La collaboration de recherche : un gage de réussite dans l’Arctique et les océans

6 juin 2013

Au large des côtes de quatre continents, dans des régions océaniques stratégiques de la planète, des scientifiques canadiens « écoutent » la faune marine. Le Ocean Tracking Network (OTN), mis sur pied en 2008, utilise un système de récepteurs acoustiques fabriqués au Canada et déployés sur le plancher océanique afin d’explorer les mouvements des animaux marins – du tout petit crabe à l’imposante baleine – grâce aux minuscules étiquettes acoustiques implantées sur eux par les chercheurs. Chaque fois qu’un de ces animaux traverse une ligne de récepteurs, son passage est détecté, brossant l’image la plus détaillée au monde des mouvements de la faune océanique. Les mêmes capteurs peuvent également mesurer des paramètres océanographiques, notamment la température, la profondeur, la salinité, les courants, la composition chimique, ce qui fait des animaux marins d’intrépides collecteurs de données de premier plan. Comme toutes ces données sont disponibles gratuitement en ligne, la science de la localisation des animaux marins devient une discipline vraiment mondiale reposant sur la collaboration.

Les projets d’envergure comme celui de l’OTN lèvent le voile sur un horizon insoupçonné du monde sous-marin. À ce jour, les inconnus restent nombreux; la recherche mondiale doit accroître sa capacité à collecter de nouvelles données sur cet écosystème fondamental.

La recherche océanographique représente un défi majeur conjuguant dévouement, savoir-faire et ressources importantes, exigences dont le coût dépasse souvent largement la capacité d’un seul pays. Pourtant, la recherche est essentielle à l’atténuation des impacts de l’activité humaine sur l’environnement marin. Elle constitue une condition sine qua non pour continuer à profiter des bienfaits de la mer, notamment les aliments, l’oxygène, l’eau et la régulation du climat, dont la valeur a été établie à plus de 21 billions de dollars américains mondialement par le Forum économique mondial.

Dans la conjoncture économique difficile, le financement de l’infrastructure nécessaire à la recherche océanographique, comme les navires de recherche, les réseaux sous-marins de haute technologie et les submersibles de haute mer. De nombreux pays, dont le Canada, investissent dans une telle infrastructure, mais ce n’est qu’en collaborant au développement et à l’utilisation de cet équipement dispendieux et souvent unique que nous réussirons à produire ce précieux savoir.

Afin d’encourager et de favoriser cette collaboration, la Fondation canadienne pour l’innovation s’associe à la Commission européenne et à la National Science Foundation des États-Unis pour organiser un colloque sur le développement et l’utilisation de l’infrastructure de recherche arctique et marine. L’événement, qui se tiendra à Rome en septembre prochain, réunira certains des plus éminents experts au monde des sciences de la mer et de l’Arctique, des gestionnaires d’infrastructure de recherche de grande envergure dont ces experts ont besoin pour réaliser leurs travaux ainsi que des cadres d’organismes de financement de la recherche. La recherche marine fait partie des discussions parce que l’Arctique et le milieu marin s’avèrent souvent des environnements reculés et hostiles où il est difficile de travailler, et l’infrastructure nécessaire pour y mener des recherches est, en règle générale, de grande envergure et extrêmement coûteuse.

Le colloque veut faire en sorte que tous les pays participants utilisent pleinement l’infrastructure de recherche qu’ils financent. L’événement permettra également de cerner les tendances en recherche arctique et marine et de déterminer le développement de l’infrastructure connexe, d’exprimer clairement l’apport de l’infrastructure à la recherche scientifique et à la capacité d’innovation, et de mettre en commun les expériences, les leçons tirées et les meilleures pratiques de chacun. Le Canada, de concert avec les États-Unis et l’Union européenne, a récemment fait des progrès importants au chapitre de ces objectifs en signant le Galway Statement on Atlantic Ocean Cooperation, le 24 mai dernier. Cet accord vise à concerter les efforts d’observation océanographique des trois partenaires en vue d’en arriver à une meilleure compréhension de l’océan Atlantique, y compris de son interaction avec l’océan Arctique dans le contexte des changements climatiques. L’accord établira également le cadre stratégique global des discussions qui auront lieu à Rome.

Ce colloque représente un premier pas vers une meilleure compréhension des priorités, des pressions et du potentiel scientifiques de l’infrastructure de recherche. En fin de compte, il donnera lieu à des recommandations visant à aider les pays à surmonter les obstacles de politique, de programme, de financement et d’exploitation qui entravent la collaboration.

Ce colloque favorisera également un échange continu entre l’Europe, le Canada et les États-Unis sur le meilleur moyen d’appuyer les chercheurs qui explorent les océans et l’Arctique et conçoivent les technologies dont nous avons besoin pour réaliser des travaux dans ce milieu si hostile et reculé. Ce faisant, nous pourrons tirer de nos investissements le plus grand nombre possible de connaissances utiles.

Gilles Patry est président-directeur général de la Fondation canadienne pour l’innovation, la seule organisation qui finance l’infrastructure de recherche de pointe au pays. Cet article d’opinion a été publié à l’origine sur le site Web du magazine Embassy le 6 mai 2013.​