Créer un espace pour l’innovation dans les collectivités du Canada

7 décembre 2012

En 2012, la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) a amorcé sa 15e année d’existence. Pour marquer l’occasion, elle a présenté une image de marque renouvelée et un nouveau slogan – la recherche au service des collectivités. Nous croyons que ce slogan est non seulement conforme à l’objectif ultime de l’investissement fédéral dans les sciences, mais qu’il est également porteur des aspirations des universités et des collèges financés par le gouvernement du Canada. Lorsque les collectivités s’unissent à ces établissements, devenus des atouts importants du renforcement de la compétitivité de notre pays, le succès est garanti.

Or, ce succès signifie bien davantage que l’augmentation de la compétitivité économique et du PIB, bien que ces facteurs soient d’une importance capitale. De fait, il s’agit aussi d’améliorer la qualité de vie et de trouver la place et le rôle du Canada dans l’économie mondiale axée sur le savoir.

Dans son dernier rapport sur l’état de la science et de la technologie au Canada, le Conseil des académies canadiennes a souligné la productivité relative du pays dans le domaine des sciences et de la recherche. Il signale que le Canada produit 5 pour cent des articles les plus fréquemment cités dans le monde avec seulement 0,5 pour cent de la population mondiale. Le rapport mentionne également que cette tendance scientifique influence favorablement la réputation internationale du Canada, affirmant que la situation générale du pays a contribué à un « solde migratoire » positif de la population scientifique.

Selon le rapport, « le Canada fait partie d’un réseau international de collaboration scientifique et technologique qui réunit les pays les plus avancés dans le monde sur le plan scientifique. »

Ce réseau international de pays générateurs de connaissances scientifiques constitue le nouveau marché mondial du Canada. Désormais, c’est là où nous rivalisons pour obtenir des emplois et saisir les occasions économiques qui se présentent et où, selon le Conseil des académies canadiennes, le Canada réussit remarquablement bien.

Nous savons que le Canada doit relever de grands défis afin de transformer ses innovations scientifiques en succès commerciaux. Or, le pays ne serait pas encore à la hauteur selon plusieurs analyses exhaustives portant sur la productivité nationale. Il est de plus en plus reconnu que le secteur privé doit jouer un rôle accru en recherche et développement.

Malgré tout, nous entrevoyons quelques parcelles de ciel bleu qui nous confirment que le moment est bien choisi pour faire partie de la course à l’innovation au Canada. Notre renommée mondiale attire des collaborations et des partenariats internationaux dont les collectivités canadiennes tirent profit.

À titre d’exemple, le nouveau Fraunhofer Project Centre for Composites Research de la Western University, à London, a réuni une équipe de chercheurs internationaux pour mettre au point des matériaux composites légers prêts à la mise en marché et destinés notamment à l’industrie automobile. Établie en Allemagne, Fraunhofer est une des organisations spécialisées dans la recherche en sciences appliquées les plus importantes au monde. Elle exploite une série d’organismes de recherche financièrement autonomes aux quatre coins de la planète qui offrent des services de recherche aux entreprises et nouent des partenariats assurant le financement, le talent et les connaissances dont ils ont besoin.

Mais pourquoi Fraunhofer a-t-elle manifesté un intérêt pour l’établissement? Et que cela nous apprend-il sur la place occupée par le Canada dans le système de recherche mondial?

La réponse se situe à plusieurs niveaux. D’abord, l’établissement offrait à Fraunhofer un point d’accès au lucratif marché de l’automobile de l’Ontario de même qu’aux personnes et à l’infrastructure nécessaires pour obtenir des résultats tangibles. L’établissement emploie également des personnes exceptionnellement talentueuses qui ont fait leurs preuves en ce qui a trait à la publication d’études, à l’obtention de brevets et à diverses mesures traditionnelles de la productivité en matière de recherche. En outre, sa culture témoigne d’une collaboration internationale féconde, un élément essentiel pour réussir dans ce genre de partenariat.

