recherche, la capacité de recherche (matérielle et humaine), la formation de personnel hautement qualifié, la productivité de la recherche, et l’innovation et les avantages intrinsèques. Ce classement permet une richesse d’analyse qui serait impossible à atteindre au moyen d’une évaluation axée sur un seul résultat. Le fait de tenir compte de l’ensemble d’un établissement ou d’un thème, plutôt que d’examiner simplement un projet ou un programme, ajoute une couche supplémentaire d’information.

Le thème de recherche — un groupe de projets reliés par le domaine d’étude, telles la génétique humaine, les sciences aquatiques ou la nanotechnologie — permet à la FCI d’évaluer au fil du temps les effets des projets et des investissements connexes en infrastructure, de même que leurs interactions. Le thème choisi doit aborder un domaine ayant bénéficié d’un investissement important de la FCI en lien avec le plan de recherche stratégique de l’établissement — un critère d’admissibilité essentiel au financement de la FCI.

Le processus d’EMR comprend un questionnaire aux établissements et une validation par un groupe d’experts externes dont le rapport constitue le principal produit de l’exercice.

Jusqu’à maintenant, le processus a été mené à bien dans 26 établissements d’un bout à l’autre du pays, ce qui a fourni à la FCI de l’information inestimable sur les résultats de ses investissements.

L’EMR montre également les « répercussions liées aux installations » lorsque les ensembles intégrés d'infrastructures de recherche se sont traduits par une augmentation importante de la coopération interdisciplinaire et intersectorielle en matière de recherche. De plus, de nombreux établissements ont obtenu des résultats solides grâce aux répercussions liées à l'organisation, ayant délibérément orienté leurs plans de recherche stratégiques et les ayant transférés dans la conception de leurs installations ainsi que dans leurs activités connexes de recherche, de formation et de transfert des connaissances.

Et ce n’est pas tout. L’EMR a prouvé que les investissements de la FCI ont contribué à diverses réalisations des établissements, notamment en :

* abordant de façon plus stratégique la recherche et en utilisant de manière efficiente l'infrastructure de recherche;

* augmentant la capacité de recherche et en améliorant les capacités techniques et opérationnelles de l’infrastructure de recherche;

* accroissant chaque année le nombre de personnel hautement qualifié ayant reçu une formation au niveau postdoctoral, doctoral ou de la maîtrise;

* menant des recherches qui entraînent des avantages sociaux ou économiques, y compris l’amélioration des services de santé, des mesures réglementaires et des politiques publiques, de nouvelles normes, de nouveaux produits et processus améliorés, et des bienfaits environnementaux.

Cependant, l’EMR présente aussi d’autres avantages pour les établissements. Bien que le processus demande beaucoup de ressources, de temps et d’efforts, le groupe d’experts y participant prodigue des conseils qui aident les établissements à développer les projets, à planifier la soumission des demandes à la FCI et à élaborer des plans de recherche stratégiques. Les rapports recensent aussi les possibilités de faire progresser la recherche et la formation en recherche, et mettent au jour les lacunes dans les données sur les résultats des établissements. Ces derniers utilisent quant à eux l’expertise des groupes d’experts pour créer, aux échelles nationale et internationale, des liens et des occasions.

Le processus de l’EMR a également profité aux autres partenaires financiers. Comme la FCI subventionne jusqu’à 40 pour cent des coûts des projets, les autres partenaires participent à chaque visite menée à titre d’observateurs ou de présentateurs. En participant ainsi au processus, les partenaires bénéficient des répercussions de leurs investissements de façon qu’ils n’avaient sans doute pas prévu.

Au final, l’EMR fournit à la FCI et aux établissements qu'elle subventionne non seulement des renseignements importants sur le rendement de l’investissement, mais elle suscite également des idées sur la manière de mieux évaluer les répercussions de la recherche. Grâce aux commentaires des établissements et des partenaires, le processus a évolué et continuera d’évoluer.

Il n’existe pas de méthode idéale unique pour évaluer les résultats et les répercussions de la recherche, mais l’EMR est d’une grande utilité pour révéler les divers moteurs de l'innovation et les répercussions socioéconomiques des investissements de la FCI.

Gilles G. Patry, Ph. D., est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation.

1 Tremblay, G., Zohar, S., Bravo, J., Potsepp, P., Barker, M.; Research Evaluation, 19(5), décembre 2010.