La communauté de l’établissement bénéficie de ce soutien et de cet investissement internationaux et, en bout de ligne, ce sont les entreprises canadiennes qui récolteront les fruits de cette collaboration en ayant accès, dans leur propre cour, à un des meilleurs centres de recherche en matériaux composites. Il sera également possible de soutenir l’innovation dans l’industrie automobile et de continuer à créer des emplois bien rémunérés de grande qualité au Canada.

L’établissement a fait preuve du leadership nécessaire pour devenir un établissement de recherche de calibre mondial et c’est toute la collectivité du sud-est de l’Ontario qui en tire profit. Elle a su miser sur ses forces et saisir les occasions qui se sont présentées, et le cas de Fraunhofer ne constitue qu’un exemple parmi d’autres.

L’établissement, qui s’est établi en tant que carrefour en matière de recherche en énergie éolienne grâce à un certain nombre d’installations de recherche et à un bassin grandissant de chercheurs dans ce domaine, a décidé de sauter sur l’occasion d’accroître ses capacités. De nombreux partenaires de l’industrie ont exprimé leur intérêt à prendre part à la création d’une nouvelle installation et à devenir des partenaires financiers, y compris la FCI. L’ouverture du WindEEE Dome, l’installation la plus perfectionnée au monde à simuler la configuration réelle des vents dans un milieu contrôlé, est prévue en 2013.

Le cas de la nouvelle initiative Helmholtz-Alberta n’est pas très différent. En effet, les perspectives créées par les sables bitumineux du Canada, conjuguées à l’expertise des collèges et des universités de l’Alberta, ont convaincu Helmholtz d’investir dans la province. Ayant à son actif un grand nombre d’experts internationaux en extraction du bitume et des équipes qui œuvrent au perfectionnement des technologies de mise en valeur des terres, l’Alberta se trouve à l’avant-plan d’une vaste gamme de technologies et de procédés qui pourraient modifier notre impact sur l’approvisionnement en pétrole mondial tout en protégeant l’environnement.

Ces collaborations internationales sont poussées par la quête de l’excellence qui se joue à l’échelle de la planète et de plus en plus présente au Canada. Représentant un juste mélange de talent, d’établissements et d’installations de calibre mondial, les collectivités du Canada démontrent qu’elles peuvent être concurrentielles sur la scène internationale et attirent l’attention et les investissements qui reviennent naturellement aux premiers de classe.

D’un océan à l’autre, le pays regorge d’exemples de la sorte : qu’il soit question d’une grappe de recherche en optique et en photonique à Québec, d’un carrefour d’expertise hydrique qui prend forme à Saskatoon ou de technologies océaniques mises à l’essai et commercialisées sur nos côtes.

Lors de notre assemblée publique annuelle qui a eu lieu au début du mois de décembre, madame Elyse Allan, présidente et chef de la direction de GE Canada, a parlé de l’importance d’établir un pont entre l’innovation et les entreprises. Récemment, GE Canada a ouvert le Calgary Innovation Centre, une installation permettant de réunir les ressources de GE afin de proposer des solutions clés en main à l’industrie pétrolière et gazière locale. L’entreprise possède une autre installation semblable, axée sur un système énergétique intelligent, à Markham, et planifie présentement la construction d’un réseau mondial fondé sur ce modèle canadien. En Arabie-Saoudite, en Corée, au Japon et en Europe, GE crée un réseau de centres des innovations qui sera mis à disposition des experts internationaux afin qu’ils trouvent ensemble des solutions à des problèmes locaux.

Selon Mme Allan, l’entreprise a élaboré des programmes pour donner aux « chercheurs le temps et l’espace nécessaires pour concrétiser des idées qui comportent des risques élevés ». Les dirigeants de l’une des sociétés les plus innovantes et concurrentielles au monde ont eu le projet visionnaire de créer des espaces où les idées et l’innovation peuvent s’épanouir.

Je crois sincèrement que nos universités, nos collèges et nos centres de recherche jouent un rôle semblable au sein des collectivités canadiennes.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays.​